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Trois questions à... Maurice Saadé, représentant de la FAO au Liban

« Malgré la crise, des opportunités que peut saisir le secteur agricole »

« Malgré la crise, des opportunités que peut saisir le secteur agricole »

L’agence onusienne soutient plus de 250 coopératives agricoles de femmes rurales.

Aujourd’hui, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) fête 75 ans de soutien au développement agricole et rural, dont 43 au Liban sans interruption. Dans ce pays, où le secteur agricole est traditionnellement marginalisé, plus encore depuis que sévit une crise économique et financière sans précédent, la FAO a lancé un projet pilote d’aide directe aux petits agriculteurs. Toutefois, selon Maurice Saadé, représentant de l’agence au Liban, la crise peut engendrer des opportunités, la dévaluation de la monnaie étant susceptible de rendre l’agriculteur libanais plus compétitif. « Il faut cependant l’aider à tenir bon », met-il en garde. Avec lui, L’Orient-Le Jour fait le bilan de 43 ans de la FAO.

Cela fait 43 ans que la FAO est au Liban, mais cette année a été l’une des plus difficiles. Quel bilan en faites-vous ?

La crise économique a frappé les agriculteurs libanais de plein fouet, notamment les petits agriculteurs, incapables désormais de s’approvisionner en produits agricoles, comme les pesticides et autres, qui sont importés et doivent donc être payés en dollars. D’autant plus que les commerçants n’ouvrent plus de crédits aux agriculteurs comme par le passé, devant eux-mêmes régler leur marchandise en espèces. Le petit agriculteur n’en peut plus. De notre côté, nous avons mis en place un projet pilote qui consiste à pourvoir de petits agriculteurs en bons d’achat en dollars afin qu’ils s’approvisionnent en produits essentiels pour leur activité : nous avons lancé notre activité dans les régions du Akkar et de Baalbeck-Hermel, desservant mille agriculteurs. Nous espérons qu’avec un supplément de budget d’ici au début de l’année prochaine, nous pourrons inclure davantage d’agriculteurs et de régions. Outre ce programme d’urgence, nous poursuivons notre soutien à des activités de développement durable, entre autres à 250 coopératives rurales de femmes.

Quels défis rencontrez-vous dans votre action au Liban ?

Nous sommes là depuis 43 ans sans interruption, cela signifie que nous avons dû nous adapter à maintes situations problématiques, notamment des guerres, des invasions… L’actuelle crise économique, aggravée par la crise mondiale du Covid-19, est une nouvelle raison de s’adapter. L’autre grand défi que nous rencontrons consiste à convaincre les pays donateurs de diriger leurs fonds vers le développement de l’agriculture. Récemment, avec la crise des réfugiés syriens, toute l’aide se concentrait sur l’assistance sociale. Il nous a fallu beaucoup d’efforts pour persuader les donateurs du bien-fondé de soutenir les agriculteurs locaux, en raison des retombées positives sur les ouvriers, dont la majorité sont syriens. Notre argument, c’est que ce secteur n’est pas seulement économique, mais a une portée sociale importante, surtout que la plupart de ceux qui pratiquent ce métier vivent dans des régions défavorisées.

Quelle vision d’avenir pour ce secteur au Liban ?

Même si nous sommes aujourd’hui dans l’urgence, il ne faut pas oublier notre mission qui se focalise sur le développement durable, donc s’inscrit dans la durée. Il faudra aider le secteur agricole à absorber le choc des crises successives et aller de l’avant. Et il faut savoir que la crise peut générer des occasions. Dans le cas du Liban, la dévaluation de la monnaie pourrait rendre les agriculteurs libanais plus compétitifs, non seulement sur le marché local mais à l’exportation. Il faut toutefois les aider à tenir bon durant ces années difficiles et à être prêts à saisir cette occasion. Une démarche utile a été la stratégie nationale destinée au secteur agricole que nous avons élaborée avec le ministère de l’Agriculture, notre partenaire au Liban, mais qui n’a pas encore été lancée officiellement du fait des développements sur le terrain.


Aujourd’hui, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) fête 75 ans de soutien au développement agricole et rural, dont 43 au Liban sans interruption. Dans ce pays, où le secteur agricole est traditionnellement marginalisé, plus encore depuis que sévit une crise économique et financière sans précédent, la FAO a lancé un projet pilote d’aide...

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