L'Américano-britannique et ancien Marine Paul Whelan condamné à 16 ans de prison pour espionnage en RussiePhoto AFP / Kirill KUDRYAVTSEV
La justice russe a condamné lundi à 16 ans de prison l'Américano-Britannique Paul Whelan pour espionnage, une condamnation "politique" selon l'intéressé, et qui pourrait ouvrir la voie à un échange de prisonniers entre Moscou et Washington.
Le juge d'un tribunal de Moscou où se tenait le procès a précisé que Paul Whelan purgera sa peine dans "un camp à régime sévère", selon un journaliste de l'AFP présent sur place.
L'ancien marine de 50 ans, qui comparaissait détenu dans un box en verre lors de l'audience, brandissant une feuille sur laquelle était écrit "simulacre de procès", a clamé une fois de plus son innocence. Dès l'annonce du verdict, il a indiqué qu'il allait faire appel de cette décision et demandé au président américain Donald Trump d'intervenir en sa faveur. "C'est un procès politique, un procès honteux. Nous avons prouvé mon innocence", a-t-il affirmé avant sa condamnation, ajoutant qu'il s'agissait d'une "sale affaire de politique russe, ni plus ni moins." "J'ai besoin que le président américain, le Premier ministre du Canada, que l'Irlande et le Royaume-Uni agissent de manière décisive", a lancé Paul Whelan, qui possède également les nationalités irlandaise et canadienne.
Pour l'accusation, M. Whelan est un officier du renseignement américain très bien entraîné. Lui s'en est défendu, accusant les Russes de prétendre d'avoir "arrêté un James Bond en mission", alors qu'en réalité ils ont "kidnappé un Mister Bean en vacances", en référence au célèbre espion de fiction et au personnage maladroit joué par le Britannique Rowan Atkinson.
M. Whelan avait été arrêté en décembre 2018 en plein "acte d'espionnage", selon les services de sécurité russes, le FSB. L'accusé soutient avoir été piégé par une de ses connaissances qui lui a transmis une clé USB contenant ce qu'il pensait être des photographies prises pendant un séjour précédent en Russie en sa compagnie.
Possible échange
Le parquet russe avait requis fin mai contre Paul Whelan 18 ans de prison, un peu moins que la peine maximale de 20 ans prévue pour ces accusations. Cette affaire est l'une des nombreuses sources de tensions entre Moscou et Washington. Elle s'ajoute aux différends sur le conflit ukrainien, à la guerre en Syrie et au maintien de la parité stratégique entre les deux grandes puissances.
Après le verdict, l'ambassadeur américain à Moscou John Sullivan s'est dit "déçu et outré" par cette condamnation. "Nous allons continuer à chercher une solution juste pour Whelan. Je vais consulter le gouvernement américain et le secrétaire d'Etat Mike Pompeo", a indiqué l'ambassadeur aux journalistes.
L'avocat de l'accusé, Vladimir Jerebenkov, a soulevé après le verdict la possibilité que son client soit échangé contre deux Russes détenus aux Etats-Unis, le célèbre ex-vendeur d'armes Viktor Bout et le pilote Konstantin Iarochenko, détenu pour trafic de drogue. L'avocat avait déjà évoqué la possibilité d'un échange, mais cette possibilité avait été rejetée fin novembre 2019 par l'ambassade américaine à Moscou.
Le vice-président de la commission des Affaires étrangères de la chambre basse du parlement russe a cependant évoqué cette possibilité lundi. "Un tel échange peut avoir lieu", a dit ce député, Alexeï Tchepa, à l'agence publique Ria Novosti, mais il faut "échanger (Whelan) contre les deux, à la fois Bout et Iarochenko"
Dans un communiqué, le frère jumeau de l'accusé, David Whelan, a lui dénoncé "une injustice" "Nous espérions que la cour montre de l'indépendance, mais au final les juges russes sont des entités politiques et non judiciaires", a-t-il écrit.
Directeur de la sécurité d'un fabricant américain de pièces détachées dans le secteur automobile, Paul Whelan assure qu'il était en Russie pour un mariage au moment de son arrestation. Lui et ses proches ont fait valoir qu'il n'a pas été correctement soigné d'une hernie en prison. Il a été opéré depuis. M. Whelan assure aussi avoir subi de mauvais traitements de la part de gardiens de prison, des accusations rejetées par la Russie.


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