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Disparition

Abdallah Zakhia, grand défenseur du littoral libanais

De ce militant incontournable pour la protection du domaine public maritime, le Liban n’a jamais su tirer parti.

Abdallah Zakhia, grand défenseur du littoral libanais

Le littoral dont Abdallah Zakhia était un défenseur acharné. Ici, à Tyr. Photo L'OLJ

Un grand de chez nous vient de nous quitter. Les mots sont de Gladys Nader, une militante écologiste de longue date, et ils qualifient très justement l’impact de la disparition de Abdallah Zakhia, un militant infatigable en faveur de la protection du littoral et des domaines publics. Un militant de la première heure, que les journalistes d’environnement aimaient à consulter, même s’il s’était fait discret ces dernières années. Un militant incontournable, véritable mine de savoir, avec qui il faisait bon discuter dans sa superbe demeure traditionnelle à Amchit.

De la vie de Abdallah Zakhia, de son long combat dont il n’a jamais dévié, de sa vision globale et profonde d’un problème épineux, le Liban n’a jamais su tirer parti. Les mêmes magouilles continuent d’entacher des dossiers tels que celui de la protection du littoral, un domaine public plus que jamais vulnérable aux atteintes et aux visées de promoteurs peu scrupuleux, comme cela a récemment été le cas à Ramlet el-Baïda, la seule plage publique de la capitale. Si les officiels ont ignoré ce grand homme, ses pairs, les activistes écologistes, en reconnaissent toute la valeur.

« Abdallah, un brillant avocat, avait, pour mieux servir, voué sa vie, son bureau d’avocat et tout son savoir à cette cause uniquement, écrit Gladys Nader. Il a mené des combats féroces contre toutes les infractions et les atteintes à la nature, qui ont transformé notre beau pays, notre paradis, en un enfer. Ses écrits, ses conférences, ses articles dans les journaux, qui avaient dénoncé – et avec quelle verve et quel courage ! – les inégalités, et avaient proposé les solutions, je les ai gardés précieusement. Ils serviront pour la postérité et pour les écologistes qui n’auraient pas eu la chance de le connaître et de l’avoir comme conseiller et soutien. »

Son ami de longue date, Habib Maalouf, activiste et journaliste d’environnement, se souvient d’un « grand militant dans les causes de l’environnement, particulièrement dans la question des abus contre le littoral ». « De par sa formation, il avait abordé les questions environnementales d’un point de vue juridique, menant des recherches qui se sont avérées précieuses aux activistes », raconte-t-il.

Mais l’infatigable militant s’était lassé de l’incurie officielle et générale, il s’était retiré de la scène alors que le problème restait entier. Selon Habib Maalouf, « Abdallah Zakhia était un pacifiste convaincu, qui croyait dans la sensibilisation et dans les messages adressés aux autorités, afin de les pousser à rectifier le tir, bien plus que dans les combats politiques. »

Abdallah Zakhia a longtemps milité pour une loi qui protégerait le domaine public maritime des empiétements, dénonçant les projets de loi pour la régularisation des bâtiments illégaux, qui empêchent l’accès au littoral. « Chaque nouveau projet de loi sur la régularisation des empiétements sur le littoral s’avère pire que celui qui l’a précédé ! » affirmait-il à L’OLJ le 19 février 2002, dénonçant un « cadeau » de l’État aux contrevenants d’une valeur de 300 à 500 millions de dollars par an. Son argumentation était toujours étayée d’informations juridiques parfaitement vulgarisées, de révélations coup de poing qui replaçaient les problématiques dans leur contexte. Comme ce projet de loi qui, alors, « ignorait le caractère public et les droits des citoyens », les propositions devaient, au fil du temps, s’avérer « pires » encore que tout ce qu’on pouvait imaginer... sans jamais régler le problème. Abdallah Zakhia s’en est allé avant les premières victoires. Mais l’héritage trop longtemps méconnu de cet homme, discret et jovial, qui savait cependant se faire entendre, reste un atout précieux à la cause de l’environnement au Liban, et chaque manifestant qui investit la rue contre les projets destructeurs est l’héritier de ses pensées.


Un grand de chez nous vient de nous quitter. Les mots sont de Gladys Nader, une militante écologiste de longue date, et ils qualifient très justement l’impact de la disparition de Abdallah Zakhia, un militant infatigable en faveur de la protection du littoral et des domaines publics. Un militant de la première heure, que les journalistes d’environnement aimaient à consulter, même...

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