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Monde - Portrait

Progressiste modéré ou conservateur repenti : qui est vraiment Joe Biden ?

Après une longue carrière fédérale et de lourdes épreuves personnelles, la trajectoire de l’ancien sénateur prend un nouveau tournant lorsqu’il est choisi par Barack Obama pour être son vice-président.


Progressiste modéré ou conservateur repenti : qui est vraiment Joe Biden ?

Le candidat démocrate Joe Biden s’exprime devant la presse deux jours après la tenue du scrutin présidentiel, le 5 novembre, à Wilmington, Delaware. Kevin Lamarque/Reuters

« Sleepy Joe ». Le sobriquet qu’a choisi Donald Trump pour (dis)qualifier son concurrent dans la course à la présidentielle tend à la caricature. Mais le candidat démocrate, d’âge mûr et de nature maîtrisée, en a vu d’autres. À 77 ans, le catholique Joseph Robinette Biden Jr. est un homme d’État à la carrière établie. Après des débuts d’avocat, il fait ses armes au Sénat, où il reste 36 ans, avant de rejoindre le président Obama en tant que vice-président pendant deux mandats consécutifs. De 1972 à 2018, sa longue présence au Sénat, notamment en tant que président de commission, lui permet d’acquérir une expérience des rouages fédéraux, des dossiers de politique étrangère ou des affaires judiciaires. Un crédit politique précieux qu’il ne manquera pas de mettre en avant. S’il compte sur cette expérience pour jouer la carte de la raison, de la fiabilité et du « retour au calme », son parcours montre qu’il n’est pas pour autant l’individu lisse et monotone dont ricane le président sortant.

Origines modestes

Joe Biden, deuxième président catholique (dont la victoire a été annoncée samedi 7 au soir par les médias américains, NDLR) depuis John F. Kennedy (1960-1963), aime à rappeler ses origines modestes. Il a même fait de sa « petite maison » dans les rues de Scranton, la ville ouvrière où il a grandi, l’un de ses arguments pour convaincre qu’il a « toujours été du côté des petites gens », comme l’avance sa biographie officielle en ligne. Il aime aussi raconter comment il est passé d’un père vendeur de voitures d’occasion et descendant d’immigrants britanniques et français à des études universitaires d’histoire, de sciences politiques puis de droit qui lui ouvrent la porte vers un autre monde. Celui où il deviendra, plusieurs décennies plus tard et après deux tentatives malheureuses, le candidat des démocrates et de certains républicains pour faire front commun contre Donald Trump.

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La transition entre les deux mondes, au cours des années 1960, a lieu de manière fulgurante. Il épouse à 22 ans Neilia Hunter avec qui il aura trois enfants. En 1969, il rejoint le cabinet d’avocats de Sid Balick, un démocrate engagé avec qui il fait ses premiers pas au sein du parti. En 1970, il obtient son premier poste de représentant au conseil local de New Castle. Il franchit peu après une nouvelle étape avec sa candidature pour le Sénat et devient le plus jeune sénateur à accéder au poste. Son langage emprunte alors déjà les accents rassembleurs qui caractériseront sa campagne de 2020. « Nous avons trop souvent laissé nos différences prévaloir, nous avons laissé des hommes ambitieux se jouer de ces différences pour leurs propres gains politiques », déclare-t-il.

1972. Quelques mois après son élection, un traumatisme personnel interrompt cette success story. Un « trou noir » bouleverse sa vie : la perte brutale de sa femme et de sa fille âgée d’un an dans un accident de la circulation. Ses fils Beau et Hunter sont grièvement blessés. Après avoir songé un temps à démissionner, Joe Biden décide finalement de poursuivre sa carrière politique. Il se remariera, plus tard, en 1977. Mais les choses ne seront plus comme avant.

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Ce deuil infléchira son discours politique. Joe Biden cultive sa fibre sociale dès ses débuts – au conseil de New Castle par exemple, où il prend la défense des riverains contre la dénaturation des quartiers et s’oppose aux compagnies pétrolières. Mais après 1972, certains proches rapportent que son rapport à ses collaborateurs et aux électeurs devient plus empathique. Il incite son entourage à garder du temps en famille et, en 2015, lorsque l’un de ses fils meurt d’un cancer, il annonce son retrait des primaires démocrates.

