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Politique - Crise

Roukoz appelle l’armée et les magistrats « à mener une révolution » au sein de leurs institutions

Le député incite à une démarche devenue « inéluctable » et au renouvellement des élites politiques.

Le député Chamel Roukoz au siège du Parlement, à Beyrouth, le 10 août 2018. Photo d’archives ANI

C’est une guerre contre le régime en place et contre le sexennat qu’a déclarée hier le député du Kesrouan Chamel Roukoz, deuxième gendre du chef de l’État Michel Aoun. Ciblant également le chef du Courant patriotique libre Gebran Bassil par des propos incendiaires tenus lors d’une conférence de presse, cet ancien officier de l’armée reconverti dans la politique n’a pas non plus ménagé les figures politiques traditionnelles, appelant à une nouvelle révolution qui devrait cette fois-ci s’étendre à l’armée et à la justice selon lui, invitées à ne pas accepter cet état de fait.

Dans un appel assez unique en son genre, M. Roukoz a appelé les officiers de l’armée et les magistrats à mener une « révolution » à l’intérieur de leurs institutions respectives et à se soulever contre leurs « parrains politiques » pour se libérer de leur joug, assumer leur devoir et agir uniquement selon leur éthique professionnelle. « La justice et l’armée ont un devoir d’ingratitude envers les politiques qui ont la mainmise sur la magistrature, l’institution militaire et les forces de l’ordre », a précisé M. Roukoz dans un entretien express avec L’Orient-Le Jour. L’ancien officier a cependant assuré que son invitation n’est pas un appel à la désobéissance ou à l’insurrection contre le pouvoir politique, mais vise à redonner à ces deux institutions, la justice et l’armée donc, qui constituent la colonne vertébrale de l’État selon lui, toutes leurs lettres de noblesse.

« Les magistrats et officiers de l’armée et des forces de l’ordre doivent s’acquitter de leur devoir comme le dictent la loi et leur conscience », a-t-il insisté. S’abstenant de reconnaître explicitement que ses reproches sont notamment adressés au commandement de l’armée, un poste qu’il convoitait par le passé, l’ancien officier en veut notamment à l’institution militaire de ne pas remplir son devoir en ce qui concerne la fermeture « des voies de passage illégales par exemple ». Quant à la justice, il dit craindre qu’elle ne fasse pas « preuve de courage et de fermeté » dans l’affaire du fuel non conforme dont le dossier est actuellement en cours d’instruction.

S’il est engagé depuis un moment déjà dans un règlement de comptes avec Gebran Bassil, le député n’a, également, de nouveau pas épargné le chef de l’État, qu’il avait pourtant cherché à ménager pendant un certain temps avant de lâcher prise, notamment lors de la dernière commémoration du 13 octobre 1990 qui avait révélé l’ampleur du schisme au sein de la mouvance aouniste. Lors de cette journée fort symbolique, M. Roukoz et plusieurs anciens hauts officiers de l’armée avaient dénoncé avec virulence la faillite de l’État et du régime dans son ensemble. Au même moment, M. Bassil commémorait la même occasion par un discours qui était destiné à plébisciter le chef de l’État.

Hier, le député du Kesrouan est revenu à la charge poursuivant son attaque ciblée, sans épargner les partenaires du chef du CPL et ses adversaires, tous tenus responsables de l’effondrement du pays. « Le terme “lutte contre la corruption” est devenu un slogan vide de sens », a regretté le député dans une critique voilée du CPL, lequel fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille, mais aussi du Hezbollah qui a donné de la voix ces derniers temps à ce sujet. « L’essentiel, aujourd’hui, est de savoir comment l’on peut ouvrir les dossiers de la corruption et les clôturer loin de toute couverture politique et communautaire », a-t-il indiqué. Dans une autre pique visant M. Bassil, il a ironisé sur la logique de la défense des « droits des chrétiens et ceux des musulmans », un concept totalement étranger, dit-il, à l’école militaire dont il est issu, rompue au dogme de l’unité nationale.


