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Contestation

Violence inédite samedi dans le Chouf contre des manifestants antipouvoir

Un responsable au sein du Parti socialiste progressiste affirme que les manifestants ont critiqué Walid Joumblatt, alors que « le PSP a toujours soutenu les demandes de la rue ».

Violence inédite samedi dans le Chouf contre des manifestants antipouvoir

À Bekaata, dans le Chouf, des dizaines de personnes ont dénoncé la cherté de vie et la dégradation de la situation économique. Photo DR

Pas de répit pour le mouvement de contestation, à l’heure où les manifestants doivent faire face à une répression grandissante. Samedi à Bekaata (Chouf), des militants antipouvoir rassemblés dans le centre du village ont été pris à partie par des partisans du Parti socialiste progressiste (PSP). Le même jour, à Mazraat Yachouh (Metn), des manifestants ont été violemment réprimés par l’armée, alors qu’ils tentaient de bloquer la route. Malgré les tensions auxquelles les protestataires ont dû faire face le week-end dernier, une marche contre la faim est prévue aujourd’hui à 18h à Aley. Dans une vidéo tournée à Bekaata et diffusée sur les réseaux sociaux, des dizaines d’hommes en viennent aux mains. À un moment, l’un d’eux crie : « Walid Joumblatt (chef du PSP) est une ligne rouge. » Ce à quoi une femme répond : « Mais personne ne l’a évoqué. » Réagissant aux heurts survenus à Bekaata, le chef du PSP Walid Joumblatt a appelé hier sur son compte Twitter à diriger la colère des manifestants vers le gouvernement. « La liberté d’expression est sacrée et le PSP était en première ligne parmi ceux qui demandent la chute du gouvernement » de Hassane Diab, cible de critiques contre son incapacité à enrayer la pire crise économique du Liban. « Alors rectifiez le tir », a-t-il écrit à l’adresse des manifestants.

Contactée par L’Orient-Le Jour, Maya, membre du collectif Li hakki et militante dans la région du Chouf, assure que les slogans scandés samedi à Bekaata se rapportaient à la situation économique délétère. « Nos slogans portaient sur les problèmes relatifs à la crise économique et ne ciblaient pas une personnalité politique particulière. Notre manifestation avait pour but de dénoncer la faim qui menace les Libanais et la crise du dollar », explique-t-elle.

Selon cette militante, les échauffourées ont fait cinq blessés parmi les manifestants, dont deux jeunes femmes et un adolescent. « C’est la première fois que nous sommes aussi violemment attaqués et de manière aussi méthodique par les sympathisants d’un parti politique. Ceci prouve que les autorités ont décidé de nous réprimer. Les partis nous menacent parce qu’ils se sentent menacés. Le pouvoir en place est ébranlé et veut nous faire taire », analyse la jeune femme qui assure que certains des sympathisants du PSP étaient armés samedi.

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Un responsable au sein du PSP, qui souhaite garder l’anonymat, affirme pour sa part à L’OLJ que les manifestants s’en sont directement pris à Walid Joumblatt, alors que « le PSP a toujours soutenu les demandes de la rue ». « Ces manifestants ont critiqué le PSP et

M. Joumblatt, et leurs slogans n’avaient rien à voir avec la crise économique. Nous sommes tous en train de souffrir et le PSP soutient la liberté d’expression. Malheureusement, certains groupes de la société civile ont des agendas politiques qui n’ont rien à voir avec la situation socio-économique du pays. Le problème, c’est le gouvernement Diab, et nous n’en faisons pas partie », souligne le responsable.

Heurts à Mazraat Yachouh
Par ailleurs, une autre manifestation tendue à eu lieu samedi à Mazraat Yachouh, sous le slogan « Le peuple en est au suicide ». Cette manifestation intervient à l’heure où trois suicides liés à la dégradation de la situation socio-économique ont eu lieu entre vendredi et samedi. Vendredi, un homme s’était donné la mort en pleine rue, quartier Hamra, tandis qu’un autre a mis fin à ses jours dans le sud du pays. Samedi, le corps sans vie d’un homme de 82 ans a été retrouvé à son domicile situé à Hoch, à Tyr. Ce dernier se serait donné la mort en raison des conditions de vie difficiles dans le pays.

