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Irak

Kadhimi s’en prend directement aux Kataëb Hezbollah

Les forces de sécurité ont opéré une descente dans les quartiers généraux de la milice chiite pro-iranienne, arrêtant une douzaine de combattants, une action sans précédent.

Kadhimi s’en prend directement aux Kataëb Hezbollah

Des miliciens des Kataëb Hezbollah au cours des funérailles d’Abou Mahdi al-Mouhandis, tué dans un raid américain le 3 janvier dernier, à Bagdad. Thaier al-Sudani/Reuters

C’est un coup éminemment symbolique qui a été porté à l’influence iranienne en Irak dans la nuit de jeudi à vendredi. Les forces de sécurité irakiennes ont opéré une descente dans les quartiers généraux de la faction Kataëb Hezbollah dans le sud de Bagdad, arrêtant une douzaine de combattants. Parce que le raid a visé une milice qui s’est illustrée par de nombreuses attaques contre des installations américaines dans le pays, parce qu’il cible une brigade qui prospère sans avoir à rendre des comptes depuis des années et qui, comme d’autres groupes affidés à la République islamique, a bénéficié du paravent institutionnel offert par les administrations antérieures proches de l’Iran, la démonstration de force opérée par Bagdad est sans précédent. « Les événements d’hier constituent un grand changement dans les rapports entre l’État et les factions armées dans le pays », estime Ihsan al-Shammari, directeur de l’Iraqi Center for Political Thought. Les milices chiites proches de l’Iran traversent une période délicate depuis quelques mois, après l’élimination par les États-Unis de l’ancien commandant en chef de la Brigade al-Qods au sein des gardiens de la révolution iranienne, Kassem Soleimani, et de l’ancien chef de la milice Kataëb Hezbollah, Abou Mahdi al-Mouhandis. Autre coup dur : au mois d’avril, les factions proches de l’ayatollah Ali Sistani, partisan d’une ligne « irakiste », se sont retirés de la coalition paramilitaire des forces de mobilisation populaire (al-Hachd al-chaabi) pour manifester leurs désaccords avec les groupes pro-iraniens, leur retirant ainsi une partie de leur couverture politico-religieuse.

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Les arrestations des membres des Kataëb Hezbollah ont suscité hier la colère des milices armées qui se sont livrées à un jeu de surenchère. En témoigne par exemple la réaction du porte-parole de la milice, Abou Ali al-Askary, qui affirme dans un communiqué que « le monstre Kadhimi a voulu offrir une nouvelle offrande à ses parrains américains ». « Moustafa al-Kadhimi cherche à neutraliser des factions qui lancent des roquettes Katioucha contre la zone verte. Il considère que le moment est venu de restaurer l’État irakien », commente l’analyste politique Hussein Allaoui. « Kadhimi a déjà averti à plusieurs reprises les factions armées, dont les Kataëb Hezbollah, mais a estimé que cet avertissement n’a pas été pris au sérieux par la milice », explique pour sa part Ihsan al-Shammari. Le député Youssef al-Kalabi, chef du groupe parlementaire al-Nasr, a confié au média irakien al-Alem al-jadeed que les jeunes arrêtés ont été « relâchés et transférés à la branche sécuritaire d’al-Hachd al-chaabi ». Mais une source gouvernementale a confié à l’agence Reuters que les miliciens seraient toujours en détention.

L’heure n’est pas à la confrontation

Cet épisode survient dans un contexte marqué par le lancement d’un dialogue stratégique entre Washington et Bagdad. Pour Washington, le but est de redéfinir les contours sécuritaires de leur partenariat. Les États-Unis sont en effet régulièrement attaqués par des milices pro-iraniennes depuis leur opération de janvier. Pour l’Irak, l’enjeu est économique. Bagdad est frappé de plein fouet par la crise pétrolière, dont les répercussions ont été aggravées par la pandémie liée au coronavirus. Selon la Banque mondiale, la chute de la demande en brut pourrait conduire à une contraction de 9,7 % du PIB cette année. Plus que jamais, l’Irak a besoin du soutien américain pour redresser la pente. De quoi permettre à Washington de marquer des points face à Téhéran. Car s’il est un domaine où la République islamique ne peut, en ce moment, pas grand-chose pour son voisin, c’est bien l’économie. Les nouvelles sanctions américaines réintroduites à partir de 2018 ont eu des conséquences désastreuses. Et les prévisions du Fonds monétaire international pour 2020 ne sont pas pour rassurer. La croissance iranienne devrait plonger de 6 % et le taux d’inflation atteindre 34,2 %. Par conséquent, le raid d’hier a tout l’air d’un gage de bonne volonté du Premier ministre envers Washington, un premier signe que son gouvernement a l’intention de tenir ses engagements et de prendre des mesures sévères contre les milices qui ont perpétré des attaques à la roquette près de l’ambassade des États-Unis à Bagdad et contre d’autres sites militaires américains dans le pays ces dernières semaines.