Un timing étudié
Organisée trois jours après l’attaque à boulets rouges contre Gebran Bassil menée par le chef des Marada Sleimane Frangié, toujours dans le cadre du scandale du fuel frelaté, la conférence de presse de M. Roukoz a été vraisemblablement décidée selon un timing étudié, probablement afin d’enfoncer un peu plus le clou. Le député a ainsi saisi l’occasion pour relayer certaines accusations dirigées contre le chef du CPL, avec lequel il n’a pas fini d’en découdre, notamment depuis que M. Roukoz a claqué la porte du groupe parlementaire aouniste il y a plus de six mois.

« Ce n’est pas uniquement M. Bassil que je visais dans mes propos, mais l’ensemble des membres de la classe politique qui a mené le pays au bord du gouffre », affirme-t-il à L’OLJ, en tenant toutefois à préciser que son discours à charge ne cible aucunement l’actuel Premier ministre, Hassane Diab, ni son gouvernement « qui ne sont pas à envier pour ce dont ils ont hérité ».

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Pourtant, le député ne s’est pas privé d’adresser ses critiques dans la forme comme dans le fond au plan de redressement mis au point par l’exécutif, « en coopération avec les responsables de l’effondrement ». Et de reprocher au régime d’avoir exclu « les députés indépendants et les représentants du soulèvement populaire » de la réunion organisée à Baabda pour présenter ce plan.

« Ce n’est pas non plus M. Frangié que je vise, bien que je lui reproche en tant que candidat à la présidence de la République de faire preuve d’irrespect à l’égard des institutions », comprendre à l’égard de la justice, après que le chef des Marada eut refusé de livrer le directeur général des installations pétrolières, Sarkis Hleiss, visé par un mandat d’arrêt dans l’affaire du scandale du fuel.


Crimes imprescriptibles
D’une virulence exceptionnelle – « qui pourtant reste bien en deçà de la violence psychologique infligée au peuple libanais du fait de cette crise sans précédent », comme il dit – son discours n’a pas été tendre non plus à l’égard du reste de la classe politique, notamment les principales formations dirigées par des leaders pratiquant selon lui le « confessionnalisme et le clientélisme à grande échelle » .

« Vous saviez tous que l’État était au bord de l’effondrement économique et financier, mais apparemment vous avez tous trouvé une façon de mettre à profit cet effondrement pour vous en prendre à vos adversaires », a-t-il accusé. Le député a dénoncé les crimes « impardonnables et imprescriptibles commis contre la nation » et « des décennies de destruction méthodique », reprenant ainsi la rhétorique des contestataires du 17 octobre qui réclamaient une reddition des comptes sur les pratiques de mauvaise gouvernance durant les trois dernières décennies et dénonçaient la classe politique libanaise dans son ensemble.

Égrenant l’un après l’autre les dossiers de corruption et pratiques de dilapidation dans de multiples secteurs – télécoms, électricité, Conseil de développement et de reconstruction (CDR), Conseil du Sud, monopole du ciment, port et voies frontalières illégales –, il a lancé autant de piques indirectes en direction de Saad Hariri, Gebran Bassil, Nabih Berry, Walid Joumblatt et du Hezbollah, dont la responsabilité est successivement mise en cause pour avoir géré l’un ou l’autre de ces secteurs.

« Les tergiversations de la classe économique et politique au pouvoir ne peuvent plus fonctionner depuis la révolution du 17 octobre » , a-t-il martelé, appelant à un renouvellement des élites au pouvoir et à une nouvelle révolution.



C’est une guerre contre le régime en place et contre le sexennat qu’a déclarée hier le député du Kesrouan Chamel Roukoz, deuxième gendre du chef de l’État Michel Aoun. Ciblant également le chef du Courant patriotique libre Gebran Bassil par des propos incendiaires tenus lors d’une conférence de presse, cet ancien officier de l’armée reconverti dans la politique n’a pas non...

commentaires (9)