Les protestataires ont dénoncé les politiques économiques et monétaires du pays, et accusé le gouvernement d’être responsable de la situation actuelle. Ils ont stigmatisé l’ensemble de la classe dirigeante et réclamé son départ. Des bousculades ont eu lieu sur les lieux après que les manifestants ont tenté de bloquer la route. Les forces de l’ordre ont violemment réprimé les protestataires et l’un d’eux a été transporté à l’hôpital.

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À Tripoli, une marche a été organisée samedi dans les rues de la ville. Les participants ont lancé des slogans dénonçant la corruption, la cherté de vie, la pauvreté et la hausse des prix. Plus tôt dans la soirée, une manifestation avait eu lieu de la région de Abra jusqu’à la place Élia, à Saïda, sous le slogan « Partez, nous ne vous voulons pas ». « Non au suicide, à la famine et au désespoir », ont aussi lancé les protestataires. Dimanche, des fidèles se sont rassemblés sur le parvis de l’église Mar Saba, située dans la localité d’Ijdabra, dans le caza du Batroun, pour protester contre l’aggravation de la crise économique.

Solidarité à Paris et Londres
Réagissant à la dégradation de la situation au Liban, plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées hier sur la place du Trocadéro à Paris, à l’initiative du groupe Meghterbin mejtemiin (Expatriés rassemblés), afin de dénoncer la « situation catastrophique » dans le pays. « Nous ne nous tairons pas, quoi qu’il arrive », ont scandé les manifestants, qui ont repris de nombreux slogans de la contestation du 17 octobre contre la corruption et le confessionnalisme. Dans un communiqué, le groupe a dénoncé « l’humiliation que quelques chefs communautaires font subir depuis plus de trente ans » aux Libanais. « Lâches que vous êtes, vous pensez que faire taire par la répression un peuple humilié et affamé résoudra la crise », ajoute le texte. Et le groupe de réclamer la création d’un gouvernement de figures indépendantes, « libres de leurs décisions et capables de faire face aux pressions intérieures et extérieures », ainsi que la mise en place d’un État « laïc, démocratique, au service du peuple ».

À Londres, une manifestation similaire a eu lieu hier devant l’ambassade du Liban, rassemblant quelques dizaines de personnes, certaines enroulées dans le drapeau libanais.


Des dizaines de personnes ont manifesté leur soutien au militant agressé, vendredi soir à Beyrouth. Photo ANI


Sit-in de solidarité avec Wassef Haraké

Quelques dizaines de manifestants se sont rassemblés hier à Nabatiyé, afin de dénoncer l’agression dont a été victime vendredi à Beyrouth l’avocat et activiste antipouvoir Wassef Haraké.

Les contestataires ont manifesté devant la tente dressée par le mouvement de contestation de la ville, près du Sérail. Ils ont réclamé que les agresseurs de l’avocat soient traduits en justice. « Vos actes de voyous ne nous feront pas peur et vos actes de terrorisme ne nous musellerons pas », ont notamment écrit certains manifestants sur des pancartes. Un porte-parole du mouvement a affirmé que cette initiative avait été prise « en signe de solidarité avec tous les révolutionnaires qui se sont fait attaquer sur les places de la contestation ».

