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Yémen

La conférence des donateurs récolte la moitié des 2,4 mds de dollars demandés


Photo AFP

L'ONU n'a récolté mardi que la moitié des 2,4 milliards de dollars réclamés pour tenter de mettre fin à la grave crise humanitaire au Yémen, ravagé par la guerre et le nouveau coronavirus, à l'issue d'une conférence virtuelle organisée avec l'Arabie saoudite. Un total de 1,35 milliard de dollars (environ 1,21 milliard d'euros) en promesses ont été récoltés, a indiqué à la presse une porte-parole de l'ONU.

Les travailleurs humanitaires sont confrontés à une "course contre la montre" pour éviter une aggravation de la double crise dans le pays, le plus pauvre de la péninsule arabique, avait averti plus tôt le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres Cette conférence a été organisée alors que les organisations humanitaires s'inquiètent d'une propagation rapide du virus au Yémen. Ce défi sanitaire s'ajoute à la crise humanitaire, la pire au monde selon les Nations unies, après plus d'une demie décennie de guerre.

Depuis mars 2015, l'Arabie saoudite intervient au Yémen à la tête d'une coalition militaire qui appuie le gouvernement yéménite contre les rebelles houthis, soutenus eux par l'Iran La guerre a fait des dizaines de milliers de morts, pour la plupart des civils, et l'ONU affirme qu'environ 24 millions de Yéménites --plus des deux tiers de la population-- dépendent d'une forme ou d'une autre de l'aide humanitaire.

"Action urgente"

Lors de la conférence, l'Arabie saoudite a promis 500 millions de dollars (environ 448 millions d'euros) d'aides. Les Etats-Unis, important fournisseur d'armes du royaume, ont promis 225 millions de dollars (environ 201 millions d'euros) et l'Allemagne a annoncé 125 millions d'euros.

Dans un communiqué, le ministre britannique des Affaires étrangères Dominic Raab, dont le pays est un aussi fournisseur d'armes important de l'Arabie saoudite, a promis une aide de 160 millions de livres britanniques (environ 179 millions d'euros).

"Les agences d'aides estiment avoir besoin de 2,41 milliards de dollars (2,16 milliards d'euros) pour l'aide essentielle de juin à décembre, dont des programmes pour lutter contre le Covid-19", avait indiqué plus tôt M. Guterres. "Combattre le Covid-19 en plus de l'urgence humanitaire déjà présente requiert une action urgente", avait-il martelé.

Un total de 180 millions de dollars sont nécessaires pour lutter contre le Covid-19, a estimé pour sa part le secrétaire général adjoint de l'ONU pour les affaires humanitaires, Mark Lowcock, qui participait à cette visioconférence, tout comme le ministre saoudien des Affaires étrangères Fayçal ben Farhane.

D'après M. Guterres, à Aden, des informations font état de taux de mortalité du coronavirus "parmi les plus élevés au monde". Selon l'ONU, le virus est probablement déjà présent dans la plupart des régions du Yémen, où gouvernement et rebelles n'ont annoncé que quelques centaines de cas dans des bilans séparés. La situation humanitaire dans l'ensemble du pays risque de s'aggraver: les organismes d'aide intervenant dans le pays se dirigent vers un "gouffre budgétaire", a prévenu Jens Laerke, porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaire des Nations unies (Ocha). Plus de 30 programmes essentiels de l'ONU pourraient mettre la clé sous la porte dans les prochaines semaines, faute de financement.

Dans une déclaration commune, les responsables du Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef), du Programme alimentaire mondial (PAM) et de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ont également tiré la sonnette d'alarme.

"Catastrophe"

Pour l'ONG Médecins sans frontières (MSF), le Yémen se tient au bord d'une "catastrophe", ses infrastructures sanitaires étant trop fragiles pour faire face au nouveau coronavirus, mises à mal par des années de guerre. "Le Covid-19 n'est que le dernier défi dans une situation qui se détériore", a affirmé Abdallah al-Rabiah, chef du Centre d'aide et de secours "Roi Salmane", chargé de l'assistance humanitaire saoudienne au Yémen.

Tout en menant ses interventions militaires contre les houthis --ce qui a mené à une intensification du conflit--, Riyad estime être l'un des principaux pourvoyeurs d'aide humanitaire au Yémen, assurant avoir déboursé des milliards d'euros. De leur côté, les rebelles ont vu dans la visioconférence de mardi une "tentative stupide (des Saoudiens pour cacher) leurs crimes", selon l'un de leurs porte-paroles, cité par leur chaîne de télévision Al-Masirah. La coalition menée par Riyad est notamment accusée de multiples bavures contre des civils au Yémen. 

Si la visioconférence ne parvient pas à susciter suffisamment de dons, près de 5,5 millions de Yéménites pourraient perdre l'accès à une aide alimentaire et à une eau potable, dans ce pays fréquemment menacé par le choléra, avait indiqué plus tôt l'ONG Save the Children. Et des infrastructures vitales, telles des cliniques mobiles, pourraient aussi devoir fermer.


L'ONU n'a récolté mardi que la moitié des 2,4 milliards de dollars réclamés pour tenter de mettre fin à la grave crise humanitaire au Yémen, ravagé par la guerre et le nouveau coronavirus, à l'issue d'une conférence virtuelle organisée avec l'Arabie saoudite. Un total de 1,35 milliard de dollars (environ 1,21 milliard d'euros) en promesses ont été...