Le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï. Photo d'archives Ani
Le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, a affirmé que la formation d'un gouvernement "exceptionnel" et de "sauvetage" au Liban devenait cruciale, que celui-ci soit composé de technocrates ou pas, estimant que l'initiative de l'ancien Premier ministre Saad Hariri, qui s'est proposé comme candidat à la présidence du Conseil la semaine dernière et a entamé des tractations avec les différentes parties, était prématurée, avant la tenue des consultations parlementaires contraignantes prévues jeudi.
Dans un entretien télévisé diffusé mardi soir, le patriarche maronite a estimé que la formation d'un gouvernement "de sauvetage" du pays est cruciale, que ce cabinet soit composé de technocrates ou pas. "Le Liban a besoin de réformes pour faire face à ses problèmes économiques et financiers et nous avons besoin d'un gouvernement exceptionnel" capable de les mettre en œuvre, a-t-il déclaré. Il a toutefois estimé que Saad Hariri, qui a lancé une série de tractations en vue d'obtenir une plus large couverture à son initiative pour la formation d'un gouvernement, aurait "du attendre les consultations contraignantes". Saad Hariri a notamment mandaté une délégation de députés du Courant du Futur afin de rencontrer plusieurs responsables politiques. Cette initiative de M. Hariri, qui veut former un cabinet de technocrates pour une durée de six mois, a été sévèrement critiquée mercredi par le chef du Courant patriotique libre (CPL, aouniste), Gebran Bassil, qui a estimé que l'ancien président du Conseil, n'étant pas lui-même un technocrate, ne pouvait présider un tel gouvernement.
Revenant par ailleurs sur sa proposition de faire du Liban un Etat "neutre", le patriarche a souligné que ce concept consiste à "sortir le Liban des conflits régionaux et internationaux". Et de déplorer le fait que le pays du Cèdre n'est pas "un Etat mais plusieurs mini-états" et qu'il ne devrait pas être "un terrain de guerre". S'en prenant au Hezbollah, Mgr Rai a lancé : "Veulent-ils que nous restions en état de guerre ? Ne veulent-ils pas la stabilité du Liban ?" Il a encore regretté de n'avoir jamais reçu de réponse officielle du parti chiite concernant son initiative sur la neutralité active, après avoir fait parvenir un message dans ce sens au Hezbollah via l'ambassadeur iranien à Beyrouth. "Le Hezbollah boycotte Bkerké (le siège du patriarcat, ndlr) depuis ma visite en Terre sainte", a ajouté le dignitaire maronite. Il a toutefois souligné avoir reçu, concernant son initiative, le soutien de plusieurs responsables politiques. "Le président de la République, Michel Aoun, m'a affirmé être en faveur de la neutralité, tout comme le président de la Chambre, Nabih Berry, qui nous a fait parvenir son message via l'évêque Boulos Matar". Cette affirmation concernant M. Berry a toutefois été démentie peu après par l'ancien ministre Ali Hassan Khalil, proche conseiller de M. Berry.
En ce qui concerne les explosions du port de Beyrouth, Mgr Raï a estimé "inacceptable" que "70 jours après la déflagration, l'Etat ne se soit pas occupé" des sinistrés. Il a encore appelé la justice à faire avancer son enquête sur les causes de cette "catastrophe", déplorant que "les responsables se comportent comme si rien ne s'était passé". Les explosions du 4 août ont fait 202 morts, selon un bilan toujours provisoire, 6.500 blessés et détruit des quartiers entiers de la capitale.


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