INITIATIVE

Des étudiants répondent à l’appel de la terre

Alors qu’il complétait sa 5e année de résidanat en chirurgie orthopédique, un jeune médecin lance deux projets d’agriculture dans son village natal dans la Békaa.

Dans le cadre du premier projet, un groupe de jeunes volontaires se charge de semer la terre, trouver des solutions aux problèmes d’arrosage, fournir des plants gratuitement, répartir le travail entre les équipes et planifier une distribution efficace et gratuite des produits cultivés, pour tous les habitants du village. Photo Élie Najjar

C’est avec une trentaine de jeunes étudiants et la participation des habitants de Niha qu’Élie Najjar, qui vient de terminer sa 5e année de résidanat en chirurgie orthopédique à la LAUMC, lance deux projets d’agriculture pour soutenir les villageois, en pleine crise économique, et les aider à faire face à l’inflation et la flambée des prix. Le premier projet consiste à planter près de 1 500 m2 d’un terrain en friche, offert par l’Église pour l’occasion. Et le 2e projet a pour but d’encourager les jeunes du village à cultiver, chacun chez soi, des rosiers de Damas, et à les soutenir dans la vente des roses.

Pour mener ces projets, le jeune médecin réunit des habitants de Niha, jeunes et vieux, ainsi que ses camarades qui, comme lui, sont retournés au village après la fermeture des universités, des étudiants en médecine, mathématiques, agriculture, littérature, génie informatique, droit, biologie ou gestion.

« Mon village, c’est mon petit paradis. Je lui dois la meilleure enfance de tous les temps. Je lui dois les meilleures histoires, les gens les plus gentils », raconte le jeune homme en toute simplicité.

Dans le cadre du premier projet, un groupe de jeunes volontaires se charge de semer la terre, trouver des solutions aux problèmes d’arrosage, fournir des plants gratuitement, répartir le travail entre les équipes et planifier une distribution efficace et gratuite des produits cultivés, pour tous les habitants du village.

Étudiante en gestion et management à l’USJ, Lourda-Maria Najjar s’est engagée dans ce projet. « C’est un village riche en terrains cultivables. On est habitué à voir nos parents travailler la terre. Puisque je suis confinée, pourquoi ne pas participer à des projets qui vont aider notre communauté ? » lance-t-elle. Lors de son temps libre, mettant en pratique ses apprentissages académiques, cette jeune étudiante s’occupe, avec d’autres, de la gestion et de la coordination du projet. « Lorsqu’on a des besoins au niveau de la logistique, ou lorsqu’on a besoin d’aide, je contacte les personnes appropriées. Je contribue aussi à établir les listes des villageois qui recevront les légumes qu’on aura cultivés, et à organiser la distribution », explique-t-elle.

Pour Georges Achkar, étudiant en mathématiques à l’UL, il allait de soi de participer à ce projet : « C’est une opportunité de répondre aux besoins élémentaires des habitants du village, de les soutenir aussi moralement. C’est également la joie d’offrir qui me motive à m’y engager. Sans parler de l’expérience dans la culture du sol que l’on peut acquérir », confie ce jeune passionné d’agriculture. Dès son retour à Niha, le jeune mathématicien dit avoir ressenti le besoin de profiter pleinement de son temps. En plus des cours en ligne à l’université, et des leçons particulières en maths qu’il prodigue, il se consacre aux travaux de la terre, comme la plantation ou l’arrosage.

L’optimisme face à la démotivation et la dépression des jeunes

En parallèle, de plus jeunes bénévoles qui ont entre 6 et 18 ans arrosent le terrain et aident à cueillir les légumes et les distribuer aux villageois. « Avant la nourriture, avant l’argent, avant toute chose, l’objectif principal de ces projets est de faire réaliser l’importance et la générosité de notre terre. Ces projets mettent en valeur également le travail bénévole. Il est essentiel par ailleurs de se souvenir de nos racines et de nos ancêtres », estime Élie Najjar qui compte sur l’esprit « d’unité et de solidarité » dans son village.

