Un hélicoptère vole au-dessus de Taipei avec un drapeau de Taïwan, le 10 octobre 2020. Photo AFP/Sam Yeh
Taipei a accusé mardi Pékin d'être "paranoïaque" après la diffusion par la télévision publique chinoise de reportages sur des questions d'espionnage dans lesquels deux Taïwanais détenus en Chine ont livré des "aveux". Les agents chinois en charge de la sécurité de l'Etat ont sévi dans des "centaines" d'affaires d'espionnage en lien avec Taïwan et arrêté "un grand nombre d'espions taïwanais et leurs complices", a affirmé la télévision publique chinoise CCTV.
Lundi soir, elle a diffusé les aveux de Cheng Yu-chin, présenté comme un conseiller d'un ancien chef du parti au pouvoir à Taïwan. Ce reportage affirme qu'il a été recruté par les services de renseignement taïwanais quand il vivait en République tchèque. Il aurait collaboré avec les "services taïwanais d'espionnage" depuis 2005 avant d'être arrêté en Chine en avril 2019, selon CCTV.
La veille, un autre Taïwanais, Lee Meng-chu, arrêté en août 2019, dans la ville chinoise de Shenzhen et depuis placé au secret est apparu à la télévision chinoise. Il a avoué avoir filmé illégalement des exercices militaires en Chine continentale l'an dernier pendant les manifestations à Hong Kong.
Mardi, le Premier ministre taïwanais Su Tseng-chang a rejeté ces accusations d'espionnage et dénoncé une campagne de diffamation. "La Chine est un pays autoritaire et elle fait toujours ce type de choses pour s'infiltrer et saboter", a affirmé M. Su à la presse. "Comme eux-mêmes le font, ils pensent que les autres le font... La Chine n'a pas besoin d'être aussi paranoïaque", a-t-il ajouté.
Le ministère taïwanais des Affaires étrangères a estimé que les accusations d'espionnage proférées à l'encontre de M. Cheng avaient été "délibérément inventées avec des arrière-pensées et constituent une violation des droits de l'Homme". Il a par ailleurs souligné que cet universitaire a été un ardent défenseur des investissements chinois en République tchèque.
Les organisations de défense des droits de l'Homme accusent régulièrement la Chine de forcer des détenus à livrer des "aveux" publics dans un pays où la justice reste étroitement soumise au pouvoir communiste. L'apparition à la télévision de M. Cheng intervient quelques semaines après la visite à Taïwan d'une délégation tchèque qui a suscité l'ire de Pékin. La Chine considère toujours Taïwan comme une province rebelle appelée à revenir dans son giron, par la force si nécessaire. Depuis l'arrivée au pouvoir à Taïwan de la présidente Tsai Ing-Wen en 2016, issue d'un parti peu conciliant avec Pékin, la Chine a multiplié les manoeuvres et les pressions pour isoler encore plus l'île.


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