Les 50 % les plus pauvres ne possédaient que 13 % du revenu national en 2016, selon Lydia Asouad. Photo Ibrahim Chalhoub/AFP
Le changement de régime fiscal libanais a fait l’objet lundi d’une conférence organisée par l’Association libanaise pour les droits et l’information des contribuables (Aldic) et le groupe de réflexion sur la région du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, « Arab Reform Initiative ». Modéré par Ishac Diwan, professeur d’économie à l’École normale supérieure à Paris, l’événement a mis en exergue l’inégalité de richesse et de contribution à l’enveloppe fiscale libanaise. Parmi les intervenants, l’ancien directeur général du ministère des Finances Alain Bifani – démissionnaire depuis fin juin –, l’avocat fiscaliste et président de l’Aldic Karim Daher et Lydia Assouad, chercheuse au World Inequality Lab à l’École d’économie à Paris.
Cette dernière a prouvé que les 10 % les plus riches captaient en 2016 plus de 54 % du revenu national, alors que les 50 % les plus pauvres n’en possédaient que 13 %, et que les impôts représentaient près de 15 % du PIB du pays – un taux faible comparé par exemple aux pays de l’OCDE (34 %) – dont plus de la moitié (65 %) provient de taxes indirectes (TVA). Les impôts provenant de la richesse, eux, représentaient la plus petite portion du revenu fiscal. La chercheuse a donc proposé de taxer tous les revenus, et en particulier ceux de la richesse (qui oscillerait entre 0,5 et 3 %) et de contrer l’évasion fiscale.
Karim Daher a ajouté à la liste des réformes un « contrat social » qui pousserait les contribuables à demander des contreparties à leurs paiements. Il a donc proposé de mettre en place une loi afin de pousser les propriétaires à louer leurs terrains et habitations et de passer d’un régime d’exemptions fiscales contre-productif (l’armée, les juges ou les groupes religieux) à un autre plus utile, comme encourager l’investissement ainsi que la recherche et le développement.
Alain Bifani, lui, a proposé d’augmenter la base imposable en supprimant les exceptions fiscales, tout en militant pour l’utilisation des normes communes de déclaration (Common Reporting Standard – CRS) pour permettre l’échange d’informations avec d’autres pays. Enfin, l’ancien fonctionnaire a insisté sur l’annulation du secret bancaire, au cœur de l’actualité en ce moment en raison de l’audit de la Banque du Liban (lire par ailleurs).

