La procureure générale près la cour de cassation du Mont Liban, la juge Ghada Aoun. Photo d'archives ANI
La procureure générale près la cour de cassation du Mont Liban, la juge Ghada Aoun, réputée proche du chef de l'Etat, Michel Aoun, a fustigé mercredi le système judiciaire libanais dans le dossier de l'enquête sur l'explosion meurtrière du port de Beyrouth du 4 août dernier, allant jusqu'à se dire "dégoûtée".
"Je suis dégoûtée par toute l'injustice que l'on constate depuis l'explosion de Beyrouth mais les paroles n'ont aucune valeur s'il n'y a pas de justice indépendante qui protège les droits des citoyens dans le cadre de l'affaire de l'explosion", a lancé la juge Aoun, dans un entretien accordé à la chaîne LBCI. "Il est honteux que les petits responsables soient poursuivis alors que les principaux suspects ne le sont pas", a-t-elle encore regretté. "Il y a un système très important dans ce pays, qui est basé sur le pouvoir politique et qui a des ramifications dans le système judiciaire. "On poursuit quelques personnes, telles que (le directeur des douanes) Badri Daher ou (l'ancien directeur du port) Hassan Koraytem alors qu'on ne poursuit pas les principaux responsables" s'est-elle encore indigné.
En charge de l’enquête sur la double explosion du 4 août qui a fait plus de 200 morts et 6.500 blessés, le juge Fadi Sawan a publié un communiqué la semaine dernière justifiant les lenteurs qui marquent l’enquête par le besoin d’agir vite, mais "sans précipitation". Le magistrat a rappelé que 25 personnes sont arrêtées dans ce cadre, parmi lesquelles se trouvent trois hauts responsables : le directeur des douanes Badri Daher, le directeur général des transports maritimes et terrestres Abdel Hafiz el-Kaïssi et l'ancien directeur général du port, Hassan Koraytem.
Sur un autre point, la juge Aoun a affirmé que "la commission d'enquêtes spéciales de la Banque du Liban est une plaisanterie" déplorant que celle-ci n'a pas répondu à sa demande il y a un an". "J'ai besoin d'un relevé de compte, je suis prête à démissionner aujourd'hui et je ne veux pas être un faux témoin" a-t-elle ajouté, estimant que "cette commission était l'organe le plus important pour détecter la corruption et le vol d'argent public". "La commission refuse d'opérer et tergiverse sur cette question" s'est-elle indigné. Ghada Aoun avait engagé en octobre 2019 des poursuites contre l'ancien Premier ministre et député Nagib Mikati, son fils Maher, son neveu Azmi (fils de Taha), ainsi que la Banque Audi, pour enrichissement illicite par le biais de prêts au logement subventionnés par la BDL.
Enfin, la magistrate a fait état d'"intimidations" à son encontre, alors qu'elle est souvent critiquée par la société civile et accusée d'être proche du président de la République et de bénéficier de son soutien. "L'intimidation à laquelle j'ai été soumise est sans précédent dans l'histoire de la République, et je ne pense pas qu'il y ait des juges qui ouvriront un dossier dans cette atmosphère. La solution aujourd'hui passe par l'adoption d'une loi sur l'indépendance judiciaire, mais avant cela, les juges doivent en être informés, ce qui ne devrait pas prendre beaucoup de temps", a t-elle fait savoir. Et d'ajouter : "Il faut également lancer une commission suprême de lutte contre la corruption". "Tant que la loi sur l'indépendance du pouvoir judiciaire n'est pas approuvée, il n'y a aucun espoir" a-t-elle conclu.


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