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CONTESTATION

La révolution, les jeunes Libanais y croient-ils encore ?

Un an après le 17 octobre 2019, des étudiants reviennent sur leurs rêves et leurs aspirations au changement.

La révolution, les jeunes Libanais y croient-ils encore ?

Laetitia Cherfan. Crédit photo Élie Harb

Un an après le début de la révolution, où est la jeunesse libanaise qui avait gonflé les rangs des contestations ? Les jeunes sont enfermés dans leurs maisons « pour fuir la pandémie », « la pandémie que le gouvernement n’essaie même pas de contrôler », répond d’emblée Amal Masri, étudiante en prémédecine à l’Université américaine de Beyrouth (AUB).


Sami Kaïs. Crédit photo Carine Gebrae


Georges Fata, récemment diplômé en marketing et publicité de l’Université Saint-Joseph (USJ) avance, quant à lui, une autre explication. « Un lourd fardeau pèse sur la jeunesse libanaise », estime-t-il, « celui de l’éducation » et de la préparation de leur avenir. Les jeunes révolutionnaires ont quitté les rues pour remplir les salles (virtuelles) des cours universitaires ou pour chercher du travail, selon lui. Ces étudiants, désormais loin des places qui grouillaient de monde au plus fort du soulèvement populaire contre la classe politique, se souviennent avec nostalgie des moments passés lors des semaines qui ont suivi le 17 octobre 2019. Pendant cette période, il s’agissait surtout d’être actif dans la révolution. Même les étudiants installés à l’étranger avaient pris part, à leur façon, au mouvement contestataire. « Je n’étais pas au Liban au début de la thaoura, mais j’ai manifesté à Boston avec des amis libanais », raconte Laetitia Cherfan, étudiante en ingénierie à l’Université de Brown (États-Unis).


Alfred Aoun. Crédit photo Rita Abou Jaoudé


« Je me réveillais à cinq heures du matin – ce que je n’aurais jamais fait pour mes études – afin de fermer les routes, seul ou avec d’autres jeunes », se souvient, de son côté, avec une certaine amertume au regard, de l’essoufflement prononcé du mouvement de contestation aujourd’hui, Sami Kaïs, étudiant en médecine à l’Université Saint-Joseph (USJ). Amal Masri ajoute : « Je n’ai pas hésité à descendre dans les rues pour aider mon peuple et ma famille, et manifester pour nos droits. » « Je suis descendu dans les rues et j’ai scandé des chants, ces chants que j’avais tellement bien retenus... » renchérit Georges Fata, les larmes aux yeux. Quant à Alfred Aoun, étudiant en économie à l’Université libano-américaine (LAU), il confie que fin 2019, il avait « enfin » senti qu’il faisait « partie d’un mouvement ».


Georges Fata. Crédit photo Inès Honein


Malgré l’amertume qu’ils semblent tous ressentir aujourd’hui, certains jeunes croient toujours en la possibilité d’un changement. Ils continuent de voir les mouvements de contestation qui ont envahi le Liban il y a un an comme une étincelle d’espoir, observant que cette volonté de changement s’est manifestée il y a quelques jours lors de l’élection des listes indépendantes à l’Université libano-américaine (LAU), comme le soulignent Georges Fata et Sami Kaïs. La révolution est « un rêve qui est en train de se réaliser », estime Georges Fata. L’étudiant confie que son désir de révolution existait bien avant 2019, en se référant à la révolte avortée de 2015. Pour lui, la révolution n’est pas uniquement matérielle, « elle est dans notre tête », indique-t-il.


Amal Masri. Crédit photo Lilas Ghandour


D’autres, comme Alfred Aoun, ont toutefois perdu l’espoir de voir le changement se concrétiser. « Plus je participais aux manifestations, moins j’y croyais... Peut-être que ce n’était qu’une sorte de mode pour la plupart des Libanais », estime-t-il aujourd’hui.

L’arrêt des manifestations et la suspension du mouvement de contestation ont été mal vécus par les jeunes. Sami Kaïs se souvient de son retour à l’université où il « ne pouvait plus être en contact avec les personnes qui n’avaient pas participé aux manifestations et qui percevaient les jeunes manifestants comme des voyous ». La longue pause que connaît la révolution inquiète et préoccupe les jeunes. « Honnêtement, je ne sais pas quoi dire sur l’avenir de ce mouvement », lâche Laetitia Cherfan. Pour Alfred Aoun, le contexte dans lequel se trouve le pays, à savoir, entre autres, une grave crise économique et financière, « est le dernier coup qui a mis fin à toute tentative de révolution ». Un point de vue partagé par Georges Fata qui pointe, lui aussi, du doigt la crise économique. « Les personnes qui ont toujours un travail ne veulent pas prendre le risque de le perdre en participant aux manifestations », juge-t-il.

Ne pas abandonner le rêve révolutionnaire

« On nous a attaqués avec des bombes lacrymogènes. Certains ont pris des balles... Au point où l’on ne savait pas si l’on pleurait de douleur ou de tristesse, ou à cause du gaz dont on nous aspergeait... » se rappelle Sami Kaïs avant de conseiller : « Il faut toujours se remettre en question, réfléchir et ne pas oublier. » Comme lui, de nombreux jeunes estiment que le peuple libanais ne doit pas oublier les efforts qu’il a déployés durant des semaines à partir du mois d’octobre 2019. S’adressant aux personnes qui critiquent la révolution sous prétexte de sa politisation, Georges Fata s’indigne : « Les personnes qui dénoncent la présence de partis politiques au sein des mouvements de contestation ne pourraient-elles pas, au lieu de les accuser, soutenir leurs concitoyens ? L’impact de la révolution en serait beaucoup plus fort. »

Laetitia Cherfan confie quant à elle vouloir transmettre « un message d’espoir et de persévérance ». « L’essentiel est de s’écouter les uns les autres, de réfléchir ensemble pour dessiner un Liban qui ressemble à chacun de ses constituants », ajoute-t-elle.

Pour Amal Masri, il est essentiel de « continuer à manifester malgré les circonstances dans lesquelles on est ». Car, « si l’on veut faire quelque chose, on peut trouver les moyens » de le faire. Pour elle comme pour beaucoup d’autres jeunes, il ne s’agit en aucun cas de céder et d’abandonner le rêve révolutionnaire.




Un an après le début de la révolution, où est la jeunesse libanaise qui avait gonflé les rangs des contestations ? Les jeunes sont enfermés dans leurs maisons « pour fuir la pandémie », « la pandémie que le gouvernement n’essaie même pas de contrôler », répond d’emblée Amal Masri, étudiante en prémédecine à l’Université américaine de Beyrouth...

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CONFESSIONNALISME MAUDIT TU LA FREINES. MAIS JUSQU,A QUAND ?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

09 h 11, le 15 octobre 2020

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Commentaires (1)

  • CONFESSIONNALISME MAUDIT TU LA FREINES. MAIS JUSQU,A QUAND ?

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 11, le 15 octobre 2020