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Décryptage

Iran : avec Biden, une rupture radicale ?

Une victoire du candidat démocrate pourrait donner lieu à un changement plus perceptible dans le ton et dans la méthode que dans les faits.


Iran : avec Biden, une rupture radicale ?

Le candidat démocrate Joe Biden hier en Pennsylvanie. Brendan Smialowski/AFP

S’il y a bien un pays dans le monde qui attend les résultats de l’élection du 3 novembre prochain avec impatience, c’est l’Iran. Téhéran mise sur une victoire du candidat démocrate Joe Biden pour respirer, après quatre ans de pression maximale sous le mandat Trump.

Trump vs Biden : sur le dossier iranien, les deux approches sont, a priori, bien différentes. L’actuel locataire de la Maison-Blanche veut poursuivre sur sa lancée diplomatique, aussi offensive qu’isolationniste, quitte à se mettre à dos les traditionnels alliés européens de Washington. Son concurrent souhaite, quant à lui, renouer avec l’héritage de l’administration Obama au sein de laquelle il avait officié en tant que vice-président. Une administration dont l’un des grands succès a été la conclusion du plan d’action conjoint (JCPOA) sur le nucléaire iranien visant à rendre plus difficile pour Téhéran le développement potentiel d’armes atomiques en restreignant ses activités nucléaires en échange d’un allègement des sanctions. Mais en 2018, Donald Trump a retiré les États-Unis de l’accord et mis en œuvre une politique dite de la « pression maximale », rétablissant dans un premier temps les mesures restrictives, avant de les renforcer. Pour son rival, la démarche est contre-productive. Courant septembre, M. Biden a déclaré l’Iran « plus proche d’acquérir une arme maintenant qu’il ne l’était lorsque nous avons quitté le pouvoir en 2017 ». Dans la même veine, il a également décrit le JCPOA comme « le régime d’inspection le plus intrusif de l’histoire ».

Et pourtant, une victoire de Biden pourrait donner lieu à une rupture plus perceptible dans le ton que dans les faits.

« Joe Biden pourrait certainement renverser les politiques de Trump. Mais la question est de savoir s’il y a une volonté de coopération de l’autre côté. L’administration Biden parle d’un accord plus restrictif », analyse Aaron David Miller, ancien négociateur au sein d’administrations américaines républicaines et démocrates et aujourd’hui membre du think tank Carnegie Endowment. A priori, les tractations avec Téhéran s’avèrent difficiles, y compris dans le cas d’une victoire du candidat démocrate. Le ministre iranien des Affaires étrangères a déjà affirmé que son pays n’avait « absolument pas » l’intention de renégocier un nouveau deal, ajoutant qu’il attendait des compensations financières pour les milliards de dollars de dommages économiques imputés à la politique de « pression maximale ». Côté républicain, le secrétaire d’État Mike Pompeo avait en mai 2018 listé 12 conditions à la négociation d’un nouvel accord avec Téhéran. Selon les termes de Washington, l’Iran serait ainsi contraint, entre autres, de cesser son programme d’enrichissement en uranium et d’arrêter de soutenir les milices régionales qui lui sont liées.

Désengagement américain

Les deux adversaires affirment aujourd’hui vouloir entamer un nouveau cycle diplomatique avec la République islamique. Donald Trump a souvent exprimé le souhait de vouloir discuter directement avec le président iranien Hassan Rohani. Mike Pompeo, de son côté, s’est déclaré ouvert à l’amorce d’une conversation « sans préconditions ».

Pour sa part, Joe Biden a qualifié le retour à l’accord de « point de départ » pour des négociations en vue de le consolider tout en « repoussant plus efficacement les autres activités déstabilisantes de l’Iran ». Or depuis 2018, une nouvelle réalité s’est peu à peu imposée sur le terrain. Téhéran a déjà violé les limites d’enrichissement en uranium dans le sillage du retrait américain du JCPOA. En outre, alors que l’embargo onusien sur les armes contre l’Iran arrive à son terme, est-il possible de retourner à l’accord de Vienne tout en acceptant que la Russie et la Chine vendent des armes à la République islamique ? Dans ce contexte, la question est de savoir s’il est possible de combiner une approche fondée sur le dialogue avec l’Iran et la volonté formulée de mettre un frein à ses actions perçues comme « déstabilisantes ».

