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La compagnie des films

« Je suis comme Il Postino, ce facteur qui délivre les émotions »

Pour Georges Khabbaz, parler de théâtre ou de cinéma, c’est aussi parler d’amour, d’altérité et de foi. Le dramaturge, metteur en scène et acteur libanais, cache son humour sous des silences pudiques et a l’œil qui pétille dès qu’il aborde ses deux passions ; la scène et le grand écran. Confessions d’un artiste qui se situe enfin dans la zone heureuse de la maturité, celle où l’on réalise pleinement ce que l’on a toujours voulu être.

« Je suis comme Il Postino, ce facteur qui délivre les émotions »

Georges Khabbaz : « On ne peut pas changer le passé, on ne peut pas prédire l’avenir, alors autant vivre l’instant pleinement. » Photo DR

À quel âge et comment la passion pour le cinéma est-elle née ?

Dans la ville de Batroun, d’où ma mère est originaire, il y avait une petite salle de cinéma, La Gondole. Mes copains et moi ne rations pas un seul film. Mais nous les visionnions toujours avec deux ans de retard car c’était l’époque des bobines, et il fallait attendre. Il nous arrivait aussi de louer des cassettes VHS. À Jal el-Dib où j’ai grandi, Oscar, une autre petite salle de cinéma, projetait des films et mon oncle maternel m’y emmenait souvent. Je devais avoir 7 ou 8 ans.

Quel a été le mode d’initiation ?

Enfant, je suis tombé un jour malade et il me fallait garder le lit. Mes parents, pour me distraire, m’avaient offert le coffret des films de Charlie Chaplin, l’un des premiers artistes complets du cinéma et probablement le plus célèbre. C’était un vrai bonheur de découvrir cet éternel marginal, néanmoins sentimental, qui ne craint pas de s’attaquer à plus fort que lui et qui a d’ailleurs débuté très tôt sur les planches. Son City Lights (Les lumières de la ville) est l’un des plus grands chefs-d’œuvre du cinéma. C’est alors que commence ma recherche dans le monde du 7e art. Plus tard, je découvre Cinema Paradiso de Giuseppe Tornatore sorti en 1988 et que je visionne en 1990 (j’étais en classe de quatrième), Singing in the Rain de Stanley Donen et Gene Kelly. Sans oublier les incontournables films de Feyrouz que nos parents passaient en boucle pour nous calmer ou nous occuper quand ils avaient à faire. J’aimais déjà le mariage du théâtre et du cinéma.

Quelles ont été vos plus belles découvertes dans le monde du cinéma ?

Lorsque j’ai découvert Ingmar Bergman, c’était un grand moment dans ma vie. J’aime sa façon de prendre le spectateur à témoin. J’aime le temps qu’il prend et les secondes qui se métamorphosent et s’étirent pendant une heure et demie. Il a réalisé un très grand nombre de films sans jamais en rater un seul... La philosophie et l’humour de Woody Allen m’ont séduit. Son langage cinématographique est bâti sur le dialogue et il a une façon bien particulière de dépeindre sa haine pour le monde avec sarcasme. Il sait toutefois vous faire aimer la vie, même si elle demeure insupportable. Et Martin Scorsese pour sa façon d’accorder de l’importance au narrateur, comme pour nous rappeler que ce film est vu à travers les yeux de quelqu’un, en nous donnant toujours l’impression de lire une histoire très littéraire, presque un roman. Sans oublier Andrei Tarkovski, un peintre qui dessine avec la caméra. Et puis évidemment, François Truffaut et Le dernier métro, un grand chef-d’œuvre du cinéma français.

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Comment nourrissez-vous votre passion ?

D’abord, j’enseigne à la NDU l’écriture cinématographique, ensuite je participe au ciné-club fondé depuis 18 ans par mon ami et maître dans l’art du cinéma, Émile Chahine. J’aime beaucoup analyser les films avec des participants pour découvrir et partager les différents points de vue. Actuellement, je construis ma maison à Batroun où j’ai prévu une salle de cinéma de 50 places, pour un éventuel ciné-club. La première fois que je me suis penché sur les plans d’architecture, j’ai dessiné la salle de cinéma et j’ai dit à l’architecte : « Maintenant, vous pouvez monter la maison autour. »

Qu’est-ce que le cinéma vous apporte de plus que le théâtre ?

