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Distinction

Ghida Anani, héroïne de paix des Nations unies

La cofondatrice de l’ONG Abaad lutte depuis de nombreuses années contre les violences faites aux femmes et notamment les violences sexuelles.

Ghida Anani, héroïne de paix des Nations unies

La cofondatrice d’Abaad, au cours d’une de ses interventions. Photo DR

Elle vient de recevoir le titre d’héroïne de paix, une distinction accordée par l’initiative onusienne Paix un jour (Peace One Day), à l’occasion de la Journée internationale de la paix, célébrée le 21 septembre par les Nations unies. Ghida Anani, militante féministe nouvelle génération, cofondatrice et directrice de l’association Abaad qui lutte contre les violences sexuelles faites aux femmes et les violences liées au genre, a été récompensée pour son engagement de longue haleine en faveur de la paix. Un travail qui part de sa profonde conviction que « la paix est indivisible, intimement liée aux causes humaines et au respect de la Charte internationale des droits de l’homme ». « En ces temps de crise profonde et alors que le Liban fait face aux pires formes de guerre, un zest d’espoir vient renouveler notre engagement à poursuivre notre mission et à ne pas abandonner », écrit la militante, sur la page Facebook de l’ONG.

Changer la législation libanaise

À L’Orient-Le Jour, Ghida Anani rappelle son combat pour les femmes du Liban et du monde, pour une culture de paix et de non-violence qui commence dans les foyers et implique la participation masculine. Un combat contre les tabous au pays du Cèdre, incarnés par cette fameuse loi 522 qui accordait l’immunité à un violeur s’il reconnaissait son acte et épousait sa victime. Et cette campagne choc qu’elle a lancée avec le concours de l’agence de publicité Leo Burnett, baptisée « Une robe blanche ne couvre pas le viol #undress 522 », qui lui a valu d’être récompensée par l’ONU, et surtout de faire amender la législation libanaise. Ce combat, mené à travers l’association Abaad – fondée en partenariat avec l’avocate Danielle Hoyek –, a été salué pour son « modèle écosystémique dans la prévention et le combat contre la violence », pour le travail mené « avec les victimes, dans le souci de ne pas leur nuire », mais aussi pour « sa volonté de sensibiliser les hommes de la société libanaise et du monde arabe ».

Portrait

Ayah Bdeir, meilleur espoir féminin

Forte d’une formation d’assistante médico-sociale et d’une spécialisation en conseil clinique, couronnées d’une expérience de longue date sur le terrain auprès de plusieurs victimes, la lauréate n’a pas chômé depuis. Elle a pris part à nombre de programmes à l’intention des femmes, parmi lesquels « les femmes dans la diplomatie », qui lui ont permis de mener un travail en profondeur pour pousser le Liban à s’engager à appliquer la résolution 1325 du Conseil de sécurité de l’ONU sur les femmes, actrices de la paix et de la sécurité, secondant ainsi la Commission nationale de la femme libanaise. « Mon expérience dans l’élaboration d’un plan régional pour l’Irak et la Syrie, m’a permis de développer des idées pour le Liban et de faire partie du comité rédactionnel du plan national de la 1325 », explique-t-elle. Et le 12 septembre 2019, après plusieurs années de léthargie, le gouvernement adoptait le premier Plan d’action national (PAN) sur les femmes, actrices de la paix et de la sécurité.

Pour cause de Covid-19, c’est au cours d’une cérémonie virtuelle visant à célébrer la Journée de la paix, que Ghida Anani a reçu sa distinction, le 21 septembre courant. L’événement a vu la participation du secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, qui a salué « l’une des femmes inspirantes travaillant en première ligne » contre la violence et la discrimination au Liban et dans le monde. Il a également vu la présence de Sigrid Kaag, ancienne coordinatrice de l’ONU pour le Liban, aujourd’hui femme politique néerlandaise, qui a joué un rôle non négligeable dans le parcours de la militante. « Sigrid Kaag est un peu mon mentor. C’est pour moi la dame de fer de notre époque », commente-t-elle.

Ghida Anani, militante féministe nouvelle génération, vient de recevoir le titre onusien d’héroïne de la paix. Photo DR

Comment créer une volonté politique

Suivi par quelque 5 millions de personnes, l’événement a été l’occasion de marquer le centième anniversaire de la Journée mondiale de la paix, et de mettre en valeur les femmes qui ont contribué à répandre la culture de la paix et la non-violence dans le monde. Ce jour-là, les interventions ont aussi montré les répercussions négatives de la violence sur le développement durable et l’éducation, notamment. Elles n’ont pas manqué de montrer l’influence de la technologie pour répandre une culture de paix. « Pour ma part, j’ai mis l’accent sur les femmes, sur la culture de la paix et de la non-violence.

Pour mémoire

Ghida Anani, une militante nouvelle génération en guerre contre les tabous

J’ai aussi évalué le travail que nous avons effectué sur la loi 522 », explique Ghida Anani (rappelons pour l’occasion qu’il reste à faire abolir dans cette loi l’option qui autorise un violeur à épouser sa victime mineure). La question de la pandémie de Covid-19 s’est également invitée, de même que son implication sur la paix, ainsi que les questions liées à l’éducation. Tirant « les leçons de ses expériences », la lauréate a évoqué les idées innovantes qu’elle a lancées. Des idées liées à « la solidarité communautaire en temps de pandémie, au développement des lignes téléphoniques d’urgence, mais aussi au recours aux moyens traditionnels de communication, notamment au balcon, comme moyen de prévention contre la violence domestique dans les foyers ». La militante rappelle l’importance de la campagne pour la protection des femmes en temps de Covid-19, baptisée « confinement et non pas privation (de liberté) ». « Chacun d’entre nous peut aujourd’hui être ambassadeur de paix, même les femmes victimes de violences », note par ailleurs la militante. Pour parvenir à changer les comportements, elle estime, de plus, « important de dresser des ponts entre l’activisme et l’académique, afin de partir de faits pour bâtir des théories scientifiques et des stratégies ».

Ghida Anani poursuit ferme son combat pour criminaliser « le harcèlement sexuel et le viol conjugal ». Car il est essentiel d’apporter protection et sécurité aux femmes du Liban. Il n’en reste pas moins qu’en ces temps de crise aiguë, les choses sont « particulièrement lentes ». Sans oublier que « les décideurs politiques sont loin d’être convaincus de la nécessité de considérer la femme comme partenaire de la nation à égalité avec l’homme ». Cela ne l’empêche pas d’avoir son objectif en ligne de mire : « redoubler d’efforts pour créer une volonté politique. »


Elle vient de recevoir le titre d’héroïne de paix, une distinction accordée par l’initiative onusienne Paix un jour (Peace One Day), à l’occasion de la Journée internationale de la paix, célébrée le 21 septembre par les Nations unies. Ghida Anani, militante féministe nouvelle génération, cofondatrice et directrice de l’association Abaad qui lutte contre les violences...

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