La nature du conflit au Liban me semble, aujourd’hui plus que jamais, évidente. Israël a tout simplement intérêt à la présence, militaire mais « contrôlée », du Hezbollah à sa frontière Nord, ainsi que de celle du Hamas à sa frontière Sud, ce qui lui offre une excuse facile pour refuser tout accord de paix avec les Palestiniens. De fait, Israël n’est pas encore prêt à payer le prix de cette paix, à savoir la Cisjordanie – autrement dit la Judée dans l’inconscient et l’histoire juive. Isaac Rabin l’a bien tenté, mais a immédiatement été assassiné par un coreligionnaire. Israël profite ainsi de ses ennemis à ses frontières pour demeurer en état de guerre continu.
Si Israël a besoin de cette présence ennemie, c’est qu’elle constitue aussi l’excuse parfaite pour attaquer le Liban à volonté, sous prétexte d’actions préventives ou de représailles contre des organisations terroristes. Le Liban constitue en effet un danger potentiel pour Israël : avec une stabilité suffisante, des capacités humaines de haut niveau et une économie florissante, il pourrait menacer son développement et sa politique dans la région.
Dernière raison : Israël a besoin de déstabiliser les pays arabes pour les attirer dans son orbite. Dans cette optique, l’Iran est bien sûr essentiel, mais le Hezbollah joue un rôle complémentaire non négligeable.
Le Hezbollah, pour sa part, sait qu’Israël a besoin de sa présence « contrôlée ». S’il suit souvent les règles du jeu, il tente parfois de s’y soustraire. Il a son propre agenda, bâti sur la sauvegarde de son arsenal d’armes, et justifie son existence par la résistance contre Israël. Ce conflit lui permet d’exercer son pouvoir sur le Liban et de servir des buts qui n’ont rien à voir avec les vrais intérêts du Liban, État souverain et indépendant. Le Hezbollah sert en réalité les intérêts de l’Iran (qui le contrôle) : il exporte sa révolution et étend son influence pour appuyer ce pays dans ses conflits régionaux.
La poursuite des affrontements au Liban et l’aggravation de l’instabilité poussent les Libanais, notamment chrétiens, à émigrer et à vider le pays, ce que le Hezbollah voit d’un très bon œil : par leur présence, ils l’empêchent en effet de parvenir à l’État islamique dont il a toujours rêvé et dont il dit qu’il ne se fera jamais par la force mais seulement si tout le monde est d’accord. De ce fait, le Hezbollah souhaite un Liban à la démographie chrétienne très affaiblie.
Pour compléter ce tableau catastrophique, on déplore des interférences diverses de pays arabes et occidentaux qui connaissent ces projets ou même les appuient, chacun en fonction de ses besoins, buts et intérêts propres.
Les États-Unis suivent avant tout les intérêts israéliens, l’État hébreu étant son seul allié stratégique dans la région, les autres n’étant que des alliés occasionnels. La Grande-Bretagne fait de même, tandis que la France ne peut rien faire ou ne veut rien voir. Les pays arabes, de leur côté, ont chacun leur agenda. L’Arabie saoudite utilise les chrétiens dans sa guerre contre l’Iran et ne se soucie aucunement de leur éventuelle disparition. Les Émirats n’ont pas intérêt à voir le Liban remplacer Dubaï, et l’Égypte, avec ses nombreux coptes, craint une présence chrétienne forte et influente. Enfin, la Syrie lorgne sur le Liban depuis longtemps.
Le drame, c’est que la majorité des dirigeants libanais chrétiens prêtent la main à ces opérations (selon la règle : tirons profit de la situation si l’on ne peut s’y opposer) ou bien savent ce qui se passe mais attendent patiemment, sans rien faire, que les conditions changent, et le reste de ces dirigeants ne savent rien. Ils sont tous un désastre.
Le grand Charles Malek disait en 1978 à l’ONU : « On a décidé, quelque part dans le monde, que le Liban ne vivrait ni ne mourrait. »
Malheureusement, on subit toujours les conséquences de cette décision prise par les pays impliqués dans la politique régionale, qui favorisent Israël et poursuivent leurs propres intérêts. L’implantation du Hezbollah dans notre pays a pour but d’empêcher le Liban de prospérer mais aussi de le détruire sans l’achever complètement, pour ne pas créer de danger pour Israël.
Tout le soutien que ces pays fournissent au Liban (donations, prêts, aides militaires, économiques et financières…) montre simplement leur désir de ne pas voir le Liban s’effondrer et tomber complètement dans les mains du Hezbollah, car à ce moment-là il poserait un danger réel à Israël. Tous ces pays connaissent le niveau de corruption de la classe politique libanaise et savent qu’une petite partie seulement de leurs aides ira là où c’est nécessaire, tandis que l’essentiel ira garnir les poches des politiciens et de leurs séides. Il n’y a pas une arme plus efficace que la corruption pour détruire un pays. Le Liban restera tel qu’il est aujourd’hui, un État en suspens.
J’ai toujours considéré l’expérience du Hezbollah comme unique et sans équivalent. Ce parti a interdiction de gagner mais aussi de perdre ; il doit demeurer, tout comme le Liban, entre les rives du triomphe et celles de la défaite, pour que cette étrange et bizarre relation entre le Liban et le Hezbollah reste un remarquable exemple du niveau de criminalité et de malfaisance auquel la politique internationale peut parvenir, surtout lorsqu’elle est soutenue par une classe politique locale corrompue et criminelle telle que la nôtre.
À la fin, et après tout ce qui précède, je ne peux que demander à Dieu de protéger le Liban de la haine de ses ennemis et de l’ignorance de ceux qui l’aiment.
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Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
Votre article est d une lucidité Probante et d un réalisme désemparant.... Un noeud se forme dans ma gorge!
04 h 48, le 25 août 2020