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Nos Lecteurs ont la Parole

Retrouvailles place Trocadéro

La place du Trocadéro a assisté hier à nos retrouvailles, sous l’œil débonnaire de la tour Eiffel et à l’ombre du Musée de l’homme. Nos premières retrouvailles depuis le Covid-19, sur cette même place qui nous a rassemblés tous les dimanches depuis le 17 octobre. Nous y avions déroulé le drapeau infatigablement, qu’il vente ou qu’il pleuve, indifférents aux touristes et aux vendeurs à la sauvette, unis dans notre amour infaillible pour notre pays.

Si je devais vous raconter nos retrouvailles d’hier, je ne vous dirais pas qu’elles avaient un goût amer, celui de la frustration et de la honte. Et que nous nous sentions sur une embarcation à la dérive, malmenée par les courants d’air du Champ-de-Mars et promise au naufrage.

Je ne vous dirais pas que nous étions comme surpris de nous revoir, tant des changements profonds se sont produits en nous, tant la gravité de l’instant était palpable. Il faut dire que la chape de plomb du ciel gris au-dessus de nos têtes pesait si lourd que nous avions du mal à parler. Nous n’avions pas la gorge serrée et les larmes ne coulaient pas derrière les verres fumés de nos lunettes, surtout quand l’hymne national retentissait.

Je ne vous dirais pas que nous étions heureux de porter ces masques qui nous étouffaient, mais qui permettaient de cacher notre désarroi et de garder un air digne lorsque les caméras passaient par là. Nous avons chanté avec enthousiasme et brandi bien haut nos drapeaux. Nous resplendissions derrière ces écrans de papier, cela devait se voir.

Je ne vous dirais pas que lorsque le moment est venu d’enrouler notre drapeau tant de fois déroulé, j’ai entendu sonner le glas des adieux, comme un livre que l’on referme pour la dernière fois, et que ce goût de cendre dans ma bouche ne m’a pas quittée depuis hier. Je n’ai pas pleuré le sacrifice de mon pays sur l’autel de la folie humaine et je n’ai pas pensé que nous n’avions pas fait tout ce qui était en notre pouvoir pour le sauver. Je n’ai pas ressenti de la colère envers ceux qui l’ont abandonné et de la haine envers ceux qui ont œuvré à sa destruction, tribus parmi d’autres tribus, anthropophages des temps modernes qui se repaîtront de ses restes.

Non, je ne dirais pas cela parce que je ne le pense pas. Une flamme, une braise qui dorment sous la cendre depuis des millénaires, entretiennent en moi l’image d’un Liban rêvé... Une arche qui vogue au milieu de l’immensité, et moi, au milieu de cette immensité, scrutant le ciel tous les jours, espérant le survol du Phénix...

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


La place du Trocadéro a assisté hier à nos retrouvailles, sous l’œil débonnaire de la tour Eiffel et à l’ombre du Musée de l’homme. Nos premières retrouvailles depuis le Covid-19, sur cette même place qui nous a rassemblés tous les dimanches depuis le 17 octobre. Nous y avions déroulé le drapeau infatigablement, qu’il vente ou qu’il pleuve, indifférents aux touristes et...

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