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Société - Contestation

HRW dénonce un usage « excessif et parfois létal » de la force contre les manifestants

« L’usage illégal et excessif de la force contre des manifestants pour la plupart pacifiques illustre le mépris total des autorités libanaises pour leur propre peuple », estime le directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord de l’organisation.


HRW dénonce un usage « excessif et parfois létal » de la force contre les manifestants

Un médecin libanais montre les photos d’un patient dont le corps a été criblé de tirs de chevrotine, alors qu’il prenait part à la manifestation du 8 août à Beyrouth. Anwar Amro/AFP

L’organisation internationale de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW) a accusé hier les forces de sécurité libanaises d’avoir fait un usage « excessif et parfois létal » de la force contre les manifestants, appelant à un arrêt immédiat de l’utilisation de certains projectiles et à une enquête indépendante sur ces abus. Ces propos accablants interviennent au lendemain d’une déclaration du ministre démissionnaire de l’Intérieur, Mohammad Fahmi, dans laquelle il a fermement nié l’usage de balles en caoutchouc contre les protestataires.

Se basant sur des observations de terrain et des entretiens menés avec des manifestants et des médecins, HRW a accusé les forces de sécurité d’avoir « tiré à balles réelles, avec des projectiles métalliques ou des projectiles à impact cinétique comme les balles en caoutchouc, notamment sur du personnel de santé ». « La police a fait usage de quantités excessives de gaz lacrymogène, notamment contre des postes de secours. Plusieurs cartouches de gaz lacrymogène ont été tirées directement sur les manifestants, frappant certains d’entre eux à la tête et à la nuque », peut-on lire dans un communiqué de l’organisation internationale. « Human Rights Watch n’avait jamais documenté l’utilisation de munitions au plomb par les forces de sécurité libanaises », précise le texte. Lors de la manifestation du 8 août, au cours de laquelle des milliers de contestataires ont accusé le pouvoir en place d’avoir provoqué par sa négligence la double explosion du port le 4 août et réclamé un changement radical de système politique, 728 personnes ont été blessées et au moins 153 d’entre elles ont dû être hospitalisées. Sur les réseaux sociaux, de nombreuses personnes avaient montré leurs blessures et affirmé avoir été victimes de tirs de chevrotine. Plusieurs médecins avaient également dénoncé les violences policières, photos à l’appui. Le président de l’ordre des médecins de Beyrouth, Charaf Abou Charaf, était également monté au créneau il y a deux semaines et avait appelé Mohammad Fahmi à interdire l’utilisation des balles en caoutchouc par les forces de l’ordre lors des manifestations ou, au moins, à donner des instructions claires aux policiers concernant leur usage. Le ministre démissionnaire de l’Intérieur a pour sa part assuré, dans une réponse datée du 14 août et rendue publique mardi, que les forces de l’ordre n’utilisaient plus de balles en caoutchouc depuis des mois.

Enquête indépendante

« Les forces de sécurité ont également jeté des pierres sur les manifestants et les ont passés à tabac », a encore déploré HRW qui lance notamment ses accusations contre « la police du Parlement, les Forces de sécurité intérieure (FSI), les forces armées libanaises et des forces non identifiées en tenue civile ». L’ONG souligne par ailleurs que la plupart des manifestants étaient pacifiques et que, bien que certains aient lancé des projectiles sur les forces de l’ordre et pillé et brûlé des biens publics et privés, cela ne justifie pas « l’usage excessif et parfois non provoqué de la force par les forces de sécurité ». « Les forces de sécurité devraient immédiatement mettre fin à l’utilisation de projectiles métalliques tirés avec des fusils de chasse et d’autres munitions à l’aveugle », a encore déclaré HRW, qui appelle à une « enquête indépendante ». Et d’inviter « les donateurs internationaux qui financent les forces de sécurité libanaises à enquêter pour savoir si leur soutien est allé aux unités qui ont commis ces abus et, si c’est le cas, y mettre fin sur-le-champ ». HRW souligne en outre n’avoir reçu aucune réponse de la part des autorités concernant des questions envoyées sur la conduite des forces de sécurité.

Le directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord de HRW, Michael Page, a dénoncé, pour sa part, la « violence inouïe » des appareils sécuritaires contre les Libanais « qui sortent tout juste des décombres de l’explosion » du 4 août. « L’usage illégal et excessif de la force contre des manifestants pour la plupart pacifiques illustre le mépris total des autorités pour leur propre peuple », a-t-il estimé. « Les autorités libanaises ne peuvent pas étouffer les griefs encore brûlants de leurs citoyens et penser qu’elles n’auront pas de comptes à rendre », a encore déclaré M. Page. Et de souligner que « pour envoyer un message fort et dire que ce type d’abus ne sera plus toléré, il faut que les responsables des passages à tabac et des tirs à balles réelles et au plomb contre des manifestants pacifiques soient tenus responsables de leurs actes ».


L’organisation internationale de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW) a accusé hier les forces de sécurité libanaises d’avoir fait un usage « excessif et parfois létal » de la force contre les manifestants, appelant à un arrêt immédiat de l’utilisation de certains projectiles et à une enquête indépendante sur ces abus. Ces propos accablants...

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