La corruption est une tentative vile de s’accaparer et de contrôler de façon illégale et immorale un excèdent de richesses et de privilèges, souvent au détriment d’autrui. C’est un fléau qui se faufile sournoisement dans les infiltrations impures des murailles institutionnelles pour y établir un climat malsain et ainsi entraîner le pays vers son effondrement total.
La corruption peut prendre plusieurs formes. Elle peut être visible ou invisible. Elle peut être tangible ou intangible. Cependant, la corruption la plus pernicieuse est celle qui est subtile. Par exemple, certaines pratiques sournoises (comme, par exemple, le népotisme et les chasses gardées) permettent d’obtenir furtivement des privilèges loin des regards indiscrets. En apparence, ce sont des actes anodins. Le malfaiteur est donc au-dessus de tout soupçon, voire un parangon de vertu. Cependant, ces mêmes actes peuvent générer un butin si faramineux que Jesse James et ses semblables en seraient verts de jalousie.
Dans le domaine spécifique de la finance, les délits d’initié sont des actes immoraux d’enrichissement illicite. Par exemple, un banquier qui exploite des informations privilégiées (non diffusées au public) pour augmenter sa propre richesse (ou la richesse de ses proches, en l’occurrence) est coupable d’un comportement hautement répréhensible. Aux États-Unis ainsi que dans d’autres pays du monde, les sanctions pour les délits d’initié sont claires : elles sont passibles à plus de dix ans de prison.
Dans le cas du Liban, pour effectivement éradiquer la corruption, il serait souvent nécessaire d’assimiler l’immoral à l’illégal. Cela requiert une transformation des lois en vigueur. Précisément, la loi n° 160 du 17/8/2011 interdit d’exploiter des informations privilégiées non diffusées dans les transactions sur les marchés financiers. Cette loi, bien qu’introduite tardivement, est une étape dans la bonne direction pour que des agissements immoraux et insidieux dans les affaires de la finance soient enfin reconnus illégaux aux yeux de la justice. Cependant, même les meilleures lois du monde seraient futiles si elles ne s’accompagnaient pas d’une bonne exécution sur le terrain.
Un homme d’État singapourien (Lee Kuan Yew) aurait, paraît-il, déclaré la chose suivante : « Lutter contre la corruption, c’est comme nettoyer un escalier. Il faut commencer par le haut. » Sur le haut de la hiérarchie libanaise réside le Parlement qui promulgue les lois. Viennent ensuite les hautes juridictions civiles (la Cour de cassation) et administratives (le Conseil d’État), auxquelles s’ajoutent aussi les tribunaux d’exception (la Haute Cour de justice et la Cour de cassation militaire). Toutes ces hautes instances judiciaires interprètent les lois et prennent les décisions qui s’imposent en cas d’infraction. Entre parenthèses, il serait utile de préciser que le Liban s’est très largement inspiré du modèle français en ce qui concerne les juridictions civiles et administratives. En revanche, il a largement préservé la structure du droit ottoman en ce qui concerne les tribunaux religieux.
Les juges qui siègent dans les hauts tribunaux représentent la clef de voûte dans l’édifice d’une société saine et juste. Par leurs paroles, par leurs décisions et surtout par leurs comportements, ils montrent le bon chemin à suivre pour les cours d’appel, les Cours d’assise et les tribunaux de première instance. Quels sont donc les critères pour être un bon juge ? Naturellement, il y a trois critères importants, à savoir l’intégrité, la compétence et l’indépendance. Mais est-ce suffisant pour garantir une justice saine ? La réponse est négative. Les bons juges devraient aussi être dotés d’une grande culture générale.
Un conte chinois d’un auteur inconnu exalte les vertus d’un esprit sain et cultivé. C’est l’histoire d’un sage qui confie à son empereur les deux façons de vaincre un peuple. La première façon est brute, néanmoins inefficace. Elle consisterait à enclencher un long et sanglant conflit. Cependant, le prix à payer en vies humaines serait lourd de conséquences. En outre, l’issue du conflit serait incertaine. La seconde façon est subtile, mais ô combien efficace. Elle consisterait à rendre le peuple inculte tout en incrustant l’essence même de la corruption dans les esprits précoces. Avec le passage du temps, le peuple serait un amalgame d’ignares gouvernés par des canailles. C’est donc un pays que l’on peut aisément conquérir sans coup férir.
Ce que l’on peut déduire du conte susmentionné est que la pourriture s’épanouit dans les interstices d’un esprit inculte qu’on a mal nourri durant son enfance. En grandissant, il ronge le sujet au plus profond de lui-même et génère des comportements malsains avec une insolente impunité. Indéniablement, le grand ménage des esprits se fait dans les maisons, les écoles et les universités. Ces temples du savoir représentent le lieu privilégié pour la formation de l’esprit. L’apprentissage s’étend au-delà des compétences fonctionnelles, professionnelles et techniques pour aussi inclure la littérature, la philosophie, les langues, l’histoire, la psychologie, la sociologie, le civisme ainsi que d’autres sciences à vocation humaine. En outre, il incombe aux temples du savoir d’inculquer aux enfants les vertus de l’humilité, de la dignité, du courage et de la persévérance.
À cet égard, le rôle des parents et des éducateurs est primordial dans la croissance saine de l’esprit cultivé. Ils élèvent l’enfant au plus haut de lui-même tout en essayant de trouver la juste formule entre despotisme et libéralisme, rigueur et douceur, exigence et clémence, soumission et émancipation. D’une certaine manière, on pourrait dire que les parents et les éducateurs sont des artistes ambidextres qui utilisent habilement des mains de fer dans des gants de velours pour façonner méthodiquement les jeunes esprits pour que la pensée libre ne puisse jamais être asservie par des influences viles. Une main sert pour instruire et séduire, tandis que l’autre sert pour affiner et motiver. C’est ainsi que des leaders moraux et exemplaires émergeront de la société pour remplir de fierté leurs familles et leur patrie.
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