Réunion des commissions parlementaires mixtes, le 2 décembre 2020. Photo ANI
Des députés libanais ont dénoncé mercredi l'absence du gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, lors d'une réunion des commissions parlementaires mixtes axée sur la question des subventions des produits de première nécessité et des réserves de la Banque centrale, dans un Liban en crise depuis plus d'un an. A l'issue de cette réunion, il a été convenu que le Parlement n'émettra aucune recommandation au sujet de l'arrêt des subventions, dans l'attente d'une étude complète de ce dossier par le gouvernement, en coopération avec la BDL.
Les commissions des Finances et du Budget, de l'Administration et de la Justice, de l'Economie et de la Planification, de la Santé, du Travail et des Affaires sociales, en présence des ministres concernés et des représentants de la BDL et des banques ont ainsi étudié le dossier des réserves en devises de la banque centrale, lesquelles continuent de fondre, ce qui fait craindre une levée des subventions, en vigueur depuis des mois pour tenter de freiner l'inflation face à la forte chute de la livre libanaise.
"Des objections ont été formulées par plusieurs députés concernant l'absence du gouverneur de la Banque du Liban", a fait savoir le député Ali Fayad, affilié au Hezbollah. "D'autres ont été émises concernant des informations que le second vice-gouverneur de la BDL a fourni, des députés estimant que certains chiffres manquent de transparence", a-t-il ajouté.
"Le fait que le gouverneur de la BDL n'assiste pas à la session de la commission est une insulte au Parlement", a abondé pour sa part le député indépendant Jamil el-Sayyed, qui a accusé Riad Salamé de faire partie d'un système de "corruption et de pillage".
Le député Hadi Aboul Hosn, membre du Parti socialiste progressiste de Walid Joumblatt, a pour sa part affirmé que "la rationalisation des subventions ne suffit pas, il faut contrôler la contrebande", en référence aux produits subventionnés passés clandestinement en Syrie qui constituent une perte sèche pour l'Etat libanais.
Pour sa part, le député Kassem Hachem, affilié au bloc Amal, a souligné que la question sur laquelle devraient se concentrer les débats, qui étaient apparemment animés lors de la réunion, concerne la disparition des fonds des déposants. "Cette question doit faire l'objet d'un débat crucial avec le gouvernement, la BDL et l'Association des banques du Liban", a-t-il ajouté. Son collègue au sein du groupe berryiste, l'ancien ministre des Finances, Ali Hassan Khalil, a pour sa part critiqué le système de subventions actuel, estimant qu'il ne permet pas de venir en aide "à la majorité des familles les plus défavorisées". Il a toutefois estimé qu'une levée des subventions était "inacceptable". Il a encore appelé à ce que ce dossier soit rapidement résolu au moyen d'une loi afin d'éviter une "explosion sociale", face à des prix qui pourraient être multipliés par cinq pour ce qui est du carburant et des produits alimentaires.
Le député Farid Boustany (apparenté au CPL) a pour sa part estimé que cette question doit faire l'objet d'une réunion d'urgence rassemblant le chef de l'Etat, le président du Parlement, les Premiers ministres démissionnaire et désigné, les ministres concernés, les chefs de commissions parlementaires concernées, le président des Organismes économiques et celui de la Confédération générale des travailleurs libanais, afin d'établir un "plan d'urgence pour les six premiers mois de 2021".
La BDL a mis en place depuis plusieurs mois un mécanisme permettant aux importateurs de carburant, de blé, de médicaments et de matériel médical d’acheter à la BDL, et via leurs banques, des dollars au taux officiel de 1 507,5 livres pour un dollar pour payer leurs fournisseurs à l’étranger. Les importateurs de denrées alimentaires bénéficient, eux, d’un taux à 3.900 livres, pour l'achat d'un certain nombre de produits. Les dollars utilisés dans le cadre de ces mécanismes sont puisés dans les réserves de la BDL, qui a arrêté de soutenir le prix de la livre par rapport au dollar il y a plus d’un an (le taux du dollar est actuellement supérieur à 8.000 livres libanaises sur le marché noir). Les autorités envisagent de remplacer ces mécanismes par un système de bons d’achat, tandis que le niveau actuel des réserves de devises disponibles à la BDL ne lui permet pas de maintenir ces aides plus de deux mois, comme l'a annoncé le gouverneur de la BDL, lors d'une interview accordée à la chaîne saoudienne al-Hadath hier.


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