CE QUE MONSIEUR ROUKOZ A DÉCLARÉ MÉRITE UNE STANDING OVATION... MILLE FOIS BRAVO. IL EN FAUT DU COURAGE POUR DIRE CE QUI A ÉTÉ DIT HAUT ET FORT. LA MAJORITÉ DES LIBANAIS PENSENT TOUT BAS CE QU’IL A OSÉ PRONONCÉ. A QUAND UN SURSAUT DE TOUTE LA POPULATION POUR RÉCLAMER LA MÊME CHOSE... AINSI QUE LES RESPONSABLES DE L’ARMÉE, LA JUSTICE ET TOUS CEUX QUI COLLABORENT PAR PEUR AVEC SES VOYOUS. NOUS AVONS MARRE D’ENTENDRE TOUJOURS LES MÊMES VENDUS PARLER AU NOM DES LIBANAIS ALORS QU’ILS N’EN SONT. DES GROUPUSCULES DÉCIDENT DU SORT DU PAYS ET DE SES FRONTIÈRES SANS QU’AUCUN RESPONSABLE POLITIQUE OU UN LIBANAIS APPARTENANT A L’ÉLITE NE TROUVENT À REDIRE DE PEUR D’ÊTRE HARCELÉ VOIRE MORT DANS DES CIRCONSTANCES OBSCURES. JUSQU’À QUAND LA PEUR NOUS EMPÊCHERA DE METTRE FIN À CES AGISSEMENT QUI MÉRITENT D’ÊTRE JUGÉS SÉVÈREMENT ET QUE LA PEUR CHANGE ENFIN DE CAMPS? NOTRE PEUR FAIT LEUR FORCE. Plus nous serons nombreux à adopter ce language et moins ils auraient le temps et le loisir d’assassiner le pays et son peuple. Donnons de la voix et agissons ensemble pour nous sauver des projets destructeurs qui nous attendent. Car ils n’en sont qu’à leur début. La disparition du Liban est proche et ça continue, nous n’aurons que nos yeux pour pleurer.

Sissi zayyat

18 h 18, le 15 mai 2020

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Commentaires (9)

  • CE QUE MONSIEUR ROUKOZ A DÉCLARÉ MÉRITE UNE STANDING OVATION... MILLE FOIS BRAVO. IL EN FAUT DU COURAGE POUR DIRE CE QUI A ÉTÉ DIT HAUT ET FORT. LA MAJORITÉ DES LIBANAIS PENSENT TOUT BAS CE QU’IL A OSÉ PRONONCÉ. A QUAND UN SURSAUT DE TOUTE LA POPULATION POUR RÉCLAMER LA MÊME CHOSE... AINSI QUE LES RESPONSABLES DE L’ARMÉE, LA JUSTICE ET TOUS CEUX QUI COLLABORENT PAR PEUR AVEC SES VOYOUS. NOUS AVONS MARRE D’ENTENDRE TOUJOURS LES MÊMES VENDUS PARLER AU NOM DES LIBANAIS ALORS QU’ILS N’EN SONT. DES GROUPUSCULES DÉCIDENT DU SORT DU PAYS ET DE SES FRONTIÈRES SANS QU’AUCUN RESPONSABLE POLITIQUE OU UN LIBANAIS APPARTENANT A L’ÉLITE NE TROUVENT À REDIRE DE PEUR D’ÊTRE HARCELÉ VOIRE MORT DANS DES CIRCONSTANCES OBSCURES. JUSQU’À QUAND LA PEUR NOUS EMPÊCHERA DE METTRE FIN À CES AGISSEMENT QUI MÉRITENT D’ÊTRE JUGÉS SÉVÈREMENT ET QUE LA PEUR CHANGE ENFIN DE CAMPS? NOTRE PEUR FAIT LEUR FORCE. Plus nous serons nombreux à adopter ce language et moins ils auraient le temps et le loisir d’assassiner le pays et son peuple. Donnons de la voix et agissons ensemble pour nous sauver des projets destructeurs qui nous attendent. Car ils n’en sont qu’à leur début. La disparition du Liban est proche et ça continue, nous n’aurons que nos yeux pour pleurer.

