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L’art de la broderie palestinienne à la Smithsonian

Dix-neuf musées et une dizaine de centres de recherche américains sont placés sous l’ombrelle de la Smithsonian Institution qui s’ouvre également sur toutes les cultures du monde avec, actuellement, un focus sur l’art palestinien de la broderie.


L’art de la broderie palestinienne à la Smithsonian

L’ouvrage « Tatreez and Tea » paru en 2016 en est à sa seconde édition. Photo tirée du compte Instagram tatreezandtea

En raison du confinement, toujours en vigueur dans les musées américains, le département Associates Program de la Smithsonian Institution propose un atelier en ligne pour initier les personnes intéressées au large éventail de la broderie palestinienne, en commençant par le simple point de croix. Cet artisanat s’est développé sur un legs traditionnel et a gagné au fil du temps une reconnaissance internationale. L’atelier est animé par une spécialiste, Wafa Ghnaim, écrivaine et artiste, curatrice de ce métier d’art auprès de la Smithsonian. À son actif également, l’enseignement de la broderie palestinienne dans plusieurs universités, des conférences sur le design et la participation à des festivals d’artisanat partout dans le monde. Sa plus grande réalisation est d’avoir mené la Tatreez Revolution, un collectif formé de brodeuses, d’étudiantes, de designers et d’artistes engagés à préserver la broderie identitaire dans la diaspora palestinienne.

Wafa Ghnaim est également l’auteure d’un très bel ouvrage intitulé Tatreez and Tea : Embroidery and Storytelling in the Palestinian Diaspora (Tatreez et thé : broderie et contes de la diaspora palestinienne) paru en 2016. Son initiation au point de croix, caractéristique de ce pays, est axée en premier lieu sur les tracés des motifs originels, légués de mère en fille, ensuite sur les variations qu’on peut en tirer. Au travers de son atelier et de ses écrits, Wafa Ghnaim espère, via la diaspora, garder vivants les dessins purs de la broderie palestinienne, leur sens, leur histoire et la technique du travail ; diriger l’attention des novices vers un sens de la versatilité qui leur permet des visions indépendantes et enfin les encourager à devenir créatifs, au-delà des simples règles de la broderie traditionnelle.


Wafa Ghnaim en « Rosie la riveteuse ». Photo tirée du compte Instagram tatreezandtea


« Tatreez and Tea »

Wafa Ghnaim a elle-même parcouru ces étapes qui l’ont menée à la rédaction de ce très bel ouvrage, de veine purement palestinienne mais également tourné vers les différentes directions des courants actuels. Les photos de ses réalisations, parues dans l’ouvrage, en sont la plus belle illustration. Tout a commencé pour elle, comme pour la plupart des petites filles palestiniennes, par un apprentissage auprès de sa mère, Feryal Abbasi-Ghnaim. Celle-ci, douée d’un talent exceptionnel de brodeuse, a créé des cours à la demande de l’Unrwa pour développer cet artisanat dans les camps de réfugiés palestiniens en Jordanie et en Syrie. Puis, après avoir émigré avec sa famille aux États-Unis, elle a poursuivi son enseignement dans des écoles et des universités. Ce qui lui a permis de devenir en 2018 la première Palestinienne à recevoir le prix National Heritage Fellow octroyé par le National Endowment for the Arts (équivalent américain du ministère de la Culture). Parmi ses performances faites main, une robe qu’elle a baptisée Gardens, exposée en 1995 dans le foyer du Capitole de l’État de l’Oregon sous l’appellation La robe aux millions de points. Telle mère, telle fille, Wafa a signé à son tour une oeuvre de grande envergure, un mural brodé au point de croix racontant L’Histoire de Cléôpâtre.


La broderie palestinienne revisitée sur une veste en jean. Photo tirée du compte Instagram tatreezandtea


De mère en fille, fidélité et inventivité

Au fil des 448 pages de son ouvrage, Wafa Ghnaim dévoile et partage les multiples interprétations qu’elle a données à cet art ancestral dont elle est imprégnée et qui est devenu, pour elle, ses compatriotes et certains citoyens du monde, comme une seconde peau. On y retrouve, notamment, 40 motifs originaux que la diaspora a pu préserver et un patron complet (buste, manches et broderies) pour réaliser une robe traditionnelle. Dans une volonté de modernisation, elle propose des coloris tendance, des broderies aux célèbres points de croix agrémentant, ton sur ton, le dos d’une veste en jean, des bretelles pour costumes masculins, des robes boho, des bracelets, des nappes patchwork et même une adaptation en applique sur une sculpture représentant une poire. Le tout est posté sur son compte Instagram tatreezandtea, dont l’icône est une interprétation de Rosie la riveteuse gonflant ses biceps, devenue durant la Seconde Guerre mondiale le symbole de l’émancipation féminine.

Enfin, pour prendre un temps de pause en piquant l’aiguille, l’ouvrage propose une tasse de thé ou de café accompagnée de confitures, en suivant des recettes données dans le livre.

L’ouvrage de Wafa Ghnaim (qui en est à sa seconde édition) a reçu plusieurs prix qui saluent son effort d’honorer toutes les Palestiniennes qui, durant des centaines d’années, ont produit ces riches textiles emblématiques de l’identité palestinienne. Tatreez and Tea s’achève par la publication d’un lexique arabe lié à la broderie artisanale. Un art célébré par l’un des plus grands poètes palestiniens, Mahmoud Darwich : « Mon amour, je crains le silence de tes mains. »


En raison du confinement, toujours en vigueur dans les musées américains, le département Associates Program de la Smithsonian Institution propose un atelier en ligne pour initier les personnes intéressées au large éventail de la broderie palestinienne, en commençant par le simple point de croix. Cet artisanat s’est développé sur un legs traditionnel et a gagné au fil du temps une...

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