Le directeur de l'hôpital gouvernemental Rafic Hariri de Beyrouth, Firas Abiad, lors d'une visioconférence, le 28 juillet 2020. Photo AFP / ANWAR AMRO
Le directeur de l'hôpital gouvernemental Rafic Hariri, le docteur Firas Abiad, s'est inquiété jeudi d'un nouveau record en matière de Covid-19, avec 400 cas pour 100.000 personnes, affirmant que la question que l'on devrait se poser est "un confinement général jusqu'à quand ?". Sur ce plan, le ministre de la Santé et deux députés ont appelé à un reconfinement du pays.
"Hier, le taux de contamination du Covid-19 a dépassé le ratio des 400 cas pour 100.000 personnes - un nouveau record", s'est inquiété le médecin, sur Twitter. "L'arrivée de la pluie et la baisse des températures obligent la société à se déplacer vers les lieux fermés, d'où une augmentation plus importante des taux d'infection", a-t-il mis en garde.
"Aujourd'hui, le débat porte sur la nécessité d'un confinement général ou non. Ce débat sera bientôt dépassé par les événements. La croissance des cas et la perte de contrôle sur l'épidémie ne nous laisseront plus mener une vie normale ou restaurer la situation économique", a-t-il poursuivi.
"Un confinement général jusqu'à quand ? Telle est la question. Et quid de l'après ? Comment alléger ses conséquences négatives sur la population ? Comment éviter de réinstaurer un bouclage dans les prochains mois ? Quel prix devons-nous payer maintenant pour éviter de payer un prix bien plus élevé à l'avenir ? Des questions difficiles, oui, mais nécessaires, au lieu de faire la politique de l'autruche et de rêver d'un avenir meilleur", a conclu le médecin.
Du côté des autorités, le ministre sortant de la Santé, Hamad Hassan, a plaidé en faveur d'un reconfinement, tout en reconnaissant que l'Etat n'a pas les moyens d'assurer des compensations aux citoyens. "Nous devons (...) faire comme les pays européens qui se sont reconfinés et ont accordé des prestations sociales, mais l'Etat libanais n'a pas les moyens", a estimé le ministre sortant dans des propos accordés à une radio locale. "En période de confinement, nous comptons tous sur les municipalités. Mais malheureusement, le bouclage était appliqué sur les routes principales et non du côté des axes intérieurs qui étaient tous ouverts", a déploré le responsable. "Nous vivons une catastrophe", a encore affirmé M. Hassan, qui a déploré "un nombre encore insuffisant de lits dans les hôpitaux privés", alors que ces établissements sont pressés par l'Etat de recevoir plus de patients atteints du coronavirus. Les hôpitaux privés implorent pour leur part l'Etat à leur verser les milliards de livres libanaises qu'il leur doit.
Les députés Chamel Roukoz et Bilal Abdallah ont pour leur part appelé à un reconfinement immédiat du pays. "Des milliers de contaminations quotidiennes et des dizaines de décès parmi nos proches et nos familles, et certains hésitent encore à fermer le pays, sous prétexte de la situation économique... Le seul critère a retenir est la capacité d'accueil de nos hôpitaux. Malheureusement, nous choisissons entre la peste et le choléra. Bouclez le pays !", a appelé le député du Parti socialiste progressiste, Bilal Abdallah, sur son compte Twitter jeudi.
"Les structures médicales s'effondrent : les hôpitaux n'ont pas les capacités d'absorption et le personnel soignant est frappé par les contaminations. J'appelle à fermer complètement et immédiatement le pays pour quatre semaines, avec une application stricte de la décision. Sinon, la catastrophe sanitaire viendra", a averti le député indépendant Chamel Roukoz, déplorant que le pays n'ait pas les moyens d'une politique de sauvetage économique pour les situations d'urgence.
A l'opposé, le président de l'Association des commerçants de Beyrouth, Nicolas Chammas, s'est dit opposé à un reconfinement général. "La politique du confinement a prouvé son échec", a-t-il estimé, déplorant "une baisse de 80% de l'activité économique".
Les appels à un reconfinement se multiplient dans le pays, alors que le virus continue de se propager rapidement. Le Conseil supérieur de la défense (CSD) devrait se réunir sous peu pour décider d’un éventuel bouclage total du pays.


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