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« Joe Biden a indiqué son intention de rechercher une forme de négociation menant à des restrictions relatives au comportement régional de l’Iran et à son arsenal de missiles balistiques. Cela serait pour les États-Unis exceptionnellement difficile – voire sans précédent – et exigerait la participation des voisins du Golfe », avance Barbara Leaf, ancienne ambassadrice américaine aux Émirats arabes unis. « Ce qui est clair, c’est qu’il y aura de nombreuses questions internes – la reprise économique après la pandémie – encombrant l’agenda de l’administration le 21 janvier (date de l’investiture présidentielle), et les questions liées au Moyen-Orient seront secondaires, même dans l’agenda de politique étrangère », ajoute-t-elle.

Le désengagement des États-Unis du Moyen-Orient, initié par Barack Obama et renforcé par Donald Trump, trouve un écho favorable auprès de l’opinion publique américaine, toutes tendances politiques confondues. En Irak, elle s’illustre par le retrait progressif des troupes américaines du pays. Pour autant, l’administration Trump s’est manifestée par une diplomatie agressive et la politique de pression maximale a eu des conséquences sur les alliés de Téhéran dans la région, y compris sur le Hezbollah au Liban. L’actuel locataire de la Maison-Blanche a également sanctionné des personnalités affiliées au parti de Dieu ainsi qu’à des partis politiques qui lui sont alliés. Il faut aussi compter avec l’impact du Caesar Act qui vise à affaiblir le régime syrien, dont l’Iran est l’un des parrains, et agit comme une arme de dissuasion contre les hommes d’affaires et les entreprises qui soutiennent financièrement le Hezbollah.

Réduire le risque d’un conflit ouvert avec l’Iran

Sur ces questions, l’approche de Joe Biden reste encore floue dans les détails. « Une administration Biden voudra diminuer l’influence iranienne en Irak, en Syrie et au Liban, mais elle tiendra compte sans doute plus que ne le fait l’administration Trump des dynamiques propres à ces trois pays et, en Irak et au Liban en particulier, des contraintes auxquelles ils font face et de l’impossibilité d’éliminer le rôle de l’Iran sans menacer leur stabilité », explique Robert Malley, coordinateur pour le Moyen-Orient sous l’administration Obama et actuel directeur du Crisis Group.

Selon Gerald Feierstein, ancien ambassadeur américain et vice-président du think tank Middle East Institute, une présidence Biden viserait « à réduire les tensions et le risque d’un conflit ouvert avec l’Iran, ce qui pourrait affecter l’approche sur d’autres questions, telles que le Hezbollah au Liban ou la résolution du conflit syrien ». Néanmoins, plusieurs membres du cercle restreint de la campagne Biden ont exprimé leurs regrets par rapport à la gestion par l’administration Obama du conflit syrien et ont déclaré qu’ils aimeraient voir une administration Biden adopter une position plus agressive pour faire pression en vue d’une résolution négociée, explique-t-il.

In fine, la différence la plus flagrante entre les deux candidats à la Maison-Blanche apparaît dans les liens qu’ils entendent entretenir avec les alliés traditionnels des États-Unis, y compris sur le dossier iranien. Entre M. Trump et les trois pays européens signataires de l’accord de Vienne – la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne –, les relations sont on ne peut plus tendues. Face à la mise en échec de la résolution américaine visant à prolonger indéfiniment l’embargo sur les armes contre Téhéran, Washington a activé le procédé du snapback, un mécanisme lui permettant d’invoquer sa participation initiale à l’accord de Vienne en 2015 pour obtenir la réimposition automatique de toutes les sanctions préexistantes. Pour Aaron David Miller, « Trump croit dans le multilatéralisme, uniquement lorsqu’il sert ses intérêts spécifiques. Il y aura, de ce point de vue, un changement fondamental avec une administration Biden ».


