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Mode

Karoline Lang entre fastes et fantasmes

Karoline Lang entre fastes et fantasmes

Karoline Lang, automne-hiver 2021. Photos DR

Quand Karine Tawil fonde en 2011 la marque Karoline Lang dont le nom est emprunté à celui de son aïeule, elle veut avant tout raviver le plaisir du vêtement. Face à l’invasion de la mode de masse, elle prône « une mode lente, axée sur la couture, l’artisanat et les matières nobles ». Sa nouvelle collection automne-hiver 20-21 célèbre la danse et la sororité.

La créatrice qui dit puiser son inspiration « à l’exploration du corps, de l’objet et de l’espace » mise sur l’intemporel, cet inexplicable qui fait qu’un vêtement échappe aux lois de la lassitude et à l’impératif du changement. Derrière cette durabilité s’impose une rigueur de la structure et une précision de la couture qui créent des effets seconde peau et font qu’on est adopté par la création plus qu’on ne l’adopte soi-même. C’est dans cette philosophie que s’est tissée la narration de la collection Karoline Lang automne-hiver 20-21. Karine Tawil a d’abord pensé au mouvement, et ce fut une danse. Une danse sacrée qui engage sept femmes, sept modèles, sept « destins singuliers », entre sensualité et liberté d’esprit autant que de mouvement.

Karoline Lang, automne-hiver 2021. Photos DR

La danse des femmes

« Il y a quelque chose de sacré qui émane de la scénographie imaginée. » La créatrice entraîne ses modèles dans la rocaille des cimes du Mont-Liban. Là, ses « sept femmes » retrouvent spontanément la gestuelle des vestales consacrées aux dieux anciens. Chacune, avec sa différence, va offrir une célébration singulière de la nature et de la féminité. « Qu’elles soient actrices, mannequins ou artistes, elles vont se donner totalement au regard de la caméra », raconte Karine Tawil.

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Drapée de rouge écarlate, c’est naturellement Yousra Mohsen qui mène la danse. Chorégraphe, danseuse en talons et vacataire du Crazy Horse de Paris, elle s’est glissée, sublime, dans une robe de velours, près du corps, qui dénude le bas de son dos. Elle a enfilé des manches gigantesques en taffetas qui lui donnent des ailes. Par d’amples mouvements des bras, elle simule une danse au soleil et à la lumière. Les autres suivent, au son de la musique du groupe Mashrou’ Leila. Karine Tawil elle-même se glisse, est parmi la petite troupe. Chacune interprète l’air, le vent, le paysage avec son corps, se fondant petit à petit dans l’ensemble. Il y a Reem Khoury, l’actrice, habillée d’un haut à broderies florales vert olive, et une jupe en rafia dorée. Nour Arida, mannequin, a enfilé une veste bleue brodée d’or. Zeina Farhat, architecte, s’est gainée de cuir. Ruba Zaarour, actrice venue de L.A., s’est glissée dans une soie couleur or brodée de pierres et de perles bleu encre. Nour Saliba, mannequin, s’est approprié une soie couleur ciel. Chacune d’elles a choisi une pièce de cette collection, infusée de baroque, d’opulence et de passé fantasmé. Entre broderies, velours pourpres, volants en dentelle, manches gigognes... elles recomposent un tableau tout droit sorti de la Renaissance, et l’illusion est parfaite.

Karoline Lang, automne-hiver 2021. Photos DR

Mystère et sensualité

On se laisse impressionner par Boléro bleu, un ensemble de quatre pièces déclinées dans un nuancier de bleus : corset baleiné en voile, porté comme un justaucorps sous une chemise transparente, en tulle délicat à plumetis. Les poignées et les épaulettes sont soulignées par des volants. S’y ajoute un pantalon ample à taille haute et larges pinces. De fines surpiqûres sur la ceinture soulignent la taille. L’ensemble est complété par un boléro à manches longues, entièrement brodé, avec un motif cousu de fil d’or, incrusté en forme de soleil. La ceinture surpiquée est élément récurrent de la marque Karoline Lang. La belle cavalière est une composition autour du cuir combiné au lainage dans un esprit pièces rock’n’roll. Le bustier en cuir noir largement échancré sur la poitrine s’assortit à un pantalon large et asymétrique. Une besace en cuir s’accroche à la ceinture en raphia. On retrouve ici la superposition de textures propre à la marque. Au denim, aux trenchs, aux jeux de longueurs, maille et ourlets irréguliers, s’ajoute un travail d’équilibriste entre masculin et féminin parallèlement à une célébration euphorique de la féminité injectée de mystère à travers des clins d’œil tous azimuts à l’Orient, aux Médicis, à la Scala ou au mystérieux manuscrit de Voynich, daté du début du XVe siècle et illustré de dessins énigmatiques. Une collection à la fois sobre et opulente où la discipline mène le jeu.


Quand Karine Tawil fonde en 2011 la marque Karoline Lang dont le nom est emprunté à celui de son aïeule, elle veut avant tout raviver le plaisir du vêtement. Face à l’invasion de la mode de masse, elle prône « une mode lente, axée sur la couture, l’artisanat et les matières nobles ». Sa nouvelle collection automne-hiver 20-21 célèbre la danse et la...

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