Pause verte

Déchets : qui osera tuer la poule aux œufs d’or ?

Les déchets se sont accumulés durant plusieurs jours dans les rues du Metn et du Kesrouan. Photo Marc Fayad

Mardi, une nouvelle fois, la durée de vie d’une décharge sursaturée, la composante Jdeidé de la décharge Bourj Hammoud-Jdeidé, créée en 2016, a été artificiellement prolongée. Faute de place et sans agrandissement de sa surface, la décharge gagnera… en hauteur. Non sans rappeler tous les mauvais souvenirs que garde le Liban de ce dossier : la « montagne » de Bourj Hammoud qui n’a disparu que récemment (dans la mer…), les agrandissements successifs de la décharge de Naamé (1997 à 2015-2016) au grand dam des habitants, la crise des déchets de 2015-2016 au cours de laquelle le Mont-Liban et Beyrouth étaient noyés dans leurs ordures durant neuf mois, suite à la fermeture brutale mais néanmoins annoncée de Naamé… Les épisodes sont trop nombreux pour être intégralement cités.

La « minicrise » qui s’est déroulée du jeudi 30 avril à mardi dernier, après la fermeture pourtant programmée de la décharge de Jdeidé, présente toutes les caractéristiques de celles qui l’ont précédée : un manque de planification évident, puisque le gouvernement a attendu la fermeture de la décharge pour réagir, malgré le sursis accordé par la baisse de production de déchets (crise du coronavirus, contestation populaire…), une mauvaise solution rendue « inévitable » par l’urgence de la situation, la perspective sombre de manquer de temps (sinon de volonté ?) pour adopter une future solution durable.

Le système de gestion des déchets ultracentralisé, financièrement opaque et peu adapté aux conditions socio-économiques du pays, a montré ses limites depuis longtemps, mais il n’a toujours pas été remplacé. Par opportunisme.

Sentant qu’un plan durable serait difficile à imposer dans les circonstances difficiles que traverse le pays et malgré la promesse du ministre de l’Environnement, Damien Kattar, de finaliser une feuille de route en un mois, les députés du Metn ont haussé le ton pour demander qu’une sortie de crise réelle soit envisagée une fois pour toutes. Élias Hankache, député Kataëb, a même brandi, dans un entretien télévisé, la menace d’une plainte en justice contre la prorogation du travail dans la décharge de Bourj Hammoud-Jdeidé, située dans l’une des régions les plus densément peuplées du pays, et qui plus est en pleine mer.

Et il y a de quoi être inquiet. L’étude effectuée par le Conseil du développement et de la reconstruction pour le compte du gouvernement, en vue de solutions au problème des déchets du Mont-Liban-Nord et d’une partie de Beyrouth, n’apporte que des idées « recyclées » : la réouverture de Naamé ou l’agrandissement de Jdeidé… En collaboration avec les mêmes entrepreneurs dont les noms reviennent dans tous les domaines, cela va sans dire.

Or, si le recyclage est un concept essentiel de la gestion moderne des déchets, le recyclage des idées n’est en aucun cas recommandé dans les plans nationaux. La gestion des déchets au Liban depuis au moins 25 ans est au cœur d’un système bien pensé pour servir un cercle restreint au détriment des fonds municipaux, utilisés abondamment pour financer ce seul secteur, sans concertations avec les principaux intéressés. Un système d’autant moins performant qu’il choisit d’ignorer les moindres règles de respect de l’environnement et de la santé des riverains (notamment pour des efforts réels de réduction du volume des déchets), pour des considérations de profit pur en faveur d’un cercle restreint. Un système d’équilibriste, toujours à la frontière des crises, sans jamais vraiment régler quoi que ce soit, jouant sur la peur de l’abîme et sur le chantage des déchets dans les rues. L’exemple du Metn est éloquent : on lui donne le choix entre subir la décharge et l’invasion des sacs poubelles…

Une solution durable au problème des déchets ne peut plus passer par des plans qui agencent différemment les bonnes vieilles recettes. Une solution durable n’est pas non plus liée au rêve d’une technologie qui résoudrait l’intégralité du problème d’un coup de baguette magique, ni d’une décentralisation mal réfléchie. Une solution durable est celle qui se baserait sur une réforme en profondeur du système actuel par un changement profond des mentalités, qui mènerait à considérer les déchets non comme un fléau dont il faut se débarrasser, mais comme une ressource qu’il faudrait gérer sur des bases écologiques, techniques et économiques saines. Gérer ce secteur comme une affaire d’État non comme le foyer de mauvaise gestion et de corruption qu’il a toujours été. Et le reste suivra. En ces temps de soulèvement, il ne faut pas moins qu’une révolution pour débarrasser ce domaine des résidus de politisation malsaine qui en a exclu toutes les forces vives de la société. C’est à ce prix seulement que l’on peut restaurer la confiance perdue sans laquelle aucun progrès n’est possible. Mais qui osera défier la bande qui préside à la destinée des déchets au Liban, même avec des noms et des visages changeants ? Qui osera/pourra tuer la poule aux œufs d’or ?


Mardi, une nouvelle fois, la durée de vie d’une décharge sursaturée, la composante Jdeidé de la décharge Bourj Hammoud-Jdeidé, créée en 2016, a été artificiellement prolongée. Faute de place et sans agrandissement de sa surface, la décharge gagnera… en hauteur. Non sans rappeler tous les mauvais souvenirs que garde le Liban de ce dossier : la « montagne » de...

commentaires (1)

toujours cette meme question : a qui profite le crime ?comme s'il fallait etre un einstein pour y repondre ! surement aux diverses Stes qui presentent des offres( au fait a t on lu les contrats passes avec elles ou serait comme celui du fuel oil... JAMAIS ROUVERT ? pour etude plus poussee? qui sont leurs associes , qui sont les ministres impliques, leurs "conseillers", les directeurs responsables du ministere, des municipalites etc..... alors yalla, poursuites immediates sous peine d',emprisonnement... yalla ce sont des criminels pires ou comme ceux ayant vendu de la drogue, attaques a l'armee ou assassiner des etres humains !

gaby sioufi

12 h 14, le 09 mai 2020

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Commentaires (1)

  • toujours cette meme question : a qui profite le crime ?comme s'il fallait etre un einstein pour y repondre ! surement aux diverses Stes qui presentent des offres( au fait a t on lu les contrats passes avec elles ou serait comme celui du fuel oil... JAMAIS ROUVERT ? pour etude plus poussee? qui sont leurs associes , qui sont les ministres impliques, leurs "conseillers", les directeurs responsables du ministere, des municipalites etc..... alors yalla, poursuites immediates sous peine d',emprisonnement... yalla ce sont des criminels pires ou comme ceux ayant vendu de la drogue, attaques a l'armee ou assassiner des etres humains !

    gaby sioufi

    12 h 14, le 09 mai 2020