À toi papa, à toi Antoine Kyrillos
Cela fait 40 jours que tu es parti.
Je me distingue à nouveau par mon absence forcée.
Me voilà à nouveau en train d’inventer une manière de t’accompagner dans ta dernière demeure en ce temps de Covid.
Il n’y aura pas de discours.
Car il n’y a pas de mots.
Juste ces quelques balbutiements puisés dans la profondeur de ma douleur face à ta disparition et à mon impossibilité d’être là.
Un tsunami de souvenirs de mon enfance, de ma vie, m’assaille depuis que tu es parti : souviens-toi de «Cent dictées», cet horrible manuel d’orthographe que seul Bernard Pivot pourrait réussir ; les journées passées avec toi dans ton bureau du ministère ; la man’ouché achetée en chemin à l’aube de ces journées d’été; ces longs périples sur les routes du Liban que tu sillonnais pour les besoins de ta fonction ; tes visites avec maman à Angers, nos séjours à Paris que tu aimais tant, et ce souvenir si intense : tu avais pris dans tes deux mains le visage de ma fille et tu m’as dit : « Prends soin d’elle. » Je crois qu’elle avait 6 ou 7 ans.
Et le cinéma, parlons-en. Cette passion pour le cinéma qui nous a permis de passer des moments formidables avec mes sœurs et Oncle Jean. Ces apéros qui précédaient le film sur la terrasse du «Duo» à l’ABC, avec Oncle Jean pour l’animation et toi comme admirateur inconditionnel de ton aîné. Que de beaux moments.
Ton regard empreint d’humanité.
Me voilà envahie de tous ces souvenirs, de toutes ces images, à défaut de pouvoir m’imprégner une dernière fois de ta présence dans ces lieux, ces espaces, ces objets qui parlent tant de toi vivant, Papa.
La crise sanitaire nous renvoie à notre impuissance la plus totale, à notre condition d’humain et à la sagesse de devoir accepter.
Il y a eu « L’amour au temps du choléra ».
Il y aura « une sépulture au temps du Covid ».
La douleur d’une adulte et de l’enfant en elle.
Qui invente une manière de dire « Au revoir Papa »
Et MERCI pour tant de présence et tant d’amour.
Pour tes 90 ans, je citais ce philosophe français, Maurice Blanchot : « Qui veut se souvenir doit se confier à l’oubli, à ce risque qu’est l’oubli absolu et à ce beau hasard que devient alors le souvenir. »
Il nous faudra consentir un jour à l’oubli.
Surgira alors, au hasard d’un moment, le souvenir d’un être lumineux.
Cet être a illuminé nos vies.
Il s’appelait Papa.


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