Quand on entre dans une salle obscure, il y a une certaine magie qui opère. Le cinéma est à portée de main, il vient à vous, de tous les pays du monde. C’est une culture plus large, plus globale et plus ouverte sur les civilisations du monde entier. Le cinéma est plus libre, prend plus de risque que le théâtre, et les genres sont beaucoup plus larges. Pour assister à une grande pièce internationale, il faut voyager, le cinéma est un voyage en soi. Un film de cinéma peut se laisser voir et revoir et ne meurt jamais.

Le film que vous avez visionné plus d’une fois?

Singing in the Rain, de Gene Kelly et Stanley Donen, dont je connais le texte par cœur, et Il Postino, de Michael Radford.

De combien de films est composée votre cinémathèque ?

Au-delà de 1 000 DVD. Mais uniquement ceux que j’ai aimés : Woody Allen, Ingmar Bergman, Federico Fellini, François Truffaut et la Nouvelle Vague, les films de Dustin Hoffman et tant d’autres…

Quels sont les jalons de votre propre expérience cinématographique ?

En 2006, ma première expérience en tant qu’acteur s’est déroulée sous la direction de Philippe Aractingi dans Sous les bombes pour lequel j’ai reçu le prix du meilleur acteur au Rotterdam Film Festival. C’est grâce à cette expérience que j’ai rencontré le Liban-Sud, ses habitants, leur générosité et leur authenticité.

En 2008, on me propose le premier rôle d’un roi dictateur dans Selina avec Doreid Laham qui m’avait lui-même choisi. Un film sur les ambitions et les échelles sociales.

En 2012, j’écris, réalise et joue dans Ghadi, un film sur l’amour inconditionnel. Dans la vie, à partir du moment où l’on est aimé, justice est rendue et tous les humains sont sur un pied d’égalité, c’est ma conviction. Ghadi a été doublé en plus de cinq langues et a obtenu 14 récompenses internationales. Aujourd’hui, à Batroun, une rue porte le nom de Ghadi.

En 2013, j’ai coécrit avec Nicolas Khabbaz et Diamand Bou Abboud le scénario du film Waynon (Void) sur les disparus de la guerre civile au Liban. Il a été fait par sept réalisateurs, tous diplômés de l’Université Notre-Dame de Louaizé. Le film a été sélectionné comme sélection libanaise pour l’oscar du meilleur film en langue étrangère à la 88e cérémonie des oscars qui s’est déroulée en 2016.

Quel réalisateur auriez-vous aimé être ?

Dans la comédie noire, Woody Allen, et dans l’absolu, Martin Scorsese.

Vous réalisez un film : deux acteurs et deux actrices à choisir ?

Penelope Cruz et Marion Cotillard. Marlon Brandon et Lawrence Olivier. Mais aussi Leonardo Di Caprio qui a le jeu dans le sang et Daniel Day-Lewis, au jeu très académique.

Vous est-il arrivé d’acheter des copies piratées ?

Très rarement.

Est-ce que vous avez initié quelqu’un à l’amour du cinéma ?

Beaucoup de personnes, surtout les femmes que j’ai aimées. Et puis je pense que les artistes n’ont pas seulement le devoir de faire de l’art, mais surtout celui de propager la culture à travers le monde.

Le genre que vous n’aimez pas du tout ?

Les films autobiographiques.

Un film à ne pas voir durant cette épidémie ?

Contagion, de Steven Soderbergh.

Un film que vous auriez conseillé durant le confinement ?

Chocolat, de Lasse Hallström, avec Juliette Binoche qui parle du goût et du plaisir de l’instant présent.

On ne peut pas changer le passé, on ne peut pas prédire l’avenir, alors autant vivre l’instant pleinement.

Un titre de film qui vous décrit ?

Il Postino car il est celui qui fait arriver d’un endroit à un autre. Je suis ce facteur qui prend les émotions, les transforme et les délivre sous un format artistique.

Des projets ?

Un film, el-Wéwé, dont le script est déjà prêt (retardé à cause du Covid-19).

Le top 6 des films de Georges Khabbaz

Singing in the Rain de Stanley Donen et Gene Kelly

Smultronstället (Les Fraises sauvages) d’Ingmar Bergman

Otto e mezzo (Huit et demi) de Federico Fellini

Le Dernier Métro de François Truffaut

Il Postino de Michael Radford

Citizen Kane d’Orson Welles.


À quel âge et comment la passion pour le cinéma est-elle née ?

Dans la ville de Batroun, d’où ma mère est originaire, il y avait une petite salle de cinéma, La Gondole. Mes copains et moi ne rations pas un seul film. Mais nous les visionnions toujours avec deux ans de retard car c’était l’époque des bobines, et il fallait attendre. Il nous arrivait aussi de louer...

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