Rechercher
Rechercher

Syrie

En manque de devises étrangères, Damas promulgue de nouvelles exemptions au service militaire

Bachar el-Assad tente par tous les moyens de renflouer les caisses de l’État.

En manque de devises étrangères, Damas promulgue de nouvelles exemptions au service militaire

Le président syrien Bachar el-Assad s’entretient avec son homologue russe Vladimir Poutine lors d’une visioconférence, le 9 novembre 2020. Alexey Nikolosky/Sputnik/AFP

Il s’agit de la énième tentative du régime de Damas de se procurer des dollars. Bachar el-Assad a procédé dimanche, selon l’agence de presse officielle syrienne SANA, à d’importantes modifications de la loi sur le service militaire, en particulier pour les Syriens expatriés. Jusqu’à présent, ceux d’entre eux vivant à l’étranger pendant une durée supérieure ou égale à 4 ans pouvaient être exemptés du service militaire contre la somme de 8 000 dollars américains. Les récentes modifications à la loi prévoient désormais des exemptions pour les Syriens n’ayant passé qu’une année à l’étranger. Ces derniers pourront payer la somme de 10 000 dollars pour être dispensés de service militaire. Les Syriens passant 2, 3 ou 4 ans à l’étranger pourront acquitter la somme respective de 9 000, 8 000 et 7 000 dollars pour bénéficier du même traitement. Autre nouveauté : la loi couvre à présent les Syriens vivant sur le territoire. Ceux d’entre eux affectés par des problèmes de santé et auxquels ont été attribués des postes sédentaires au sein de l’armée pourront payer 3 000 dollars pour être exemptés de service militaire. La loi syrienne prévoit que tous les hommes âgés de 18 ans et plus doivent accomplir leur service militaire pour une période allant de 18 mois à 2 ans. Mais la mobilisation peut désormais durer plusieurs années en raison de la guerre civile qui touche le pays depuis 2011.

« Qui a une telle somme en poche ou à la banque aujourd’hui ? Si je les avais, je m’en servirais pour aller en Europe, pas pour rester pourrir ici », fustige Ahmad*, 25 ans, sans emploi, qui a quitté le Liban l’an dernier pour sa ville natale de Raqqa. Cet amendement à la loi fait suite à une série de mesures prises par le régime de Damas pour trouver des devises étrangères alors que l’économie syrienne est au plus mal. Le gouvernement avait ainsi émis, début juillet, un décret obligeant les ressortissants syriens à échanger 100 dollars dès leur arrivée dans le pays, par voie terrestre ou aérienne, contre l’équivalent en livres syriennes au taux officiel. Aboudi*, 19 ans, le frère d’Ahmad, a dû s’acquitter de cette somme le mois dernier pour pouvoir rentrer au pays depuis le Liban. Il ne dispose pas pour l’instant du montant requis pour échapper au service militaire, alors il tente de ne pas se faire contrôler par l’armée. « Nos dirigeants sont encore plus voyous que chez vous au Liban », plaisante Ahmad. Rien ne garantit qu’une fois la somme réglée les autorités ne s’en prennent pas à ces jeunes gens qui choisissent de revenir en Syrie. « Il faut avoir un casier vierge, et espérer que l’un de tes proches n’a pas participé à des manifestations antipouvoir », raconte le jeune homme.

Lire dans Le Commerce du Levant

Comment interpréter les propos de Bachar el-Assad sur la crise libanaise ?

Alors que la monnaie a perdu près de 80 % de sa valeur depuis 2011, le taux de change officiel s’élève à près de 1 250 livres syriennes pour 1 dollar, contre 48 avant le début de la guerre en Syrie. Le taux du marché noir est bien plus élevé, 1 dollar atteignant près de 2 500 livres syriennes.

L’État ne sait plus comment se sortir de l’impasse financière. La crise monétaire au Liban et la fermeture des frontières en raison de la lutte contre le Covid-19 ont également accentué la pression sur les échanges commerciaux et les transferts de fonds en provenance de l’étranger. Bachar el-Assad a d’ailleurs estimé la semaine dernière, lors d’un déplacement à la foire de Damas, que 20 à 42 milliards de dollars de dépôts syriens sont bloqués au Liban. « Ce chiffre, pour une économie comme la Syrie, est terrifiant », a déclaré le président syrien, avant d’ajouter : « C’est l’argent qu’ils ont mis dans les banques libanaises, et nous en avons payé le prix. C’est l’origine du problème dont personne ne parle. »

Sanctions internationales

Avec la diminution des réserves en dollars et la baisse de la valeur de la livre syrienne, le pays a eu du mal à financer les importations, ce qui a entraîné une flambée des prix sur les marchés, engendrant la colère des populations. La crise économique est d’autant plus forte que de lourdes sanctions internationales pèsent sur le pays, notamment celles prévues par la loi César, promulguée en décembre 2019 par Donald Trump et qui pénalise tout institution ou individu traitant avec le régime Assad.

Hier, le président syrien a d’ailleurs dénoncé les sanctions internationales qui pèsent sur le pays, lors d’un appel vidéo avec son homologue russe Vladimir Poutine, alors que Damas organise les 11 et 12 novembre une conférence sur les réfugiés avec le soutien de Moscou. Alors qu’il s’exprimait sur le retour des réfugiés syriens dans leur pays natal, Bachar el-Assad a estimé que le « plus grand obstacle à ce dernier » est « le blocus imposé à la Syrie ».

*Tous les prénoms ont été modifiés


Il s’agit de la énième tentative du régime de Damas de se procurer des dollars. Bachar el-Assad a procédé dimanche, selon l’agence de presse officielle syrienne SANA, à d’importantes modifications de la loi sur le service militaire, en particulier pour les Syriens expatriés. Jusqu’à présent, ceux d’entre eux vivant à l’étranger pendant une durée supérieure ou égale à 4...

commentaires (2)

Le Souk.

Je partage mon avis

10 h 26, le 10 novembre 2020

Tous les commentaires

Commentaires (2)

  • Le Souk.

    Je partage mon avis

    10 h 26, le 10 novembre 2020

  • Le boucher de DAMAS pourrait gagner le concours du cynismeapres celui de la monstruosite.....exiger 10 000 dollars a de pauvres syriens qui n ont meme pas de quoi se nourrir.......

    HABIBI FRANCAIS

    08 h 38, le 10 novembre 2020