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Point de vue

La lumière des écoles francophones du Liban ne doit pas s’éteindre

La lumière des écoles francophones du Liban ne doit pas s’éteindre

Une religieuse dans les couloirs vides de l'école Notre-Dame-de-Lourdes, à Zahle, le 30 juin 2020 ( JOSEPH EID / AFP )

La crise libanaise actuelle menace le bien collectif essentiel que représente l’éducation.

Depuis 1975 et le début de la guerre civile, nous sommes reconnaissants au Liban d’avoir, en dépit des terribles déboires qu’il a connu et des convulsions tragiques de la région, maintenu l’espoir qu’un Moyen-Orient ouvert et pluraliste était possible. Cela n’a pas été sans douleur et malgré un système politique en difficulté. Mais tout de même, vaille que vaille, le Liban est demeuré ce pays original où une société civile active et foisonnante reste suffisamment vivante pour porter de nouvelles aspirations et la volonté d’aboutir à un modèle politique et social réformé. Il faut le souligner et le saluer. Le miracle libanais, s’il en est un, réside dans la persistance de citoyens libanais libres et engagés malgré toutes les vicissitudes, musulmans de toutes obédiences, druzes, chrétiens et tous ceux qui ne se reconnaissent dans aucune étiquette.

Comment l’expliquer ? Comment expliquer que ce petit pays, ballotté sur un océan de drames et de haines, représente encore une espérance ? La réponse tient en un mot : l’éducation.

Dans toutes les familles libanaises, on se bat pour donner à ses enfants la meilleure éducation possible. De la part des parents, cela implique des sacrifices que nous n’imaginons pas. Ces efforts considérables trouvent une réponse parce que le Liban dispose du meilleur réseau éducatif régional. Il s’agit d’un réseau non gouvernemental à 70 % et au cœur de ce réseau se trouvent plusieurs centaines d’écoles chrétiennes qui forment un ensemble dont l’expérience et l’excellence ont structuré l’éducation libanaise et rayonnent sur les écoles francophones de Syrie, d’Irak, d’Egypte, de Jordanie, d’Israël, des territoires palestiniens et de Turquie.

Depuis plus de 150 ans en effet, ces écoles forment les Libanais. Elles sont au fondement du formidable essor de ce pays et de ses citoyens à qui elles ont permis de se hisser au plus haut niveau dans de nombreuses disciplines. Elles forment tous les Libanais, chrétiens, musulmans et druzes, garçons et filles, les plus riches comme les plus pauvres, en ville comme à la campagne, à Beyrouth et dans toutes les régions du pays. Partout au Liban, les sœurs, les frères, les pères et des générations de professeurs ont tissé un manteau de savoir et d’intelligence qui couvre le pays depuis Tripoli jusqu’à Nabatiyeh.

Ces écoles ont également prospéré grâce à leurs liens avec la culture française. Avec nous, elles partagent l’héritage de la langue française grâce à laquelle des générations d’élèves libanais ont ouvert leur regard au monde et ont développé un esprit critique sans équivalent dans le monde arabe. Aujourd’hui ces écoles sont menacées de mort par la crise économique et politique libanaise. Si elles disparaissent, seule l’ignorance les remplacera. L’ensemble du système éducatif libanais s’effondrera et le Liban sombrera car faute de pouvoir éduquer leurs enfants, les Libanais qui le pourront partiront. Et s’ils s’exilent comme tant d’autres avant eux, le Moyen-Orient tout entier perdra cette promesse qu’une autre expérience sociale et politique est possible. Quant à la France, elle y perdra ses meilleurs amis, au moment même où nous avons tant besoin de liens entre les deux rives de la Méditerranée.

La lumière des écoles du Liban ne doit pas s’éteindre. La France, l’Europe et tous les acteurs engagés pour la paix et l’éducation doivent voler à leur secours.

Signataires : Jack LANG, Président de l’Institut du monde arabe ; ADONIS, poète et critique littéraire ; Antoine ARJAKOVSKY, co-directeur du département de recherche Politique et Religions au Collège des Bernardins ; Christian CANNUYER, professeur à la faculté de théologie de l’Université catholique de Lille. Directeur de Solidarité-Orient (Belgique) ; Antoine FLEYFEL, Directeur de l’Institut Chrétiens d’Orient ; Pascal GOLLNISCH, Directeur général de l’Œuvre d’Orient ; Venus KHOURY-GHATA, femme de lettres, romancière et poète ; Christian LOCHON, de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer ; Charles PERSONNAZ, auteur du rapport sur le renforcement de l’action de la France dans la protection du patrimoine du Moyen-Orient et le soutien au réseau éducatif des communautés chrétiennes de la région ; Daniel RONDEAU, de l'Académie française.


La crise libanaise actuelle menace le bien collectif essentiel que représente l’éducation.

Depuis 1975 et le début de la guerre civile, nous sommes reconnaissants au Liban d’avoir, en dépit des terribles déboires qu’il a connu et des convulsions tragiques de la région, maintenu l’espoir qu’un Moyen-Orient ouvert et pluraliste était possible. Cela n’a pas été sans...

commentaires (2)

Grand merci à la France qui se solidarise avec nous. L'éducation est la clé de notre rayonnement et nous ferons l'impossible pour résister à ceux qui tentent de nous appauvrir afin de mettre la main sur le Liban. Niet! Ça ne passera pas.

Onaissi Antoine

18 h 56, le 19 juillet 2020

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Commentaires (2)

  • Grand merci à la France qui se solidarise avec nous. L'éducation est la clé de notre rayonnement et nous ferons l'impossible pour résister à ceux qui tentent de nous appauvrir afin de mettre la main sur le Liban. Niet! Ça ne passera pas.

    Onaissi Antoine

    18 h 56, le 19 juillet 2020

  • CE SERAIT DOMMAGE. UN CRIME CONTRE LE LIBAN.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    20 h 18, le 18 juillet 2020