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Nos Lecteurs ont la Parole

Sur les traces des grands prélats

En lisant, avec le plus vif intérêt, les Mémoires du vice-président de la Chambre Élie Ferzli, j’ai recueilli l’information édifiante que voici : durant la Première Guerre mondiale, le patriarche grec-orthodoxe de Damas de l’époque, Mgr Grégoire Haddad, a vendu ses biens personnels, y compris sa propre croix en diamant que lui avait offerte le tsar Nicolas II de Russie, ainsi que les biens du patriarcat pour venir en aide aux pauvres et aux nécessiteux, toutes religions et confessions confondues, ce qui lui a valu le respect et la reconnaissance de tous, à tel point qu’à son décès survenu en 1928, son cortège funèbre fut suivi par une foule immense (estimée par l’écrivain Sateh Housri à plus de 50 000 personnes), venue témoigner sa gratitude.

Quel bel exemple d’altruisme et de solidarité ! Voilà l’enseignement du Christ bien compris et surtout bien appliqué. À l’évidence, ce noble et digne prélat, contrairement à beaucoup d’autres, n’avait pas oublié les paroles de Jésus qui enseignait dans le célèbre sermon sur la montagne : « Heureux ceux qui compatissent avec autrui, car Dieu compatira avec eux. »

Comment peut-on être un vrai chrétien, ou mieux un vrai prélat chrétien, si l’on ne compatit pas avec ceux qui vivent en deçà du seuil de pauvreté ? Et d’ailleurs, ne faut-il pas, sous peine d’encourir le « feu éternel », secourir les malheureux : ceux qui ont faim et soif, et tous ceux qui sont dans le besoin (Matthieu : 25, 41) ?

À quoi servent l’encens qu’on brûle, les habits bariolés qu’on porte, les prières qu’on récite du bout des lèvres si nous ne vendons pas tous les jours les croix en diamant que nous possédons pour aider les plus démunis ?

Mis à part la valeur pécuniaire et économique de cette croix, elle avait une valeur morale et affective incommensurable, vu l’identité et la qualité du donateur, qui n’était autre que le tsar de toutes les Russies, c’est-à-dire le prince le plus puissant de la terre. Que le patriarche ait décidé de son plein gré de s’en séparer montre à quel point il était sensible à la misère et aux malheurs d’autrui, et qu’effectivement il ne servait qu’un seul maître.

Un autre prélat, Mgr Flavien Michel Melki, évêque de Mardine, a lui aussi, à la même époque (1915), vendu jusqu’à ses habits liturgiques pour essayer d’endiguer la pauvreté et la misère. Ça ne l’a pas empêché d’être béatifié par le pape François, cent ans plus tard (2015). Comme quoi l’habit ne fait pas le moine, et encore moins le saint !

Le Christ n’a-t-il pas enseigné à ses disciples qu’on ne peut servir deux maîtres à la fois : Dieu et l’argent (la priorité n’étant pas toujours donnée à celui que l’on pense) ? Et n’a-t-il pas chassé du Temple les marchands de pigeons et les pharisiens ? Il a toujours enseigné le dévouement jusqu’à l’extrême, le renoncement et le don de soi. Si ton frère te réclame ta chemise, donne-lui l’habit tout entier, et s’il te demande de marcher avec lui mille pas, accompagne le deux mille.

Voilà le vrai visage du christianisme, nous n’en connaissons pas d’autre, qui ne peut d’ailleurs qu’en être la caricature, à moins d’être celui des marchands de pigeons du Temple.

En remontant plus loin dans l’histoire, nous arrivons au XIVe siècle au grand patriarche maronite Gabriel de Hijoula qui a accepté de subir le martyre pour épargner à son peuple d’être persécuté par les Mamelouks. Ce patriarche fut un héros que n’auraient pas désavoué les plus grandes tragédies grecques, et qui rappelle, à s’y tromper, la Passion et la mort du Christ lui-même.

Les trois grands prélats (et il y en a d’autres sur la liste) avaient pleinement conscience de leur mission et n’ignoraient pas que leur devoir, pour mériter l’appellation de pasteur, était de prêcher la bonne parole par l’exemple, aussi difficile et douloureux soit-il.

S’ils étaient appelés à ressusciter, se reconnaîtraient-ils dans ce qui se passe actuellement dans la société ?

Il est permis d’en douter.


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