Tribune

Améliorer le sort des employées de maison migrantes au Liban

À l’occasion de la Journée internationale des travailleurs domestiques, les ambassadeurs du Canada, de Norvège, des Pays-Bas, de Suède, de Suisse et du Royaume-Uni à Beyrouth nous ont fait parvenir le document suivant, dans lequel ils soulignent l’importance de l’adoption d’un contrat révisé pour ces derniers, remplaçant le système de la kafala.

Améliorer le sort des employées de maison migrantes au Liban

Des employées de maison éthiopiennes, vivant et dormant dans la rue, à Hazmieh, devant leur ambassade, après avoir été abandonnées par leurs employeurs. Photo A.M.H.

La crise financière et économique au Liban affecte la vie de tous les Libanais et Libanaises. Elle a soumis un grand nombre de ménages à des conditions économiques déplorables. Elle a aussi plus que jamais mis en exergue la précarité dans laquelle vivent de nombreuses employées de maison migrantes au Liban (le féminin est utilisé ici car il s’agit en grande majorité de femmes, mais l’expression se réfère également aux hommes concernés). Nous avons tous eu vent du drame des travailleuses domestiques migrantes abandonnées devant l’ambassade de leur pays d’origine sans leurs papiers d’identité. Après avoir perdu leurs revenus et leur toit, dans l’incapacité de quitter le pays, beaucoup se sont retrouvées à la rue, dans le dénuement et le désespoir. Les vidéos de femmes suspendues aux balcons et menaçant de se suicider, ainsi que les histoires de travailleuses non payées, victimes d’abus, voire retrouvées sans vie ont été largement partagées sur les réseaux sociaux et ont suscité l’indignation des médias internationaux, de personnalités et d’innombrables Libanais. Les efforts de nombreuses organisations non gouvernementales qui fournissent nourriture et logement à ceux qui en ont besoin nous ont impressionnés, de même que les actes de solidarité spontanés des Libanaises et des Libanais.

La crise financière et économique actuelle a mis en évidence les risques inhérents au système de la kafala encore exacerbés par l’état d’urgence sanitaire du Covid-19. Le système de la kafala comprend une série de lois, de politiques et de pratiques qui réglementent l’emploi et le mode de vie des employées de maison migrantes. Ce système limite le rôle du gouvernement dans l’encadrement de ce secteur et rend les employées de maison largement dépendantes de leur employeur. Bien que beaucoup de familles traitent leurs employées migrantes avec dignité, la nature même de ce système fragilise le statut de ces dernières et les expose à l’exploitation et aux abus.

Tandis que des mouvements sociaux de grande envergure comme celui de « Black Lives Matter » ont reflété l’injustice dans les sociétés autour du globe, la situation des employées de maison migrantes au Liban pourrait connaître une amélioration. Sous la direction de l’ex-ministre du Travail puis de Son Excellence la ministre actuelle du Travail Mme Lamia Yammine, un comité d’experts regroupant l’Organisation internationale du travail (OIT) et des organisations de la société civile a été chargé de formuler des propositions concrètes visant à éliminer le caractère d’exploitation du système de la kafala. Une des premières recommandations de ce comité est d’adopter un contrat revu pour les employées de maison et conforme aux lois libanaises et aux normes internationales. Le contrat proposé établit le droit aux congés, un salaire minimal, le droit d’organiser et d’adhérer à des associations, la liberté de mouvement et celle de sortir de la maison durant les pauses et les jours de congé, le droit des employées de quitter immédiatement une situation d’abus et la possibilité de mettre fin à un emploi tout comme n’importe quel autre employé, dans le respect des exigences précisées par le contrat de travail en matière de préavis.

Lire aussi

« Après cinq ans de service, je dors dans la rue, sans argent, sans passeport »

L’adoption d’un contrat révisé pour les employées de maison migrantes, conforme aux normes internationales en matière de droits de l’homme de travail, vient à point nommé. Outre le fait que la crise a rendu flagrante l’urgence d’un tel changement, le Liban est devenu marginal au sein d’une région dans laquelle d’autres pays ont réalisé des progrès notables. En Jordanie, les employées de maison sont couvertes par la loi du travail. Le Koweït a dernièrement transféré la responsabilité des employées de maison migrantes à une institution publique responsable des affaires du travail alors qu’elle était du ressort du ministère de l’Intérieur. Le Qatar et les Émirats arabes unis ont chacun adopté une loi spécifique aux employées de maison pour leur garantir des droits minimaux.

