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Sécurité

La liste des victimes des tirs anarchiques s’allonge encore

La loi sur l’usage illégal des armes est sévère, mais n’est malheureusement pas appliquée, déplore via « L’OLJ » l’ancien ministre de l’Intérieur Marwan Charbel.

La liste des victimes des tirs anarchiques s’allonge encore

Mohammad Raad, chef du bloc parlementaire du Hezbollah, présentant ses condoléances à la famille de Mohammad Atwé, tué d’une balle perdue. Photo ANI

Les balles perdues n’en finissent plus de faire des victimes au Liban. Hier, un homme a été blessé par des tirs en l’air anarchiques lors des funérailles à Tripoli (Liban-Nord) de deux enfants décédés il y a dix jours à bord de « la barque de la mort » qui était censée les transporter clandestinement à Chypre avec d’autres migrants.

Les décès et blessures dus à l’usage anarchique des armes ne cessent de se produire, d’autant qu’à l’heure actuelle les tristes occasions où les tirs en l’air sont de mise se multiplient. Il y a huit jours, lors des obsèques d’un migrant (célébrées aussi à Tripoli) qui se trouvait dans la même embarcation de fortune, une jeune femme avait été blessée par une balle perdue. Le même jour, quelques heures plus tôt, le footballeur Mohammad Atwé succombait à ses blessures causées par une balle perdue tirée lors des funérailles d’une victime de la double explosion du port de Beyrouth, et qui l’avait atteint alors qu’il se trouvait près du rond-point Cola.

En dépit des appels répétés des autorités à en finir avec ces pratiques, la coutume consistant à tirer en l’air lors de funérailles, d’un mariage, voire pour célébrer la réussite d’écoliers à un examen, est toujours ancrée dans certains milieux. Une pratique qui, trop souvent, fait des victimes.

Les chiffres officiels pour l’année 2020 ne sont pas encore établis, affirme une source des Forces de sécurité intérieure (FSI) interrogée par L’Orient-Le Jour, mais ils devraient être bien plus importants que ceux des années précédentes. Pas moins de 194 personnes avaient déjà été touchées par des balles perdues entre 2017 et 2019, dont 25 tuées et 169 blessées, affirme le colonel Joseph Moussallem, chef du département des relations publiques des FSI, soulignant que 54 personnes impliquées dans les tirs avaient été arrêtées durant cette même période.

« Ingérences politiques »

Le problème, affirme à L’OLJ l’ancien ministre de l’Intérieur Marwan Charbel, est que souvent les individus appréhendés sont vite relâchés. Il déplore dans ce cadre « les ingérences politiques » qui entravent l’application de la loi sanctionnant l’usage illégal des armes.

En 2017, rappelle Akram Azoury, avocat pénaliste, une nouvelle loi avait été votée en vue d’accroître les sanctions. « La loi interdit de tirer en l’air », affirme-t-il, soulignant qu’« en l’absence de licence, le port d’arme constitue à lui seul un délit ». En outre, ajoute-t-il, la loi considère désormais que le tir est un homicide volontaire, tout tireur étant censé prévoir que son acte pourrait faire des victimes. Même s’il n’a causé aucun dommage, le tireur est passible de trois ans de prison ainsi que d’une amende. En cas de dommage corporel, la peine varie selon que l’incapacité qui en découle est provisoire ou permanente. Dans ce dernier cas, la peine peut aller jusqu’à dix ans de prison, tandis que si l’acte conduit à la mort, le criminel peut écoper de 15 ans de travaux forcés. Toutes les peines sont assorties d’amendes qui peuvent atteindre jusqu’à 25 fois la valeur du salaire minimum (675 000 LL). Outre la difficulté à appliquer la loi, ce sont les mentalités qui empêchent de mettre fin à cette coutume. Il s’agit d’un phénomène culturel et social, affirme une haute source judiciaire, mettant en cause « l’absence de sens national et de responsabilité sociale ». « Nous sommes en présence d’une véritable culture des armes, enracinée au fil des générations et faisant partie du patrimoine », renchérit une source sécuritaire. Les efforts déployés au niveau de la sensibilisation et de l’action d’associations pour venir à bout de ce fléau n’ont pas donné de résultats probants, reconnaît la source précitée.

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Mais tout cela n’explique pas pourquoi les autorités ne font pas preuve de plus de fermeté pour appliquer les lois en vigueur.Pour Melhem Chaoul, sociologue, les tirs anarchiques pour marquer une occasion sont « une tradition ancienne, voire archaïque » à travers laquelle « les gens expriment leur tristesse ou leur joie sous forme de violence ». Il s’agit aussi, souligne-t-il, d’« un défi à l’État de droit ». « Un homme qui tire des coups de feu en l’air cherche à exprimer un statut d’hégémonie sur des citoyens lambda, démunis face à tant d’agressivité », affirme M. Chaoul, indiquant qu’« en les plaçant ainsi sous sa domination, il leur impose par la force son état d’âme sans tenir compte d’eux ». Évoquant également la faiblesse de l’État, Roula Talhouk, anthropologue, indique que « les gens transgressent le système, profitant de l’absence d’une structure étatique capable de les encadrer ». Au point de vue comportemental, elle estime qu’« ils veulent par ailleurs montrer leur soi-disant virilité, alors qu’en réalité ils sont faibles ».

Quelle que soit l’explication socio-culturelle donnée à ce phénomène inacceptable, elle ne peut pas justifier l’inertie des autorités dont l’action semble se limiter à recenser les chiffres annuels des victimes de cette pratique désuète et meurtrière.


Les balles perdues n’en finissent plus de faire des victimes au Liban. Hier, un homme a été blessé par des tirs en l’air anarchiques lors des funérailles à Tripoli (Liban-Nord) de deux enfants décédés il y a dix jours à bord de « la barque de la mort » qui était censée les transporter clandestinement à Chypre avec d’autres migrants.

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commentaires (1)

Nous sommes revenus au temps où, chez certains peuples barbares, lors des funérailles d'un potentat, on offrait en sacrifice à la divinité, des victimes humaines.,

Yves Prevost

08 h 04, le 26 septembre 2020

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Commentaires (1)

  • Nous sommes revenus au temps où, chez certains peuples barbares, lors des funérailles d'un potentat, on offrait en sacrifice à la divinité, des victimes humaines.,

    Yves Prevost

    08 h 04, le 26 septembre 2020