Rechercher
Rechercher

Décryptage

Le gouvernement, entre éléments positifs et pièges encore invisibles

Peut-on réellement réaliser de grands changements avec les mêmes personnes ? Depuis que Saad Hariri a été chargé, à l’issue des consultations parlementaires contraignantes, jeudi, de former le nouveau gouvernement, cette question est sur toutes les lèvres. Depuis 2009, le chef du courant du Futur a présidé trois gouvernements et ses expériences n’ont pas été concluantes en matière de changement radical des pratiques politiques. Ce type de changement qui pourrait à la fois permettre de lancer les réformes voulues par la communauté internationale et d’apaiser la colère du mouvement de protestation populaire, tout en remettant l’économie du pays sur les rails. La mission est non seulement très difficile, elle est aussi tributaire d’un calendrier-programme précis.Le scepticisme est donc de mise, mais selon des sources concordantes appartenant à diverses tendances, ce sont les circonstances et les conditions dans lesquelles il a été désigné qui pourraient faire la différence et lui permettre de former rapidement un gouvernement « de mission », avec six mois pour agir efficacement.

Selon ces mêmes sources, c’est la première fois depuis au moins un an que la communauté internationale, en général, et les États-Unis et la France, en particulier, sont aussi pressants sur la nécessité de former un nouveau cabinet capable de mettre sur les rails les réformes structurelles, économiques et financières exigées. Même si le candidat favori de la communauté internationale n’était pas nécessairement Saad Hariri, celui-ci a le sentiment que grâce à ce feu vert international, la mission de son équipe devrait être plus facile. Ce qui n’était pas le cas il y a un an, lorsque le Liban était devenu l’une des scènes privilégiées du bras de fer irano-américain, et à travers ces deux États, celui de leurs alliés respectifs.

Pour différentes raisons, l’atmosphère internationale et régionale a changé et l’on se dirige vers une sorte d’apaisement, même momentané, qui devrait permettre au Liban de se doter d’un nouveau gouvernement sans entraves extérieures. En effet, selon les sources précitées, le momentum d’aujourd’hui ressemblerait fort à celui qui prévalait il y a exactement quatre ans, lorsque le général Michel Aoun a été élu à la présidence de la République, profitant d’une situation floue lors de l’élection présidentielle américaine, qui est évidemment en tête des priorités internationales. Ce qui avait relégué le dossier libanais au second plan au niveau régional et international. Voila pour les facteurs externes.

Lire aussi

Le retour au pragmatisme de Bassil devrait faciliter la tâche de Hariri

Sur le plan interne, il est devenu clair que le chef de l’État souhaite former un gouvernement le plus rapidement possible, puisque son mandat achève sa quatrième année et qu’il ne lui reste plus que deux ans pour réaliser un choc positif sur le plan de la lutte contre la corruption qu’il n’a cessé d’évoquer depuis le début de sa prise de fonction. La priorité du chef de l’État est donc de former le gouvernement. Il a essayé une personnalité hors du circuit traditionnel des présidents du Conseil avec la désignation de Hassane Diab. Mais l’expérience n’a pas été très encourageante. De même, il est clair que Saad Hariri comptait mettre des entraves à l’action de toute autre personnalité que lui qui s’installerait au Sérail, en utilisant son influence dans la rue sunnite. Dans les circonstances actuelles, le Liban ne peut pas non plus prendre le risque de frictions confessionnelles en plus de toutes les crises qu’il traverse. Michel Aoun n’était donc pas totalement hostile au retour de Saad Hariri au Sérail, mais il souhaitait que les erreurs du passé ne soient pas rééditées. C’est la raison pour laquelle il a tenu à prononcer un discours à la fois sévère et franc, à la veille de la désignation du chef du courant du Futur pour former le gouvernement, d’une part pour mettre les points sur les « i » et, de l’autre, pour dessiner une sorte de feuille de route pour l’action du cabinet, tout en insistant sur le fait qu’en tant que chef de l’État, il est partenaire à part entière dans la mise en place de l’équipe ministérielle. Il semble que son message ait été parfaitement capté et le Premier ministre désigné, qui s’est rendu à Baabda pour une rencontre d’évaluation moins de 24 heures après la fin de ses propres consultations parlementaires non contraignantes. Ce qui compterait donc pour le chef de l’État, c’est d’agir vite, notamment sur le plan des réformes et au niveau de l’audit de la Banque du Liban, puis de toutes les institutions publiques. À ce sujet, le fait que Saad Hariri ait déclaré dans l’interview télévisée qu’il a accordée à Marcel Ghanem qu’il ne compte pas remplacer le gouverneur de la BDL ne dérangerait pas nécessairement le chef de l’État, dont le principal souci est de réaliser l’audit juricomptable (forensic), qui définira les responsabilités de chacun. De même, il a clairement fait savoir qu’il ne signera pas le décret d’une formule gouvernementale qui n’aurait pas son aval. En d’autres termes, il estime avoir son mot à dire dans le choix des ministres.

Pour l’instant, Saad Hariri aurait montré une grande souplesse concernant le nombre de ministres et la distribution des portefeuilles. Ce qui, aux yeux de Baabda, est un signe positif. En même temps, le chef du Courant patriotique libre Gebran Bassil a tenu un langage conciliant après l’entretien de son groupe parlementaire avec le Premier ministre désigné, tout en ne posant qu’une seule condition : l’adoption d’un même critère avec toutes les parties concernées par la formation du gouvernement.

