Un homme prenant part à une manifestation organisée par les Frères musulmans, le 13 décembre 2017 à Amman, en Jordanie. Photo AFP / Khalil MAZRAAWI
La Cour de cassation jordanienne a dissous la branche locale des Frères musulmans, confirmant l'illégalité dans le royaume de ce mouvement islamiste transnational, dans le collimateur de plusieurs pays arabes. La confrérie a cependant annoncé son intention de faire appel de la décision.
"La Cour de cassation a rendu mercredi son arrêt définitif sur la dissolution du groupe des Frères musulmans qui a perdu son statut juridique, celui-ci n'ayant pas été rectifié selon les critères de la loi" de 2014 sur les partis et associations, a indiqué un responsable ayant requis l'anonymat. Le Front de l'action islamique (FAI), la branche politique du mouvement, est toléré en Jordanie mais les autorités considèrent l'association en tant que telle comme illégale, car sa licence n'a pas été renouvelée après 2014.
Le mouvement est resté actif mais ses relations avec les autorités se sont détériorées après que le gouvernement a approuvé en 2015 la création d'une formation dissidente, née d'une scission au sein de la confrérie et baptisée... Association des Frères musulmans. Cette nouvelle formation voulait couper les liens avec la confrérie en Egypte, berceau du mouvement, classé "terroriste" par Le Caire.
"Modèle de modération"
Les forces de sécurité jordaniennes avaient fermé en 2016 sept bureaux de la confrérie, notamment celui d'Amman, pour les attribuer à la nouvelle association. "Les Frères musulmans ne vont pas disparaître à cause d'une décision administrative", a réagi jeudi le porte-parole de la confrérie, Moaz al-Khawaldeh, ajoutant qu'une équipe juridique du mouvement se préparait à faire appel.
La confrérie "est un modèle de modération et un important élément du renforcement de l'unité nationale. La dissoudre n'est donc pas dans l'intérêt national", a déclaré de son côté à l'AFP le chef du FAI, cheikh Hamza Mansour. Les Frères musulmans entretiennent des relations tendues avec le pouvoir depuis le Printemps arabe de 2011 lors duquel ils avaient été à l'initiative de manifestations. Après avoir boycotté les législatives en 2013, la confrérie, qui promeut la fusion du religieux et du politique, était revenue au Parlement --via le FAI-- lors des élections de 2016. Le parti avait alors remporté 16 sièges sur 130.
Les prochaines législatives devraient avoir lieu d'ici la fin de l'année mais il n'est pas exclu qu'elles soient reportées en raison de la pandémie de Covid-19. "Nous sommes prêts à inscrire notre statut légal dans un cadre qui serait accepté" par le pouvoir, a assuré M. Khawaldeh à l'AFP. "Malheureusement, les autorités ont fermé la porte (à des négociations) et ne présentent pas d'initiative pour résoudre la crise", a-t-il indiqué. Pour l'analyste Oraib Rintawi, du Centre d'études politiques Al-Quds, la décision de la Cour de cassation est un "message fort". Elle montre à la confrérie qu'elle "doit sérieusement chercher à séparer ses activités caritatives, sociales et éducatives du politique", selon lui.
Groupe "terroriste"
"De tels appels ont été lancés au sein même de la confrérie", dit-il, ajoutant que sans ces changements, "la confrontation entre l'Etat et les Frères se poursuivra". Le député indépendant Moustafa Yaghi va dans le même sens, estimant que les Frères musulmans devraient laisser le politique exclusivement entre les mains du FAI "qui est représenté au Parlement, dans les syndicats et les mairies". La confrérie des Frères musulmans a été fondée en Egypte en 1928. Au cours de son histoire, le mouvement a oscillé entre opposition violente au pouvoir et collaboration, entre plaidoyers pour un Etat islamique et assurances de respecter le jeu démocratique.
Dans le sillage du Printemps arabe, le mouvement avait remporté les élections en Egypte, une victoire qui avait été vue d'un mauvais oeil dans plusieurs pays de la région. L'organisation est classée comme "terroriste" par les Emirats arabes unis, l'Arabie saoudite mais aussi par l'Egypte, depuis fin 2013, après le renversement par l'armée du président islamiste Mohamed Morsi. Le mouvement est à l'inverse soutenu par la Turquie et le Qatar. En Jordanie, les Frères musulmans disposent d'une large base au sein de la population et sont actifs dans l'organisation de manifestations en soutien aux Palestiniens.


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