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Éclairage

Pourquoi Trump a (dans tous les cas) réussi son pari

Les résultats de la présidentielle semblent démontrer l’ancrage du trumpisme.

Pourquoi Trump a (dans tous les cas) réussi son pari

Des partisans du président Trump manifestent devant le capitole de Pennsylvanie, le 5 novembre 2020. Mark Kauzlarich/Reuters

Joe Biden était hier, à l’heure de mettre sous presse, aux portes de la Maison-Blanche. Le verdict n’était pas encore certain, mais presque. Il ne restait, en effet, au candidat démocrate qu’à empocher une poignée de grands électeurs dans des États-clés encore disputés pour remporter le scrutin. « Je suis venu vous dire que, quand le dépouillement sera terminé, nous pensons que nous allons gagner », avait déclaré Joe Biden avec prudence, lors d’une brève allocution donnée mercredi soir dans son fief de Wilmington, dans l’État du Delaware. Le candidat démocrate semblait également avoir remporté le vote populaire dans le pays. Les derniers résultats font état de plus de 72 millions de voix en faveur de ce dernier, contre 68,5 millions chez son rival républicain. Un record qui dépasse les plus de 65 millions de voix récoltées par Hillary Clinton en 2016, ainsi que le meilleur score obtenu par Barack Obama lors de son premier mandat, soit 69,5 millions des suffrages. Pari perdu pour Donald Trump donc ? La réalité est plus nuancée. Il suffit pour s’en rendre compte de regarder l’attention portée au candidat républicain depuis le début de la campagne présidentielle. Tout semble tourner autour de ce dernier. Ses attaques envers son rival démocrate qui ont retenu l’attention des duels télévisés, ses tweets, largement commentés par les médias depuis le début de son mandat, et ses déclarations cinglantes, jusqu’à ces dernières heures, où le président sortant a déclaré avoir gagné l’élection avant même que les résultats officiels ne soient tombés. Donald Trump a également distillé un climat de peur dans tout le pays. La tension est à son maximum, alors que des heurts et des actes de violence ne sont pas exclus, en particulier en cas de défaite du camp républicain.

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Quel que soit le résultat de l’élection présidentielle, il ne fait aucun doute que Donald Trump est entré dans l’histoire, à commencer par celle de son parti. Le président sortant a conquis le Parti républicain, élargissant sa base populiste, conservatrice et nationaliste. La relève semble assurée par les figures républicaines des sénateurs du Missouri Josh Hawley et de l’Arkansas Tom Cotton ou encore du gouverneur de Floride, Ron DeSantis, chrétiens fondamentalistes et antisystème.

Ce populisme incarné par Donald Trump a séduit, d’une manière inédite, l’électorat américain en 2016 comme en 2020. Selon les dernières estimations de la présidentielle actuelle, le président sortant a récolté près de 4 millions de voix de plus qu’en 2016. Certes, la présidentielle 2020 est marquée par un taux de participation historique, estimé à 67 %, contre 55,7 % en 2016. Un record depuis un siècle. Sans compter le fait que les candidats tiers étaient plus populaires lors de la précédente présidentielle.

Mais ces données n’expliquent pas tout. Donald Trump a su conserver une bonne partie de sa base électorale, tout en augmentant sa cote de popularité auprès des minorités. « Les sondages menés à la sortie des bureaux de vote semblent indiquer que le président sortant a perdu une partie du soutien des hommes blancs mais a légèrement gagné celui de tous les autres grands groupes démographiques du pays », note Anthony Fowler, professeur associé de sciences politiques à l’école de politique publique de l’Université de Chicago, interrogé par L’Orient-Le Jour.Si Joe Biden a fait une percée au sein de l’électorat blanc, ce dernier favorise toujours Donald Trump, en particulier chez les peu ou pas diplômés, à hauteur de 51 % selon les récents sondages publiés par le cabinet Edison Research et l’agence de presse Associated Press. Le candidat républicain récolte également le soutien des Américains vivant dans les zones rurales, des électeurs davantage concernés par la crise économique que par la crise sanitaire, dont sa gestion a été critiquée. « Il y a quelque chose à propos de Trump et de son appel à un certain segment de l’Amérique qui lui permet de défier à plusieurs reprises les attentes. Donald Trump a certainement fait mieux que les sondages ne prédisaient étant donné qu’il a été un président relativement impopulaire, englouti dans des scandales tout au long de sa présidence, marquée par des procédures de destitution et une gestion de la pandémie de Covid-19 épouvantable, de l’avis de presque tous », commente Anthony Fowler.

