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Dermatologie

Le psoriasis, une maladie non contagieuse, mieux prise en charge

Les essais cliniques au cours des quinze dernières années ont permis la mise sur le marché d’une panoplie de médicaments qui permettent d’améliorer la qualité de vie du patient.

Le psoriasis, une maladie non contagieuse, mieux prise en charge

Les avancées thérapeutiques du psoriasis sont telles que les médecins peuvent désormais proposer des traitements de plus en plus sélectifs et puissants, dont l’efficacité est plus durable et plus sûre. Photo DR

En 2006, Georges, alors âgé de 54 ans, subit une opération à cœur ouvert, nécessitant une transfusion sanguine. « Quelques mois plus tard, j’ai remarqué des taches rouges au bas de la colonne vertébrale qui se sont par la suite étendues à plusieurs parties de mon corps principalement les bras, la poitrine, les coudes, le cuir chevelu et les hanches, raconte-t-il. Le médecin m’a annoncé que je souffrais du psoriasis, que je ne pourrais pas guérir et que je devais apprendre à vivre avec ma maladie. »

Le psoriasis est une maladie inflammatoire chronique de la peau qui se manifeste par des plaques rouges, des squames et des démangeaisons. En 2016, la maladie touchait plus de 100 millions de personnes dans le monde, d’après les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé. Affectant autant les hommes que les femmes, le psoriasis apparaît le plus fréquemment entre l’âge de 40 et de 60 ans.

Les spécialistes distinguent deux types de psoriasis. « Le psoriasis vulgaire est la forme la plus fréquente de la maladie », explique le Dr Boutros Soutou, dermatologue, chargé d’enseignement à la faculté de médecine de l’Université Saint-Joseph. « Il est diagnostiqué dans près de 90 % des cas, poursuit-il. Dans ce cas, les plaques sont bien délimitées. Elles sont rougeâtres, accompagnées de squames et d’épaississement de la couche superficielle de la peau. Parfois, ces lésions sont prurigineuses. Le psoriasis pustuleux est une forme plus rare de la maladie. Il se manifeste par des pustules non infectieuses disséminées sur une peau rougeâtre. »

Georges confie avoir beaucoup souffert de la maladie. « Les démangeaisons sont telles que je ne cesse de me gratter la peau, parfois jusqu’au sang, dit-il. Alors, la douleur se calme un peu. J’ai essayé tous les traitements médicamenteux. J’ai même recouru à la médecine traditionnelle. Rien à faire. Ce qui gêne dans cette maladie, ce sont les couches qui se forment. Je peux enlever une couche un jour, mais une autre réapparaît le lendemain. C’est comme les écailles d’un poisson. J’ai des répits de quelques mois, avant que la maladie ne reprenne à nouveau. »

Impact psychique

Quelle que soit sa forme, le psoriasis a un impact sur la qualité de vie du patient, à cause de son aspect clinique visible, comme des démangeaisons et de la desquamation qui s’en suivent. « Au début, j’ai eu peur de contaminer les membres de ma famille, se souvient Georges. Je me suis même isolé pour ne pas les contaminer. Lorsque le médecin m’a assuré que le psoriasis n’était pas contagieux, je me suis un peu calmé. Je leur ai expliqué de quoi il s’agit, pour les tranquilliser à leur tour. La maladie a également affecté ma vie sociale et professionnelle. J’étais directeur d’une école et j’avais une vie sociale bien remplie. Le psoriasis m’a poussé à me recroqueviller sur moi-même. J’ai pris des distances avec les autres, ce qui a provoqué un étonnement. Mais je ne voulais pas étaler ma vie devant eux. Je me suis juste confié à quelques amis intimes. »

Georges assure que son entourage a été très compréhensif. « Personnellement, je me suis résigné, note-t-il. La maladie est douloureuse et son impact psychique est important. Il n’en reste pas moins qu’on doit être courageux et penser qu’il y a des gens qui en souffrent encore plus que nous. »

