Le clin d'œil

Prof avant/après

Prof avant/après

D.R.

Vous vous souvenez encore de votre premier cours à la Fac. Sanglée dans un tailleur en tweed BCBG avec chemisier à col lavallière blanc de rigueur, perchée sur des escarpins bicolores, coiffée de boucles blondes à la Farah Fawcett version soft pour enseignante universitaire, munie d’un attaché-case noir flambant neuf, vous vous apprêtiez à affronter vos étudiants de première année – cauchemar bien connu de tout prof – massés en horde glapissante dans l’Amphi A.

Sans doute amusé par votre courage de façade, votre cher doyen vous lance alors mi-ironique, mi-attendri « Alors, prête à affronter les lions dans l’arène ? » Paradoxalement, la phrase vous galvanise. Vous entrez dans la salle d’un pas conquérant, grimpez l’estrade d’un bond et lancez à la salle un regard sévère qui la glace illico. Ça y est, vous avez assis votre pouvoir que vous agrémenterez, en cours de parcours, d’interrogatoires à brûle-pourpoint de vos pauvres étudiants terrorisés, de remarques narquoises, mais aussi d’anecdotes légères adroitement insérées dans votre cours austère portant sur « la théorie générale des obligations ». En somme, vous étiez devenue, comme vos ex-enseignants que vous admiriez tant, une prof, une vraie.

C’était sans compter avec la crise dite « sanitaire ». Désormais, vous enseignez online à travers un programme portant un nom d’onomatopée burlesque, ledit Zoom. Vous refusez avec indignation de faire comme certains et de donner votre cours de chez vous en femme-tronc habillée d’un pantalon de pyjama sous sa veste de tailleur et pieds nus. Prof vous êtes et prof vous resterez, que diable !

Cela ne vous empêche pas de vous battre contre le diabolique ordi mis à votre disposition par la Fac qui vous impose de vous identifier en tant qu’être humain (oui, oui) en faisant un puzzle avec des animaux en vadrouille. Alors que vous vous battez avec des oursons et des poulains entremêlés, miracle ! Zoom se met en marche. Vous prenez la pose pour commencer votre cours avec pour seuls interlocuteurs des photomatons d’étudiants inconnus, lorsque la caméra révèle la chambre passablement en désordre d’une étudiante et l’image peu glamour de sa mère en savates lui portant un plat de haricots au riz…

À quand votre estrade bien-aimée ?


Vous vous souvenez encore de votre premier cours à la Fac. Sanglée dans un tailleur en tweed BCBG avec chemisier à col lavallière blanc de rigueur, perchée sur des escarpins bicolores, coiffée de boucles blondes à la Farah Fawcett version soft pour enseignante universitaire, munie d’un attaché-case noir flambant neuf, vous vous apprêtiez à affronter vos étudiants de première...

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