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En salle

« Jidar el-Saout », le son de la guerre qui brise des générations entières

Après avoir voyagé, participé à plusieurs festivals dont Venise, Le Caire ou Malmö, « All this victory » (Jidar el-Saout) d’Ahmad Ghossein (Abbout Productions) est enfin projeté au VOX Cinema à partir du 29 octobre.
« Jidar el-Saout », le son de la guerre qui brise des générations entières

Images tirées de « All this victory », film réalisé par Ahmad Ghossein. Captures d’écran

Fallait-il attendre encore ? Fallait-il le projeter maintenant ? Les avis étaient partagés. Après avoir voyagé, participé à plusieurs festivals à Venise, au Caire ou encore à Malmö, All this victory (Jidar el-Saout) d’Ahmad Ghossein (Abbout Productions) est enfin projeté au VOX Cinema (City Center) à partir du 29 octobre. Le choix finalement était bon car les Libanais ont le droit de voir ce film qui parle à chacun d’entre eux, qui raconte leur histoire, leurs peurs, leur tréfonds. Ahmad Ghossein, cinéaste se baladant entre tous les médiums avec dextérité et finesse prend l’allure d’un artiste anthropologue. Après des expositions dans de prestigieux musées et galeries, des courts métrages dont My Father is Still a Communist commissionné par la Sharjah Art Foundation en 2011, son premier long métrage, All This victory, voit le jour. Il est aussitôt sélectionné au Festival du film de Venise dans l’International Critics’ Week Award. Mais alors qu’il a glané plusieurs prix, il n’avait pas encore eu l’occasion d’être projeté au Liban.

Pas un film de guerre

Liban, juillet 2006. Le Hezbollah enlève deux soldats israéliens aux frontières. En guise de représailles, l’armée israélienne bombarde la banlieue sud de Beyrouth ainsi que le Liban-Sud. Inquiet, Marwan quitte Beyrouth laissant sa femme s’occuper des papiers d’émigration pour le Canada et emprunte la route du Sud à la recherche de son père qui n’a pas quitté son village. Arrivé sur place lors d’une accalmie, il ne le trouve pas. Les bombardements font rage à nouveau et Marwan se trouve obligé de se réfugier avec les amis de son père dans une vieille maison, la seule encore épargnée dans un village en ruine.

Durant ce huis clos et pendant trois jours, les tensions sont exacerbées par la présence de l’ennemi venu se réfugier à son tour à l’étage au-dessus de celui où Marwan et les amis de son père se sont abrités. Les sujets délicats sont abordés avec peur et rage entre vieille et jeune génération, entre ceux qui portent en eux des idéaux et ceux qui vivent la réalité concrète de la guerre.


Images tirées de « All this victory », film réalisé par Ahmad Ghossein. Captures d’écran


Les corps de guerre

Dans sa note d’intention, Ahmad Ghossein se souvient des paroles de sa mère. Après l’invasion israélienne, leur maison était détruite mais sa mère n’avait qu’un seul souci : retrouver un album photos. « La guerre n’est pas simplement synonyme de mort et de destructions mais aussi de perte de mémoire », avait-elle dit à son fils. Pour restaurer cette mémoire de guerre, cet artiste multidisciplinaire a décidé de faire ce film en reproduisant certes les images de la guerre (une composition d’images évocatrices sans aucune fois montrer la guerre en soi) mais aussi en faisant revivre les peurs, les craintes et les douleurs. L’histoire est inspirée par un fait qui a eu lieu dans le village de Froun (Wadi el-Hujair), le village de la mère d’Ahmad Ghossein, « ce n’est pourtant pas un film de guerre », dit le cinéaste. « La guerre est le prétexte du film, le déclencheur de l’ambiance mais aussi le cadre propice aux questions soulevées : à quel pays appartient-on ? Quelle est notre identité ? Et qu’en est-il de l’émigration ? Notre génération n’a-t-elle d’autre choix que de partir ? » All this Victory pose toutes ces questions avec courage et sans beaucoup d’espoir. « Lorsque j’ai décidé de faire ce film, avoue le réalisateur, je suis retourné dans ce village pour recueillir les témoignages des personnes qui ont vécu ces quelques jours traumatisants de leurs vies. Personne ne pouvait relater l’exacte vérité. C’est dire combien la mémoire s’efface vite. » Aidé par le son et le mixage de Rana Eid qui a accompli un travail d’orfèvre, Ahmad Ghossein a laissé voguer son imagination en essayant de sonder les mimiques du corps en temps de guerre. La bande sonore n’est plus seulement une toile de fond mais un acteur de plus dans le film.Le film All this victory n’est pas un film sur une guerre spécifique, en l’occurrence celle de 2006 – mais sur toutes ces guerres qui prennent le Liban par surprise, quel que soit le résultat, perte ou victoire. C’est un travail sur la transformation physique d’un peuple en temps de conflits. Le film témoigne de la précarité de la situation au Moyen-Orient et Ahmad Ghossein brosse avec ses acteurs – Karam Ghossein, feu Adel Chahine qui est décédé avant de voir le film, Boutros Rouhana, Issam Boukhaled et Sahar Minkara – la lutte des valeurs dans un pays noyé dans le chagrin. Le tout résonne aujourd’hui dans une actualité toujours sournoise. Il ne s’agit pas d’avoir de l’espoir dans une région que bouleversent les séismes politiques mais d’avoir la force d’y survivre.


Fallait-il attendre encore ? Fallait-il le projeter maintenant ? Les avis étaient partagés. Après avoir voyagé, participé à plusieurs festivals à Venise, au Caire ou encore à Malmö, All this victory (Jidar el-Saout) d’Ahmad Ghossein (Abbout Productions) est enfin projeté au VOX Cinema (City Center) à partir du 29 octobre. Le choix finalement était bon car les Libanais ont le...

commentaires (1)

J'ai hâte qu'il soit programmé pour que j'aille le voir. Cela dit, ce ne restera qu'un film, avec tout l'imaginaire qu'un film est susceptible de porter. Il manquera à la population de ce pays plus qu'un film : un authentique travail de mémoire pour sortir de l'amnésie générale qui a suivi les 2 guerres de 1975-1990 et de 2006 et qui explique, au moins partiellement, la léthargie générale qui prévaut depuis plus d'un an et qui n'est qu'une autre forme de guerre à laquelle chacun est forcé de prendre part.

Illico Presto

13 h 22, le 03 novembre 2020

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Commentaires (1)

  • J'ai hâte qu'il soit programmé pour que j'aille le voir. Cela dit, ce ne restera qu'un film, avec tout l'imaginaire qu'un film est susceptible de porter. Il manquera à la population de ce pays plus qu'un film : un authentique travail de mémoire pour sortir de l'amnésie générale qui a suivi les 2 guerres de 1975-1990 et de 2006 et qui explique, au moins partiellement, la léthargie générale qui prévaut depuis plus d'un an et qui n'est qu'une autre forme de guerre à laquelle chacun est forcé de prendre part.

    Illico Presto

    13 h 22, le 03 novembre 2020