Le Premier ministre britannique Boris Johnson, à Londres, le 10 juin 2020. Pippa Fowles/10 Downing Street/Handout via REUTERS
Le Premier ministre britannique Boris Johnson a fustigé hier les « extrémistes » qui ont « pris en otage » les manifestations antiracistes, s’élevant contre la volonté de « censurer le passé » en s’en prenant aux statues de figures colonialistes. Marchands d’esclaves, homme d’affaires impérialiste ou personnalités connues pour des propos jugés racistes : plusieurs monuments ont été ciblés ces derniers jours lors des protestations suivant la mort de George Floyd aux États-Unis. Alors que des actions sont prévues ce week-end, la statue de l’ancien Premier ministre Winston Churchill, à Londres, a été protégée par une boîte, disparaissant des yeux du public. Il n’en fallait pas plus pour faire sortir de ses gonds Boris Johnson, qui a écrit une biographie sur le héros de la Seconde Guerre mondiale et le cite souvent en modèle. « Les manifestations ont malheureusement été prises en otage par des extrémistes ayant pour objectif la violence », a écrit M. Johnson sur Twitter, dénonçant des « attaques intolérables et abominables contre la police ».
« Il est absurde et honteux que ce monument national se trouve soumis aujourd’hui au risque d’attaques de la part de manifestants violents », a dénoncé Boris Johnson. « Certes, il a parfois exprimé des opinions qui étaient et restent inacceptables pour nous aujourd’hui mais c’était un héros et il mérite son mémorial. »
Winston Churchill est accusé d’avoir tenu des propos racistes, notamment contre les Indiens. Sa statue, située près du Parlement, avait été dégradée le week-end dernier et l’inscription « était un raciste » ajoutée sous son nom. Au-delà de cette personnalité, plusieurs symboles du passé colonial du Royaume-Uni ont été récemment la cible de manifestants depuis la mort de l’Afro-Américain George Floyd, asphyxié par un policier blanc. À Bristol, dans le sud-ouest de l’Angleterre, la statue du marchand d’esclaves Edward Colston a été arrachée de son piédestal et jetée à l’eau tandis qu’à Londres, la statue d’un autre marchand d’esclaves, Robert Milligan, dont une pétition demandait le retrait, a été enlevée à la hâte. À Oxford, une manifestation s’est tenue contre une statue de Cecil Rhodes, fondateur de la société minière De Beers et artisan de l’expansion de l’Empire britannique en Afrique australe. Dans le port de Poole, dans le sud, des manifestants sont venus empêcher le retrait d’une statue du fondateur du scoutisme Robert Baden-Powell, accusé par ses détracteurs de racisme, d’homophobie et de liens avec le régime nazi.
« Mentir sur notre histoire »
Appelant à ne pas « réécrire ou censurer le passé », Boris Johnson a défendu la présence de ce type de monuments : « Ces statues nous apprennent des choses sur notre passé, avec tous ses défauts. Les retirer reviendrait à mentir sur notre histoire, et appauvrir l’éducation des générations à venir. » Tout en reconnaissant un « désir légitime de manifester contre les discriminations » à l’orée de nouveaux rassemblements prévus, il a jugé que « la seule attitude responsable est de se tenir à l’écart ». Le maire travailliste de Londres Sadiq Khan a aussi prié la population de rester à la maison, se disant « extrêmement préoccupé par le risque que de plus amples manifestations dans le centre de Londres non seulement ne diffusent le Covid-19 mais ne conduisent à du désordre, du vandalisme et de la violence ». Le Royaume-Uni affiche le deuxième plus lourd bilan des morts, plus de 41 000, de la pandémie. Le mouvement Black Lives Matter de Londres (BLM LDN) a annulé une manifestation prévue à Hyde Park aujourd’hui après les appels à manifester de groupes d’extrême droite, soutenus notamment par Tommy Robinson, l’ex-leader de la Ligue de défense anglaise, un de ces mouvements, qui entend lutter contre la menace islamiste. « Nous voulons que les gens manifestent en sécurité mais nous ne pensons pas que ce soit possible avec la présence de gens comme eux », a expliqué BLM LDN dans un message sur Instagram.
Pauline FROISSART/AFP