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Mais de là à adopter une approche frontale avec l’Iran, rien n’est moins sûr. « Kadhimi ne pense pas que c’est le bon moment pour une confrontation. Il est plutôt dans une logique de dialogue avec toutes les parties dans la perspective de bâtir un État », commente Hussein Allaoui. Pendant longtemps, le bloc pro-iranien en Irak s’est opposé à la nomination de Moustafa al-Kadhimi au poste de chef de gouvernement en raison de sa proximité avec les Américains. Mais face à l’impasse politique qui durait depuis la démission, à la fin du mois de novembre 2019, de l’ancien Premier ministre Adel Abdel Mahdi, M. Kadhimi a œuvré au réchauffement de ses relations avec Téhéran et ses alliés en Irak. Ces derniers se sont finalement, de concert avec Washington, résolus à le soutenir. Un appui de poids dans un pays où l’Iran dispose d’immenses intérêts politiques, économiques et culturels. Le Premier ministre pourrait donc tenter désormais de calmer le jeu au vu des risques d’embrasement qu’une escalade pourrait entraîner.

Sa décision répond aussi à une opération de séduction qui vise à calmer momentanément la colère de la population. Depuis octobre 2019, l’Irak est en proie à un soulèvement sans précédent qui réclame la chute du confessionnalisme perçu comme vecteur de la corruption endémique qui mine le pays. Les protestataires dénoncent directement la mainmise iranienne sur toutes les institutions et la perçoivent comme responsable de la situation. « La jeunesse dans les rues attend un changement complet, et ce changement n’arrivera que par un processus d’imposition de la loi et le retour de la stabilité afin de faire face aux défis et se préparer aux élections à venir », résume M. Allaoui.


C’est un coup éminemment symbolique qui a été porté à l’influence iranienne en Irak dans la nuit de jeudi à vendredi. Les forces de sécurité irakiennes ont opéré une descente dans les quartiers généraux de la faction Kataëb Hezbollah dans le sud de Bagdad, arrêtant une douzaine de combattants. Parce que le raid a visé une milice qui s’est illustrée par de nombreuses...

commentaires (3)

Les irakiens sont connus être un peuple plus réactif que les libanais... Mais viendra le tour du Hezbollah au liban, pour que les libanais s'en débarrassent à jamais et que ce parti aux allégeances étrangères et ceux qui l'ont soutenu fassent partie de la poubelle de l'Histoire.

RadioSatellite.co

22 h 26, le 27 juin 2020

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Commentaires (3)

  • Les irakiens sont connus être un peuple plus réactif que les libanais... Mais viendra le tour du Hezbollah au liban, pour que les libanais s'en débarrassent à jamais et que ce parti aux allégeances étrangères et ceux qui l'ont soutenu fassent partie de la poubelle de l'Histoire.

    RadioSatellite.co

    22 h 26, le 27 juin 2020

  • Bravo aabel Lebnen, l’Iran est un tigre de papier qui aboie plus fort qu'il ne mord ; la preuve en est donne par la réaction toute mitigée de Téhéran après l'élimination de leur Numéro 2 et véritable cerveau, la panique et bourdes qui s’en sont suivis. A part des civils désarmés en Iran, Iraq ou Liban les n'ont jamais fait peur à personne et surtout pas à leur soit disant ennemis Trump et Netanyahu

    Liban Libre

    16 h 58, le 27 juin 2020

  • S,ILS NE DERACINENT PAS COMPLETEMENT LES MILICES IRANIENNES DE LEUR PAYS ILS AURAIENT FAIT UN TROU DANS L,EAU.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    11 h 04, le 27 juin 2020