S’il y a bien un pays dans le monde qui attend les résultats de l’élection du 3 novembre prochain avec impatience, c’est l’Iran. Téhéran mise sur une victoire du candidat démocrate Joe Biden pour respirer, après quatre ans de pression maximale sous le mandat Trump.

Trump vs Biden : sur le dossier iranien, les deux approches sont, a priori, bien différentes....

commentaires (6)

Tous ces pays cités dans le dernier paragraphe ressemblent au Liban actuel. Face aux dangers qui menacent le monde il se divisent et chacun regarde l’intérêt qu’il peut tirer de la solution ou même du problème avant de regarder plus loin les conséquences que cela peut engendrer à long terme. Ainsi et flairant leur désaccord qui les met en position de faiblesse les moins forts se mettent à rêver d’extension de territoires et de transgression de toutes les règles misant sur leur division. BRAVO. Qui aurait entendu parler d’un HN ou d’un Assad ou même d’un Erdogan si les politiciens qui tenaient ces pays s’appelaient, Churchill, De Gaule ou Eisenhower. Personne. Ils sont nés et sont devenus grands à cause de leur faiblesse et leur manque de synchronisation entre états puissants. Ils ont même réussi à leur faire croire qu’ils étaient responsables du sort des immigrés syriens alors que leur président refuse leur retour chez eux. Il les préfère lui et ses alliés implantés en Europe pour mieux contrôler la situation de l’intérieure pour les utiliser et faire pression le moment venu. Pauvre monde.

Sissi zayyat

20 h 22, le 09 octobre 2020

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Commentaires (6)

  • Tous ces pays cités dans le dernier paragraphe ressemblent au Liban actuel. Face aux dangers qui menacent le monde il se divisent et chacun regarde l’intérêt qu’il peut tirer de la solution ou même du problème avant de regarder plus loin les conséquences que cela peut engendrer à long terme. Ainsi et flairant leur désaccord qui les met en position de faiblesse les moins forts se mettent à rêver d’extension de territoires et de transgression de toutes les règles misant sur leur division. BRAVO. Qui aurait entendu parler d’un HN ou d’un Assad ou même d’un Erdogan si les politiciens qui tenaient ces pays s’appelaient, Churchill, De Gaule ou Eisenhower. Personne. Ils sont nés et sont devenus grands à cause de leur faiblesse et leur manque de synchronisation entre états puissants. Ils ont même réussi à leur faire croire qu’ils étaient responsables du sort des immigrés syriens alors que leur président refuse leur retour chez eux. Il les préfère lui et ses alliés implantés en Europe pour mieux contrôler la situation de l’intérieure pour les utiliser et faire pression le moment venu. Pauvre monde.

    Sissi zayyat

    20 h 22, le 09 octobre 2020

  • Intéressant mais difficile , il faut dire que ceux sont les sioniste qui dictent

    Eleni Caridopoulou

    18 h 42, le 08 octobre 2020

  • IL FAUT CONTINUER A SERRER LES VIS A L,IRAN POUR OBTENIR LA SECURITE DE TOUS LES PAYS DE LA REGION.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    17 h 17, le 08 octobre 2020

  • couverture israelienne pour ceux-ci(anti Iran), couverture Iranienne pour le Liban (anti tout ce monde occidental ) La gloire quoi !

    gaby sioufi

    11 h 03, le 08 octobre 2020

  • les pays du Golf ont reussi a s'assurer une sorte de couverture anti Iran, suite a leur accord avec israel, Le liban fait pareil, bien avant les pays du Golf en s'assurant la couverture bien heureuse de l'Iran !

    gaby sioufi

    10 h 24, le 08 octobre 2020

  • La politique américaine a toujours ressemblé à un rouleau compresseur , qui reste le même sur toute la ligne , et qui ne change pas de direction selon que les démocrates ou les républicains soient dans la cabine de pilotage , ce qui chage seulement c'est la vitesse et les tourr-minutes qui ne sont que de gros détails dans la fa+on de conduire , avec une seule direction sans marche arrière : la satisfaction d'Israel . Ne rêvons pas trop .

    Chucri Abboud

    02 h 01, le 08 octobre 2020