Un homme armé disant appartenir à un groupe jihadiste nommé "Shura Taliban Islam" est assis devant un graffiti disant qu'"Il n'y d'autre Dieu que Dieu" le 21 juillet 2012, au poste frontière de Bab el-Hawa, entre la Syrie et la Turquie. Photo d'archives AFP/BULENT KILIC
Il avait appelé en 2014 à tuer les "mécréants": le Français Othman Garrido, parti faire le jihad en Syrie en 2012 et condamné par défaut en France à quinze ans de prison, a été expulsé lundi de Turquie et placé en garde à vue dès son arrivée à Paris.
Cet homme de 26 ans, qui se faisait appeler sur place "Abou Salman al Faransi", avait été capturé en juillet dernier par les forces de sécurité turques alors qu'il se trouvait dans la région de Kilis, en Turquie, près de la frontière avec la Syrie, selon l'agence turque Anadolu. Il a été expulsé dans le cadre du "protocole Cazeneuve", du nom de l'ex-ministre de l'Intérieur français Bernard Cazeneuve, un accord de coopération policière signé en 2014 par Paris et Ankara permettant d'intercepter à leur retour les jihadistes français aux mains des autorités turques.
Dès son arrivée, Othman Garrido a été placé en garde à vue, a-t-on appris de source judiciaire. Selon cette source, une nouvelle enquête a été ouverte récemment contre cet homme, qui est par ailleurs visé depuis 2016 par un mandat d'arrêt. Cette enquête viserait des faits commis après sa condamnation.
En avril 2017, une cour d'assises des mineurs l'avait condamné en son absence à quinze ans de réclusion criminelle pour avoir rejoint les rangs du groupe Etat islamique en Syrie, participé à des entraînements et des combats sur place et exhorté les musulmans de France à commettre des actions violentes. Quatre autres membres de sa famille - ses parents et deux de ses frères, aussi partis en Syrie - avaient également été condamnés lors de ce procès à des peines de dix et quinze ans de prison.
C'est avec son frère aîné qu'Othman Garrido, deuxième de cinq enfants, a quitté la France en 2012, un peu plus d'un an après le début de la révolution syrienne, devenue au fil des ans une guerre sans merci entre le régime de Bachar el-Assad, des groupes rebelles et des groupes terroristes, et les alliés internationaux des uns et des autres. Ils avaient d'abord rejoint la branche syrienne d'el-Qaëda, puis l'organisation Etat islamique (EI).
Passeport brûlé
Leur famille - père, mère et trois autres enfants - les y ont rejoint quelques mois plus tard.
Dans une vidéo de 7 minutes, diffusée en novembre 2014 par la branche médiatique de l'EI et intitulée "What are you waiting for?" (Qu'attendez-vous ?), Othman Garrido était apparu aux côté de deux autres Français. L'un est depuis supposé mort dans un attentat suicide à la frontière entre la Syrie et l'Irak. L'autre pourrait être aux mains de groupes kurdes dans le nord de la Syrie.
"Tuez-les", lançait-il, visage découvert, face caméra, à ses "frères" en France, à propos des non-musulmans. "Crachez-leur sur le visage, écrasez-les avec vos voitures". "Ne les laissez pas dormir, laissez-les dans le stress, laissez-les dans l'insécurité. Il y a des armes, il y a des voitures, il y a des cibles", disait-il encore, après avoir brûlé son passeport français.
Avant de devenir "Abou Salman al Faransi", son nom au sein de l'EI, Othman Garrido a grandi à Montpellier (sud-est). Avec son aîné, il grandit sous l'influence d'un père converti et attiré par le jihad depuis des années. Lors du procès de la famille en 2017, les oncles et tantes d'Othman Garrido avaient expliqué que, une fois en Syrie, le père et les deux aînés prenaient part aux combats.
"Même ma femme et ma fille ont un pistolet et une grenade chacune", avait affirmé à ses proches le père, Thierry Garrido, depuis la Syrie.
Pour l'heure, seul le cadet de la famille est donc de retour en France. On ignore si ses parents, frères et sœurs sont toujours vivants.
Selon Paris, environ 450 ressortissants français affiliés à l'EI - 150 adultes et 300 enfants - sont actuellement détenus en prison ou retenus dans des camps en Syrie.


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