Les changements proposés dans le contrat d’emploi des employées de maison ne sont pas révolutionnaires. Ils ne constituent qu’un premier pas vers la déconstruction du système de la kafala. Ils fourniront des règles claires aux Libanais qui souhaitent embaucher des employées de maison pour le travail ménager ou pour des prestations de soins et d’accompagnement. Ils seront également utiles aux employées de maison migrantes qui viennent au Liban principalement pour soutenir leur famille dans leur pays d’origine. La réglementation du travail domestique et la garantie de dignité dans le traitement des travailleuses élimineront les préjugés vis-à-vis de ce genre de travail. Un nouveau contrat stipulant les droits et obligations aussi bien du travailleur que de l’employeur, à l’application effective duquel veille le gouvernement, sert ainsi de base à un système de travail domestique plus équitable et bénéfique pour tout un chacun au Liban.

Signataires : Emmanuelle Lamoureux (ambassadrice du Canada), Jan Waltmans (ambassadeur des Pays-Bas), Leni Stenseth (ambassadrice de Norvège), Jörgen Lindström (ambassadeur de Suède), Monika Schmutz Kirgöz (ambassadrice de Suisse) et Chris Rampling (ambassadeur du Royaume-Uni)


La crise financière et économique au Liban affecte la vie de tous les Libanais et Libanaises. Elle a soumis un grand nombre de ménages à des conditions économiques déplorables. Elle a aussi plus que jamais mis en exergue la précarité dans laquelle vivent de nombreuses employées de maison migrantes au Liban (le féminin est utilisé ici car il s’agit en grande majorité de femmes,...

commentaires (4)

Chacon doit faire sa part. Je crois que maintenant il serait temps d'employer "local". Quant à l'abolition de la kafala ce serait formidable. Après il faudra que la ou le futur employé vienne par ses propres moyens. Et que nous employeurs n'ayons que le "souci" du salaire. Car c'est bien joli de laisser un employé quitter son employeur comme bon lui semble car le free-lance c'est plus rentable lorsqu'on débourse pas 1 centime. Les employés de maison gardent l'intégralité de leur salaire tout au long de leur séjour... qui peut en dire autant parmi les libanais??

Sybille S. Hneine

10 h 53, le 18 juin 2020

Tous les commentaires

Commentaires (4)

  • Chacon doit faire sa part. Je crois que maintenant il serait temps d'employer "local". Quant à l'abolition de la kafala ce serait formidable. Après il faudra que la ou le futur employé vienne par ses propres moyens. Et que nous employeurs n'ayons que le "souci" du salaire. Car c'est bien joli de laisser un employé quitter son employeur comme bon lui semble car le free-lance c'est plus rentable lorsqu'on débourse pas 1 centime. Les employés de maison gardent l'intégralité de leur salaire tout au long de leur séjour... qui peut en dire autant parmi les libanais??

    Sybille S. Hneine

    10 h 53, le 18 juin 2020

  • Bien sûr que le gouvernement libanais aussi occupé soit il est aussi responsable de ces vies humaines abandonnées par des inconscients . Mais les premiers responsables ce sont les employeurs eux même qui continuent à penser et à agir comme à l'époque de l'esclavagisme. Il est temps que cette mentalité cesse et que ces employeurs soient éduqués afin de comprendre qu'il n' y a aucune différence entre un être noir jaune ou blanc.

    Citoyen

    17 h 27, le 16 juin 2020

  • LE RACISME PREVALANT CHEZ LES EMPLOYEURS LIBANAIS ET L,ESCLAVAGE DE LA KAFALA ON Y REVE AUTREMENT.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    11 h 41, le 16 juin 2020

  • CERTAINEMENT QUE CES PERSONNES SONT DIGNES DE LEUR APPORTER SOUTIEN HIER COMME AUJOURD'HUI ET DEMAIN, PAR TOUS LES MOYENS POSSIBLES. MAIS N'EN DEPLAISE A mssrs/mmes LES AMBASSADEURS, LEUR INTERVENTION EST DEPLACEE DANS LA MESURE OU LE GOUV LIBANAIS A VRAIMENT MIEUX DE QUOI S'OCCUPER VU NOTRE SITUATION -ET NE LE FAIT MEME PAS

    gaby sioufi

    10 h 10, le 16 juin 2020