Pour Lourda-Maria Najjar, ce projet développe sa faculté de collaborer au sein d’une équipe et renforce sa confiance en elle. « Chacun parmi nous peut énormément accomplir pour ce projet. Notre société dépend des jeunes qui ont le pouvoir d’améliorer et de changer la donne. »

Concernant le 2e projet, le jeune chirurgien orthopédique explique : « La Rosa damascena nécessite peu d’eau et de travail, et peut être cueillie quotidiennement pendant environ 40 jours. Les roses vendues seraient une source supplémentaire d’argent pour les jeunes et leur famille et un bon investissement de leur temps. » De plus, les jeunes de Niha comptent produire eux-mêmes de l’eau de rose et la vendre en bouteille. Leur but, c’est aller directement aux acheteurs sans passer par les intermédiaires, à travers les réseaux sociaux et des contacts personnels. « Les agriculteurs vendent leurs roses à un intermédiaire qui réalise un profit de 42 % sur la revente. Or les agriculteurs déploient des efforts considérables, depuis le travail de labour et de plantation jusqu’à la cueillette des fleurs et la livraison. Est-ce juste ? » s’indigne Élie Najjar.

Pourtant, l’enthousiasme de ce jeune médecin se heurte à divers obstacles. « Nous avons besoin de plus de plantes car nous avons encore des terres inutilisées. Mais nous ne pouvons pas obtenir plus d’eau. Cela a donc limité nos plans », déplore-t-il. Il confie aussi que le groupe bénévole ne possède pas les moyens financiers pour se munir d’un système d’irrigation, indispensable pour le projet d’agriculture. De plus, le jeune homme avoue ressentir « une énorme dépression et démotivation parmi quelques jeunes » avec lesquels il collabore. « Ils semblent effrayés par l’avenir et par les problèmes d’argent. Ils n’ont pas toujours suffisamment d’énergie pour persévérer. Cela m’inquiète plus que de perdre les plantes, poursuit-il. Ce n’est pas une tâche facile, mais ensemble, nous allons faire fonctionner les projets. »

Élie Najjar ne perd d’ailleurs pas son optimisme. « Les jeunes enfants prennent le relais. Ils semblent aimer arroser les plantes entre les jeux. Ils ont également acheté des graines et les ont plantées dans le champ », raconte-t-il.

Quant à Georges Achkar, il espère « que cette solidarité continue entre les jeunes, dans des projets d’entraide et dans d’autres domaines également », tout comme Lourda-Maria Najjar qui souhaite que les habitants du village « restent unis dans ces jours difficiles, et inspirent aussi les autres à développer des projets similaires dans leurs villages ».

Fraîchement diplômé, Élie Najjar, titulaire d’une bourse pour se spécialiser en chirurgie de la colonne vertébrale au Royaume-Uni, conclut : « La compassion et la volonté d’aider sont au cœur de ma profession. Eh bien ! ma terre m’a montré la voie pour être un meilleur chirurgien. »




C’est avec une trentaine de jeunes étudiants et la participation des habitants de Niha qu’Élie Najjar, qui vient de terminer sa 5e année de résidanat en chirurgie orthopédique à la LAUMC, lance deux projets d’agriculture pour soutenir les villageois, en pleine crise économique, et les aider à faire face à l’inflation et la flambée des prix. Le premier projet consiste à...

commentaires (4)

INITIATIVE HONORABLE ET EXEMPLE A SUIVRE.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

13 h 44, le 30 mai 2020

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Commentaires (4)

  • INITIATIVE HONORABLE ET EXEMPLE A SUIVRE.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    13 h 44, le 30 mai 2020

  • BRAVO ! SOYEZ BENIES ,BENIS

    Hamed Adel

    10 h 37, le 30 mai 2020

  • BRAVO!!!!!!! jeunes et moins jeunes ,l'avenir du Liban et du monde en général se trouve la! et bien la! pour le problème de l'eau ,tournez vous vers l'expérience de la permaculture qui permet d'utiliser beaucoup moins d'eau ;c'est du travail au début mais particulièrement rentable au final;avec mon admiration;J.P

    Petmezakis Jacqueline

    09 h 06, le 30 mai 2020

  • Excellent! Bravo!

    Yves Prevost

    07 h 56, le 30 mai 2020