Depuis ces drames, il se présente comme père de famille veuf partageant la douleur des familles de soldats morts. Le chagrin et la résilience traversent également la campagne présidentielle de 2020. Alors que le pays déplore la perte de plus de 230 000 personnes due au Covid-19, Joe Biden interpelle les Américains lors d’un débat télévisé. « Combien d’entre vous ont perdu quelqu’un de cher à cause de cette pandémie ? » lance-t-il d’un ton grave. En ligne de mire, la mauvaise gestion de la crise sanitaire par le président Trump.

Un homme de contradictions

Mais Joe Biden n’est pas seulement ce travailleur garant de l’« âme de la nation » que présentent les affiches électorales. Il est également un homme de contradictions à l’héritage politique contesté. Comme dans les années 1970, lorsqu’il se mobilise contre le « busing », une initiative visant à favoriser la diversité raciale et l’intégration des communautés noires en transportant des étudiants en dehors de leurs quartiers d’origine. De quoi relire d’un œil différent ses propos polémiques, quand il parlait du candidat Obama comme d’un « Noir américain intégré, qui s’exprime bien, propre sur lui, bel homme. Le rêve, quoi ».

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Ces propos ne sont pas isolés. Jusqu’à récemment, Joe Biden défend des positions très à droite sur les questions de société. En 1994, il participe à la rédaction d’une loi de lutte contre la criminalité qui emprunte largement au registre républicain de l’ordre sécuritaire. Parmi de nombreuses mesures, la loi élargit l’application de la peine de mort, met en place des camps de redressement disciplinaire et augmente les effectifs de la police. Autre exemple, en 1996, il soutient la loi de défense du mariage qui restreint l’union maritale à un homme et une femme. Jusqu’en 2019, il soutient l’amendement Hyde limitant les subventions fédérales pour les avortements à quelques situations extrêmes (vie de la mère en danger, inceste, viol). Des prises de position qui n’ont rien à voir avec les accusations du camp Trump qui raille le candidat démocrate pour ses tendances « socialistes progressistes », parfois même « communistes ». Difficile aujourd’hui d’imaginer ce que le candidat de 2020 pense du militant des années 1970 ou du sénateur des années 1990. Pour beaucoup, Joe Biden a depuis fourni les preuves de son engagement. Vice-président, il finit par soutenir l’égalité de mariage pour les couples homosexuels, après s’être battu contre. Celui qui hier luttait contre les mesures de déségrégation tend aujourd’hui la main au mouvement Black Lives Matter. Jusqu’à prendre son téléphone pour appeler personnellement la famille de Jacob Blake, grièvement blessé suite à des tirs de police à Kenosha.

Ce revirement sur les questions raciales se confirme symboliquement, en août, lorsqu’il annonce le nom de sa colistière pour le ticket présidentiel. Son choix de la sénatrice Kamala Harris, de père jamaïcain et de mère indienne, réveille pour certains le souvenir du duo Biden-Obama. Le tournant devient également palpable grâce au soutien de figures de l’aile gauche du Parti démocrate, comme Bernie Sanders ou Alexandria Ocasio-Cortez, ou encore grâce à son assise électorale auprès de la communauté afro-américaine qui votera massivement pour lui lors du scrutin du 3 novembre.

Opportunisme politique ou bien signe que le conservateur démocrate a su prendre le virage de son époque ? Au-delà de la personne, le virage opéré par Joe Biden raconte surtout l’histoire d’un parti en pleine mutation.


Rq : cet article a été actualisé le 7 novembre au soir après l'annonce, par les médias américains, de la victoire de Joe Biden.

« Sleepy Joe ». Le sobriquet qu’a choisi Donald Trump pour (dis)qualifier son concurrent dans la course à la présidentielle tend à la caricature. Mais le candidat démocrate, d’âge mûr et de nature maîtrisée, en a vu d’autres. À 77 ans, le catholique Joseph Robinette Biden Jr. est un homme d’État à la carrière établie. Après des débuts d’avocat, il fait ses...

commentaires (2)

CHEZ NOUS IL SUIVRA LA LIGNE TRUMP. QU.ON NE REVE PAS AUTREMENT.

JE SUIS PARTOUT CENSURE POUR AVOIR BLAMER GEAGEA

19 h 45, le 08 novembre 2020

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Commentaires (2)

  • CHEZ NOUS IL SUIVRA LA LIGNE TRUMP. QU.ON NE REVE PAS AUTREMENT.

    JE SUIS PARTOUT CENSURE POUR AVOIR BLAMER GEAGEA

    19 h 45, le 08 novembre 2020

  • Je ne crois pas qu'il changera la politique étrangère , que leHezbollah ne réjouisse pas ???

    Eleni Caridopoulou

    01 h 35, le 08 novembre 2020

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