Lire aussi

Anne Grillo : Nous jugerons Hariri sur les actes

De son côté, le président de la Chambre Nabih Berry s’est montré aussi très positif, contribuant à rapprocher les points de vue entre le chef de l’État et le président du Conseil désigné. Le chef du législatif estime avoir obtenu la promesse que le portefeuille des Finances aille à une personnalité chiite et qu’Amal et le Hezbollah auront leur mot à dire dans le choix des autres ministres chiites du gouvernement. Ce qui devrait faciliter la formation du gouvernement, Saad Hariri ayant choisi de ne pas rééditer le scénario Moustapha Adib.

Le chef druze Walid Joumblatt a lui aussi une approche favorable à la formation du gouvernement après un entretien téléphonique avec le Premier ministre désigné et la promesse d’avoir un droit de regard sur les portefeuilles et les noms qui reviennent à la communauté druze dans le prochain gouvernement.

Enfin, Saad Hariri lui-même a montré qu’il était décidé à former le gouvernement en annonçant lui-même sa candidature, créant ainsi une première dans le processus de désignation du Premier ministre. Selon des sources proches du courant du Futur, il aurait agi de la sorte d’abord parce qu’il a senti que le moment était propice pour agir, et ensuite parce que la situation désastreuse du pays est en train de miner sa popularité au sein de la rue sunnite en poussant celle-ci vers la recherche de nouvelles protections extérieures.

Ces différents facteurs réunis se sont traduits par un climat positif, à la fois sur le plan externe et sur le plan local, qui devrait permettre une formation rapide du gouvernement. Sauf si des pièges encore invisibles ne viennent à apparaître à la dernière minute. Ce qui voudrait dire que le « momentum » favorable serait passé...


Peut-on réellement réaliser de grands changements avec les mêmes personnes ? Depuis que Saad Hariri a été chargé, à l’issue des consultations parlementaires contraignantes, jeudi, de former le nouveau gouvernement, cette question est sur toutes les lèvres. Depuis 2009, le chef du courant du Futur a présidé trois gouvernements et ses expériences n’ont pas été concluantes en...

commentaires (3)

Peut-on réellement réaliser de grands changements avec les mêmes personnes ? La repose à la question pertinente de l’article est NON !!! Malheureusement, on se dirige gentiment vers un nouveau gouvernent car les mêmes acteurs vont avoir les mêmes privilèges… et tout va continuer à fonctionner comme cela était le cas avant le 17 Octobre 2019. Cette classe politique a réalisé qu’aucun des acteurs ne pouvait utiliser le contexte régional pour marginaliser l’autre, et plus rien ne fonctionnait dans le pays (inclus la corruption). Alors, cette classe politique a décidé de mettre ses différents de cote et d’avancer en unisson afin de mettre en place un gouvernement qui va perpétrer les mêmes pratiques du passé !

Hanna Philipe

14 h 14, le 26 octobre 2020

Tous les commentaires

Commentaires (3)

  • Peut-on réellement réaliser de grands changements avec les mêmes personnes ? La repose à la question pertinente de l’article est NON !!! Malheureusement, on se dirige gentiment vers un nouveau gouvernent car les mêmes acteurs vont avoir les mêmes privilèges… et tout va continuer à fonctionner comme cela était le cas avant le 17 Octobre 2019. Cette classe politique a réalisé qu’aucun des acteurs ne pouvait utiliser le contexte régional pour marginaliser l’autre, et plus rien ne fonctionnait dans le pays (inclus la corruption). Alors, cette classe politique a décidé de mettre ses différents de cote et d’avancer en unisson afin de mettre en place un gouvernement qui va perpétrer les mêmes pratiques du passé !

    Hanna Philipe

    14 h 14, le 26 octobre 2020

  • Ce climat positif dont tout le monde se gargarise avec est le fruit des compromissions et servilité aux mêmes acteurs politiques véreux d’hier. Le président a eu un discours ferme? Laissez nous rire de cette fermeté conditionnelle qu’il ne montre que lors du marchandage pour garantir les intérêts de sa famille en premier. Où était sa fermeté après l’explosion du 4 août dernier? Pourquoi n’a t-il pas haussé le ton et exigé qu’une enquête internationale se charge de trouver les coupables? Et lors des négociations du HB de garder les finances et de choisir lui même ses ministres? Qu’est donc ce président qui ne voit pas le saccage de la constitution que lorsqu’il s’agit de se repartager le pouvoir en écartant son gendre? Que représente t- il et qui représente t-il au juste? On ne peut pas prétendre l’impuissance pendant des années pour sauver le pays et se déclarer tout puissant lorsqu’il s’agit de bloquer le pays sur simple marchandage dans un souk où son pays et les citoyens sont impliqués. SUFFIT CES MENSONGES GROTESQUES ET PATHÉTIQUES DE CES GENS PITOYABLES ET DEPOURVUS DE TOUT SENS MORAL QUI SE CROIENT PLUS INTELLIGENTS QU’ILS NE LE SONT.

    Sissi zayyat

    12 h 29, le 26 octobre 2020

  • "l’atmosphère internationale et régionale a changé et l’on se dirige vers une sorte d’apaisement, même momentané, qui devrait permettre au Liban de se doter d’un nouveau gouvernement sans entraves extérieures": C'est dire combien on nous manipule et nous pousse dans tous les sens et que notre soi-disant intérêt (libanais) n'est que foutaises à leurs yeux à kellone sur place et surtout ailleurs... Quelle mascarade...

    NAUFAL SORAYA

    07 h 00, le 26 octobre 2020