    Sissi zayyat

    18 h 18, le 15 mai 2020

  • Le president Aoun a eu tort de mettre son jeune gendre Bassil a la tete du CPL ce qui a amene peut etre beaucoup d'argent au parti mais surement pas la popularite sans faille et sans laquelle un parti ne peut pas prosperer Peut etre le deuxieme gendre aurait ete meilleur? LA VERITE DU HAUT AU BAS DE L'ECHELLE ON SUIT TOUJOURS LE PRECEPT DE METTRE LA FAMILLE EN SUCCESSEUR ET LE PEUPLE VOTE AVEUGLEMENT POUR 100 DOLLARS LA VOIX LES MEMES PUIS SE REVOLTE au lendemain des elections j'avais commente: vous avez vote pour eux ou vous n'avait pas ete vote, peuple Libanais vous avez ce que vous meritez donc ne venait pas dans quelques annees vous plaindre des personnes que vous avez mis au pouvoir NOUS AVONS EU CE QUE NOUS MERITONS J'ESPERE QU'A LA PROCHAINE ELECTION NOUS AURONS COMPRIS

    LA VERITE

    13 h 37, le 15 mai 2020

  • Bravo pour cette franchise ! Et que les corrompus, dilapideurs remboursent leurs dettes et mises à l'amende en Euros, Francs suisses, lingots d'or et de platine !

    Jean-Luc HEDDE

    12 h 11, le 15 mai 2020

  • Les hôtels souffrent affreusement d’un manque d’occupation de leurs chambres. Solution : mettre tous les responsables politiques des 30 dernières années, tous les hauts fonctionnaires, tous les dirigeants des banques, tous les changeurs, tous les hommes d’affaires qui ont travaillé directement ou indirectement avec l’Etat dans ces chambres d’hôtel sous résidence surveillée jusqu’à ce qu’ils remboursent tous les milliards de dollars d’argent public détourné ou gaspillé.

    Censuré par l’OLJ

    11 h 20, le 15 mai 2020

  • bravo vous avez du courage de dénoncer ceux qui complote contre l état et le peuple pour se servir , mais vous savez au Liban le courage ne suffit pas il faut agir en dehors de tout règlement de compte personnel ca c est une autre histoire.

    youssef barada

    11 h 00, le 15 mai 2020

  • DES REVOLUTIONS AU SEIN DES INSTITUTION CA S,APPELLE DES REFORMES. MEILLEUR ETAIT VOTRE APPEL D,HIER DE REVOLUTION TOUT COURT. AVEZ-VOUS CHANGE D,AVIS ?

    SOUTENONS L,OLJ. CONDAMNONS SES CENSURES.

    07 h 15, le 15 mai 2020

  • On aurait bien aimé écouter et lire de tels déclarations et appels de soulèvement alors que M Roukoz était encore un fonctionnaire et salarié dans l'armée. Ne penseriez vous pas, cher M Roukoz, que vous avez raté cette chance pour le changement que vous faites appel maintenant? Peut être risque de pertes materiel et personnels obligeaient alors... ! Conseil neutre et raisonnable: Vaut mieux de faire autre chose dans votre retraite que la politique. Un autre surplus de figures politiques, et avec tout respect, à classer....

    Tannous Joseph

    06 h 14, le 15 mai 2020

  • Très beau comme approche, mais irréalisable en pratique. Tant que certains se croient libres de toute restreinte morale, et pratiquent leur dictature avec force,et se foutent des lois, il est impossible de les contrer que par la force. Reste à réaliser.

    Esber

    05 h 14, le 15 mai 2020

  • La meilleure technique pour rendre au peuple l’argent volé peut être empruntée pour une fois à MBS. Des hommes d’affaires et autre, placés en détention par la commission anti corruption étaient contraints à faire des virements conséquents pour rendre ce qu’ils ont pris. Pour que ça bouge au Liban, ou la situation stagne , il faudrait leur secouer le coco en ayant un gouvernement indépendant 100% ou du moins une justice et une armée indépendante qui demande des comptes à toutes les personnes citées ci-haut. Et la meilleure solution est de les renvoyer au tribunal militaire connu strict, impartial et difficile à intimider... Le terme « politique de destruction» est passible de trahison d’état à mon sens de justice. De toute façon il y a une chose dont je suis certaine: je les ai balancé dans la poubelle de l’histoire et tous les intéressés et moi feront en sorte que leur noms ne soient jamais citer dans les bouquins d’histoire.

    Alors...

    02 h 38, le 15 mai 2020

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