Un navire de la marine libanaise patrouillant au large de Naqoura, où doivent se tenir des pourparlers entre les délégations libanaise et israélienne le 14 octobre. Photo AFP / Mahmoud ZAYYAT
Le commandant en chef de l’armée, le général Joseph Aoun, s’est réuni samedi avec la délégation libanaise qui doit commencer le 14 octobre à négocier avec Israël la démarcation des frontières maritimes et terrestres, pour lui donner ses directives.
« Sur directives du président de la République Michel Aoun, le commandant en chef de l’armée s’est entretenu à son bureau à Yarzé avec la délégation en charge des négociations sur la délimitation des frontières », a annoncé l’institution militaire dans un communiqué, sans préciser les noms des membres de la délégation. « Le commandant en chef a donné ses directives essentielles au démarrage du processus de négociation en vue de délimiter les frontières maritimes en prenant comme repère la ligne qui va de Ras el-Nakoura, sur terre, et qui se prolonge en mer en vertu de la technique dite de la ligne médiane, sans que cela ne soit impacté par les îles côtières appartenant à la Palestine occupée. Le tout, en se référant à une étude préparée par le commandement de l’armée, dans le respect des lois internationales », a ajouté le communiqué.
Selon nos correspondants, la délégation sera formée du général Bassam Yassine, qui occupe actuellement le poste de chef d’état-major adjoint pour les opérations, et qui est originaire de Kfar Tebnit (Nabatiyé), du colonel Mazen Basbous, qui a occupé le poste d’adjoint du commandant des forces maritimes, un spécialiste du dossier des frontières maritimes, et de l’expert en droit international Nagib Massihi, qui collaborait avec le commandement de l’armée dans le domaine de la cartographie. Le président sortant du conseil d’administration de l’Autorité de l’énergie (LPA, principalement chargée de suivre le dossier des hydrocarbures offshore au Liban), Wissam Chbat, devrait également faire partie de la délégation.
Par contre, le nom de l’ambassadeur Hadi Hachem, directeur du cabinet du ministre des Affaires étrangères et considéré comme proche du camp aouniste, qui avait été évoqué dans un premier temps, a été retiré sous la pression du Hezbollah, selon des sources politiques. Le parti pro-iranien ne veut en aucun cas conférer un caractère politique à ces négociations, et son groupe parlementaire avait souligné jeudi dernier que les pourparlers à venir entre le Liban et l’État hébreu pour la démarcation de leurs frontières ne représentent ni une « réconciliation » ni une « normalisation » des relations.
Du côté israélien, la délégation sera composée de six membres dont Udi Adiri, directeur général du ministère de l’Énergie, Reuven Azar, un conseiller diplomatique du Premier ministre Benjamin Netanyahu, et le général de brigade Oren Setter, chef de la direction des Affaires stratégiques de l’armée, selon l’AFP.
Le ministre israélien de l’Énergie Yuval Steinitz avait annoncé dans un premier temps qu’il conduirait la délégation de son pays, mais le changement est probablement lié au niveau de la représentation du Liban.
Pour sa part, le Parti socialiste progressiste a mis en garde contre une délégation « politique israélienne ». « Face à l’insistance de l’ennemi à former une délégation politique et non seulement technique (...), nous renouvelons notre mise en garde aux autorités libanaises afin qu’elles ne tombent pas dans le piège qui consiste à modifier la composition de la délégation libanaise en y incluant des personnalités à caractère politique. » « La délimitation des frontières est une question juridique et technique pure. C’est pourquoi les négociations doivent se limiter à cet aspect uniquement. Les membres de la délégation libanaise devraient être uniquement des personnalités jouissant de compétences en la matière. Adopter d’autres options risque de créer des divisions (...) », a prévenu le parti de Walid Joumblatt.
Rappelons que le secrétaire d’État adjoint américain pour le Moyen-Orient, David Schenker, est attendu à Beyrouth pour participer à ces réunions qui se tiendront au quartier général de la Force intérimaire des Nations unies au Liban à Nakoura, sous les auspices de l’ONU. D’après l’organisation internationale, Washington encadrera les discussions sur les frontières maritimes tandis que celles sur le litige terrestre seront supervisées par la Finul.
La démarcation de la frontière maritime est cruciale pour le Liban, en plein effondrement économique et qui s’est lancé ces dernières années dans la prospection d’hydrocarbures au large de ses côtes. En 2018, le pays a signé son premier contrat d’exploration pétrolière pour deux blocs offshore avec un consortium international mais une partie d’un des deux blocs se trouve dans la zone maritime disputée avec Israël.


La procédure de la délimitation de la frontière maritime libanaise qui débute le 14 octobre est de nature technique et non politique. Elle se tient sous l'égide de l'ONU et porte uniquement sur la délimitation offshore de la "Zone économique exclusive-ZEE" du Liban. Une telle délimitation a déjà eu lieu dans cette région, avec Chypre, la Grèce ou Israel. Issue de la Conférence de Montego Bay organisée par l'ONJU en décembre 1982, sur le Droit de la mer, la ZEE fixe pour chaque pays ses eaux territoriales dans la limite des 200 milles nautiques , sur son plateau continental. La présence technique d'Israel est nécessaire à l'acceptation du point de départ côtier libanais pour tracer la ZEE l. Israel a déclaré ne pas contester le point côtier proposé par le Liban. Aucune confusion n'est à faire avec la délimitation des frontières terrestres avec IIsrael ou la Syrie qui sont du ressort de la FINUL-ONU qui les supervise. Elles feront l'objet de négociations séparées dans l'avenir.
12 h 35, le 12 octobre 2020