L'édito de Gaby NASR

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Bien loin des discours répandus en 2016 selon lesquels l’élection de Donald Trump était un accident, les résultats du scrutin actuel semblent démontrer l’ancrage du trumpisme. Notamment en Floride, mais aussi dans les États de la « Rust Belt », situés dans le Midwest, comme l’Ohio, le Michigan et le Wisconsin, marqués par une importante population ouvrière blanche. Si Joe Biden a remporté le vote des grands électeurs dans ces deux derniers États, Donald Trump y a fait un score plus élevé que ce que prédisaient les sondages pré-électoraux. « Biden a fait un effort clair pour reconquérir les voix des électeurs de la classe ouvrière qui votent normalement pour les démocrates mais sont passés à Trump en 2016. Mais ses résultats restent modestes », ajoute le spécialiste.

Vote des minorités

C’est cependant le vote des minorités qui étonne le plus. À la surprise d’une grande partie des observateurs américains, le candidat républicain a enregistré un meilleur score auprès de ces dernières qu’en 2016. « Bien que Trump ait perdu le vote des non-Blancs dans une large mesure, ce qui est classique pour les républicains, il a enregistré des gains parmi les électeurs noirs et hispaniques par rapport à il y a quatre ans », observe Barry C. Burden, professeur de sciences politiques à l’Université du Wisconsin-Madison, contacté par L’Orient-Le Jour. Un constat particulièrement visible en Floride, où le président sortant a rallié l’électorat latino-américain, qui représente près de 17 % des votants de ce « swing state », ce qui a joué en sa faveur pour remporter les 29 grands électeurs de cet État avec 51,2 % des suffrages. L’équipe de campagne de Donald Trump avait fourni des efforts significatifs ces derniers mois pour conquérir cet électorat, en particulier la population d’origine cubaine, qui en compose le quart. Le président sortant a également progressé au sein de la communauté afro-américaine dont, selon les premières estimations, près de 12 % de ses membres lui ont accordé leurs voix, contre 8 % il y a quatre ans. Et ce alors que leur participation au scrutin semble plus élevée qu’en 2016. D’autres données pourraient expliquer l’important vote populaire obtenu par le républicain, comme le sexe du candidat à la présidentielle. « Des femmes conservatrices ont peut-être voté pour Clinton en 2016 parce qu’elles voulaient voir une femme présidente mais elles seraient passées à Trump en 2020. Et peut-être qu’il y avait des hommes blancs qui votaient normalement démocrate mais qui ne soutenaient pas Clinton parce qu’elle est une femme », lance Anthony Fowler. Malgré l’augmentation du nombre d’Américains ayant plébiscité le président sortant, la réussite de ce dernier peut être nuancée. « Trump a fait mieux que prévu, mais ce n’est en aucun cas une victoire pour sa campagne. Il devrait perdre beaucoup au niveau du vote populaire et il devrait perdre au niveau du collège électoral. C’est inhabituel pour un président cherchant à se faire réélire à l’issue de son premier mandat », conclut Barry C. Burden.


Joe Biden était hier, à l’heure de mettre sous presse, aux portes de la Maison-Blanche. Le verdict n’était pas encore certain, mais presque. Il ne restait, en effet, au candidat démocrate qu’à empocher une poignée de grands électeurs dans des États-clés encore disputés pour remporter le scrutin. « Je suis venu vous dire que, quand le dépouillement sera terminé, nous...

commentaires (2)

Peut être, mais on se rappelle uniquement de la victoire. Tout le reste n'est que littérature

Citoyen

14 h 53, le 06 novembre 2020

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Commentaires (2)

  • Peut être, mais on se rappelle uniquement de la victoire. Tout le reste n'est que littérature

    Citoyen

    14 h 53, le 06 novembre 2020

  • Le pari de Trump, depuis le départ, fût de diviser les USA et de le présenter sur un plat en argent à leur deux adversaires, Putin et Xi ... Il l'a magistralement réussi après avoir ramené des divisions sectaires, séparer les USA de leurs alliés européens, isolé la politique étrangère pour faire de l'Amérique un guitariste de trottoir plutôt que le chef d'orchestre...de ce point son pari est réussi car il lui a fallu juste 4 ans pour décortiqué cette démocratie de plus que bicentenaire. .... Ça ressemble étrangement au sort du Liban à des échelles, bien sûr, très différentes...

    Wlek Sanferlou

    14 h 37, le 06 novembre 2020