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Moyen-Orient - Diplomatie

Les enjeux de la tournée de Mike Pompeo en Europe et au Moyen-Orient

Il sera le premier secrétaire d’État américain à visiter le plateau du Golan et une des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée.

Les enjeux de la tournée de Mike Pompeo en Europe et au Moyen-Orient

Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, à son arrivée à l’aéroport du Bourget, le 14 novembre 2020. Patrick Semansky/Pool/AFP

C’est un voyage qui intervient à un moment où s’écrit une étrange page de l’histoire américaine. Alors que le président américain Donald Trump a reconnu pour la première fois hier la victoire de son rival démocrate Joe Biden « parce que l’élection était truquée », le secrétaire d’État Mike Pompeo a entamé vendredi une tournée longue de dix jours en Europe et au Moyen-Orient. Le chef de la diplomatie américaine a commencé son périple en France où il doit rencontrer aujourd’hui son homologue Jean-Yves Le Drian et le président Emmanuel Macron. Il doit s’envoler ensuite en Turquie avant de se rendre en Géorgie, en Israël, aux Émirats arabes unis, au Qatar et enfin en Arabie saoudite. Tous ces pays ont déjà appelé Joe Biden pour le féliciter de sa victoire.

Selon le département d’État US, cette tournée doit se concentrer sur la lutte contre le terrorisme et la promotion de la liberté religieuse. Reflétant la volonté de la Maison-Blanche de continuer à promouvoir la politique de l’administration Trump, ce voyage – peut-être le dernier de Mike Pompeo en fonctions – pourrait toutefois prendre l’allure d’une tentative d’un ultime tour de force de Washington pour faire avancer ses derniers pions sur différents dossiers avant l’investiture de Joe Biden en janvier prochain.

« La logique de ce voyage a beaucoup plus à voir avec l’avenir politique de Pompeo et le fait de créer des structures contraignantes pour la politique de l’administration Biden qu’avec des annonces ou des actions de la part de l’administration Trump », estime Aaron David Miller, ancien négociateur au sein d’administrations américaines républicaines et démocrates, contacté par L’Orient-Le Jour.

C’est surtout lors de sa visite à l’État hébreu que Mike Pompeo, évangélique et pro-israélien, devrait frapper un coup symbolique alors qu’il s’apprête à être le premier secrétaire d’État américain à se rendre sur le plateau du Golan et au vignoble Psagot, situé dans l’une des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée, ont rapporté le quotidien israélien Haaretz et le site d’informations Axios la semaine dernière. Controversée, la compagnie a fait l’objet d’une décision de la Cour européenne la contraignant à étiqueter ses produits comme issus des colonies israéliennes. L’un de ses vins porte le nom de Mike Pompeo en hommage à ses propos selon lesquels les colonies israéliennes ne sont pas contraires au droit international. « Ce dangereux précédent légalise les colonies et constitue un coup porté à la légitimité internationale et la résolution des Nations unies », a dénoncé vendredi sur son compte Twitter le Premier ministre palestinien Mohammad Shtayyeh. « Cette visite lui sera utile à l’égard des conservateurs, des évangéliques et une partie de la communauté juive américaine », souligne Aaron David Miller.

Rebondissements

Cette tournée devrait aussi être l’occasion d’évoquer avec les alliés de Washington les différends territoriaux en Méditerranée orientale, un retrait prochain des troupes américaines d’Afghanistan, le conflit dans le Haut-Karabakh, le rôle de la Chine et surtout la menace iranienne.

Sous la houlette d’un président impulsif et mauvais perdant, Washington pourrait être tenté de mener des actions décisives au cours des prochaines semaines contre Téhéran dans le but de compliquer la tâche de son successeur qui s’est dit prêt à réengager les négociations sur l’accord nucléaire, dont l’administration actuelle est sortie en 2018. Des propos de mauvais augure aux yeux d’Israël qui a connu avec Donald Trump son allié le plus fidèle de l’histoire américaine et qui pourrait tabler sur une intensification de la politique de « pression maximale » de Washington jusqu’en janvier sous différents scénarios, allant de l’augmentation des frappes contre les obligés de Téhéran en Syrie à des attaques sur les installations nucléaires iraniennes. Selon Axios, un plan visant à imposer d’ici à janvier des salves de sanctions contre le régime iranien – focalisé sur son programme de missiles balistiques et ses proxys dans la région – serait en cours d’élaboration par la Maison-Blanche, en coordination avec Israël et plusieurs pays du Golfe.

Ce point devrait être au centre de leurs discussions – alors qu’ils tiennent Téhéran pour ennemi commun – ainsi que les accords de normalisation entre l’État hébreu et les pays de la région. Si les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Soudan ont établi des liens diplomatiques avec Israël au cours des trois derniers mois, le président américain avait annoncé que d’autres pays de la région devaient leur emboîter le pas d’ici à la fin de l’année. « Il est très peu probable que le Qatar ou l’Arabie saoudite acceptent de normaliser leurs relations avec Israël pendant la période de transition », nuance Aaron David Miller. « Ils ne vont pas la donner en cadeau à une administration sortante qui, dans moins de 60 jours, n’aura plus aucun pouvoir ou autorité réelle pour prendre des décisions qui pourraient les récompenser pour ce geste, en particulier dans le cas (du prince héritier saoudien) Mohammad ben Salmane », fait-il remarquer.

Autre signe que des rebondissements prochains ne sont pas à exclure dans la région : la semaine dernière a été marquée par l’arrivée surprise de figures loyales à Donald Trump dont Chris Miller, devenu le nouveau chef du Pentagone par intérim suite au limogeage de Mark Esper. Un remaniement qui a été perçu par les observateurs comme un possible prélude à une action militaire américaine contre Téhéran, ou encore à un retrait accéléré des troupes d’Afghanistan d’ici à janvier. Une opération « qu’il ne faudrait pas faire, à notre avis », a indiqué le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, interrogé sur BFMTV et RMC vendredi dernier. « Ce qu’il ne faudrait pas faire non plus en Irak, on se le dira », a-t-il ajouté, en référence à sa rencontre aujourd’hui avec Mike Pompeo. Washington avait déjà annoncé en septembre dernier la réduction de ses effectifs militaires déployés en Irak, passant de 5 200 à 3 000, s’inscrivant dans la continuité de la promesse de campagne de Donald Trump de mettre un terme aux « guerres sans fin » des États-Unis.


C’est un voyage qui intervient à un moment où s’écrit une étrange page de l’histoire américaine. Alors que le président américain Donald Trump a reconnu pour la première fois hier la victoire de son rival démocrate Joe Biden « parce que l’élection était truquée », le secrétaire d’État Mike Pompeo a entamé vendredi une tournée longue de dix jours en Europe et...

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independamment de TOUTE AUTRE perspective objective, je soiuhaite que D Trump reussisse a faire tout ce qu'il peut pour au moins freiner une possible "envie" de J Biden de renforcer la doctrine Obama et remettre notre region sous le pouvoir la soldatesque iranienne

Gaby SIOUFI

14 h 39, le 16 novembre 2020

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Commentaires (1)

  • independamment de TOUTE AUTRE perspective objective, je soiuhaite que D Trump reussisse a faire tout ce qu'il peut pour au moins freiner une possible "envie" de J Biden de renforcer la doctrine Obama et remettre notre region sous le pouvoir la soldatesque iranienne

    Gaby SIOUFI

    14 h 39, le 16 novembre 2020

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