Les recherches menées sur le psoriasis au cours des dernières années ont permis une meilleure compréhension de la maladie. « Nous savons que la pathologie peut être associée à d’autres maladies comme le syndrome métabolique (obésité, diabète, hypertension et dyslipidémie),et le rhumatisme psoriasique (touche les articulations) qui se développe généralement quelques années après l’apparition de l’atteinte, soutient le Dr Soutou. D’où l’importance d’évaluer régulièrement l’état de santé du patient à la recherche des maladies qui peuvent être associées au psoriasis, notamment le rhumatisme inflammatoire qui peut être destructeur s’il n’est pas traité précocement. »

Avancées thérapeutiques

À l’instar de toutes les maladies chroniques, le psoriasis ne peut pas être guéri. Néanmoins, les essais cliniques menés au cours des quinze dernières années ont abouti à la mise sur le marché d’une panoplie de médicaments qui permettent d’améliorer la qualité de vie du patient. « Le traitement du psoriasis vise à blanchir la peau le plus longtemps possible, avance le Dr Soutou. Nous disposons pour ce faire de quatre types de traitements. Le traitement localisé est ainsi prescrit en cas de psoriasis bien délimité et peu étendu. La photothérapie est bénéfique pour certaines formes modérées, mais étendues de la pathologie. Le traitement systémique permet d’agir sur tout le corps. Il consiste à administrer des immunosuppresseurs par voie orale et nécessite un suivi rapproché. La grande innovation dans la prise en charge du psoriasis reste toutefois le développement des traitements biologiques. C’est une molécule protéique de très grande taille qui va cibler parfois un médiateur de l’inflammation ou plus souvent son récepteur sur la cellule. »

Cette révolution thérapeutique est en perpétuelle avancée et de nouvelles molécules sont continuellement découvertes, testées et mises sur le marché. « De fait, la recherche permet actuellement de proposer des traitements de plus en plus sélectifs et puissants, dont l’efficacité est plus durable et plus sûre, se félicite le Dr Soutou. En pratique, nous sommes devenus capables d’atteindre un blanchiment complet des lésions, parfois en moins que quatre semaines, qui dure plusieurs années avec une qualité de vie quasi normale. Même les zones difficiles à traiter, comme le cuir chevelu, les ongles ou la zone génitale, peuvent bénéficier d’un traitement oral simple, efficace et sûr, permettant d’éviter les injections aux patients phobiques et les examens complémentaires de contrôle. Certaines de ces molécules biologiques ont été dernièrement testées en toute sécurité chez les enfants et les femmes enceintes, élargissant considérablement le spectre des patients pouvant bénéficier de cette classe médicamenteuse. »

Désormais donc, « les dermatologues sont aujourd’hui capables de proposer au patient un traitement personnalisé ». « De même, la diversité dans les mécanismes d’action de ces traitements biologiques offre la possibilité de passer à une deuxième ou troisième ligne de traitement au cas où une absence ou une perte de réponse survient », fait remarquer le dermatologue.

Mais à chaque médaille son revers. « La grande limitation de ces médicaments reste leur prix élevé, déplore le Dr Soutou. Le ministère de la Santé et les tiers payants acceptent toutefois de couvrir une part considérable du traitement. »

Récemment, des médicaments dits biosmiliaires sont parvenus sur le marché. « Ce sont des tentatives de copies des molécules biologiques originales proposant la même efficacité, mais à un prix plus abordable, explique le Dr Soutou. Contrairement aux molécules génériques qui sont des copies identiques du médicament original classique, lequel est d’habitude une très petite molécule chimique, les copies des grandes molécules biologiques aspirent à une similitude relative avec la molécule d’origine sans que les deux soient pour autant identiques. La compétition et le débat sont vifs, les données scientifiques manquent des fois, et les recommandations ne sont pas unanimes à travers les pays. »


En 2006, Georges, alors âgé de 54 ans, subit une opération à cœur ouvert, nécessitant une transfusion sanguine. « Quelques mois plus tard, j’ai remarqué des taches rouges au bas de la colonne vertébrale qui se sont par la suite étendues à plusieurs parties de mon corps principalement les bras, la poitrine, les coudes, le cuir chevelu et les hanches, raconte-t-il. Le médecin...

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