Vendredi, alors qu’il quittait les locaux de Radio-Liban, à la rue Spears à Beyrouth, Wassef Haraké a été agressé, selon son récit, par quatre personnes qui circulaient à motocyclettes. Il a été frappé au moyen d’« objets tranchants » et ses agresseurs ont tenté de lui dérober son téléphone portable. Il avait ensuite été brièvement hospitalisé à l’Hôtel-Dieu de France. La vidéo qu’il s’est prise lui-même, le montrant ensanglanté, a fait le tour des réseaux sociaux. L’agression dont il a été l’objet a provoqué un tollé dans les milieux de la révolution, dont il est l’un des piliers, défendant régulièrement les militants arrêtés par les autorités pour avoir exprimé leurs opinions.


« Je ne suis pas mécréant, mais la faim est mécréante », lit-on sur cette banderole à Baalbeck. Photo fournie par les manifestants


Marche à Baalbeck en soirée

Des dizaines de manifestants ont organisé une marche dimanche dans les rues de Baalbeck, dans la Békaa, dans le cadre de « funérailles » symboliques des perspectives d’avenir des jeunes. Cette initiative s’inscrit dans le contexte de l’effondrement économique et financier qui frappe le Liban de plein fouet depuis plusieurs mois.

Lors de cette manifestation, qui a notamment sillonné les ruelles du souk avant de se rendre à l’entrée du célèbre site archéologique où le Festival de Baalbeck organisait un concert retransmis en direct, « Sound of Resilience », les contestataires ont scandé des slogans contre l’inflation et le pouvoir en place. Certains contestataires portaient sur leurs épaules un cercueil recouvert du drapeau libanais et de diplômes représentant le futur des jeunes étudiants et diplômés. Suivant notre correspondante Sarah Abdallah, qui a sondé les manifestants, cette occasion culturelle n’était pas étrangère à ce mouvement de contestation qui avait rassemblé quelques dizaines de personnes, même si les revendications essentielles concernaient le redressement économique. Les contestataires ont vu dans ce concert une volonté des dirigeants de redorer leur blason, alors que les organisateurs l’ont conçu comme une manifestation de la volonté de résilience des Libanais face aux difficultés. « Les dirigeants organisent je ne sais quelle fête dans le site de Baalbeck, alors que nous mourons de faim », lance un retraité de l’armée qui a requis l’anonymat. « Nous sommes là pour demander à l’ensemble du peuple de nous rejoindre, affirme pour sa part Ruba. Nous sommes capables de remplacer cette classe politique et mener le pays vers la prospérité. »


Pas de répit pour le mouvement de contestation, à l’heure où les manifestants doivent faire face à une répression grandissante. Samedi à Bekaata (Chouf), des militants antipouvoir rassemblés dans le centre du village ont été pris à partie par des partisans du Parti socialiste progressiste (PSP). Le même jour, à Mazraat Yachouh (Metn), des manifestants ont été violemment...

commentaires (4)

Au lieu de dénoncer, au moins pour la forme, l'agressivité de ses partisans, il trouve moyen de reprocher aux agressés leur attitude.

Chahine

11 h 49, le 06 juillet 2020

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Commentaires (4)

  • Au lieu de dénoncer, au moins pour la forme, l'agressivité de ses partisans, il trouve moyen de reprocher aux agressés leur attitude.

    Chahine

    11 h 49, le 06 juillet 2020

  • ET L'ON SE DEMANDE POURQUOI SI PEU DE MANIFESTANTS DANS LA RUE ?

    gaby sioufi

    10 h 32, le 06 juillet 2020

  • Pour chaque groupe affilié à un chef de clique, ce chef est une ligne rouge. Donc tous les leaders politiques sont intouchables alors que ce sont ces leaders, Tous bords confondus, qui sont à l’origine de notre situation de faillite généralisée de l’Etat fort dans toutes ses composantes

    Liberté de Penser

    09 h 33, le 06 juillet 2020

  • La quadrature du cercle: Le PSP prône la liberté d'expression quand les protestataires s'attaquent à ses adversaires sauf qu'il leur est interdit de cibler Jumblat. Une forte ressemblance avec Khandak el Ghamik.

    Zovighian Michel

    06 h 14, le 06 juillet 2020