Diaspora

« On a évité le pire ! » : comment, à Montréal, un foyer libano-syrien pour personnes âgées traverse l'épidémie

Le centre privé pour aînés Les Cèdres a perdu le tiers de ses résidents face au coronavirus, mais la situation semble stabilisée en l’absence de nouveaux cas depuis une semaine.

Le centre « Les Cèdres », situé dans l’arrondissement Saint-Laurent, dans le nord de Montréal, héberge 32 personnes âgées, dont 8 sont aujourd’hui infectées et 11 décédées depuis le 29 mars dernier.

Au Canada, c’est la ville de Montréal qui a été la plus durement touchée par la pandémie de Covid-19 avec plus de 1.300 décès sur les quelque 3.500 morts enregistrés dans l’ensemble du pays. Et ce chiffre ne cesse d’augmenter avec 80 à 100 décès qui s’ajoutent quotidiennement depuis plusieurs jours.

Selon les autorités, 86% des personnes emportées par le coronavirus avaient plus de 70 ans, ce qui fait des centres d’hébergement et de soins de longue durée pour personnes âgées - appelés CHSLD - les principaux foyers de contamination dans la métropole.

Parmi ces CHSLD figure le centre privé à but non lucratif « Les Cèdres », situé dans l’arrondissement Saint-Laurent, dans le nord de Montréal. Fondé il y a plus de 65 ans par des membres de la communauté chrétienne libano-syrienne de la métropole, le centre héberge 32 personnes âgées, dont 8 sont aujourd’hui contaminées et 11 décédées depuis le 29 mars dernier, depuis « le début du cauchemar », comme l’affirme Fadia el-Khoury, directrice générale de l’établissement.

Contactée par téléphone, Mme el-Khoury affirme garder espoir malgré ce triste bilan, car depuis une semaine aucun nouveau cas n’a été enregistré. « Je suis optimiste, dit-elle. Dans une dizaine de jours, nous saurons si nous sommes parvenus à arrêter la contagion. »


Des employées fidèles au poste
Face à cette situation dramatique, Fadia el-Khoury confie puiser sa « force » de son « équipe », composée de 60 employées d’origine moyen-orientale, mais aussi africaine et haïtienne, qui n’ont pas « abandonné le navire ». Seules 17 de ces femmes se sont absentées du travail parce qu’elles ont contracté le virus. Cette situation contraste avec celle des nombreux autres centres pour aînés au Québec, où quelque 5.500 travailleurs de santé manquent à l’appel pour différentes raisons, notamment parce qu'ils craignent d'être contaminés.

« Ce qui nous a sauvés c’est notre équipe, affirme Fadia el-Khoury. Je serai reconnaissante toute ma vie envers ces femmes ». Elle raconte avoir réuni ses employées dès la détection d’un premier cas confirmé. « Je leur ai dit que cette épidémie était un test d'une ampleur sans précédent pour nous, et qu'il nous fallait nous engager totalement pour pouvoir nous en sortir. Elles ont toutes répondu favorablement et respecté cet engagement », ajoute-t-elle. À la question de savoir pourquoi, selon elle, ses employées sont restées fidèles au poste, elle répond : « Nous sommes une petite famille, c’est un petit centre, on connaît tous les résidents. Et les filles qui travaillent le font de bon cœur, elles ont beaucoup de compassion. »


« On n’a pas vécu d’histoires d’horreur »
Fadai el-Khoury concède toutefois que la situation n’est pas « rose » dans son établissement, en raison notamment des décès survenus au cours du dernier mois. « Mais on a évité le pire, lance-t-elle. On n’a pas vécu les histoires d’horreur qu’on apprend par les médias au sujet d’autres résidences à Montréal. »

Le cas d’une autre résidence privée pour personnes âgées, le CHSLD Herron, a ainsi profondément choqué le Québec. En un mois, 31 résidents sont morts dans des conditions totalement insalubres. Et pour cause, le personnel ayant déserté les lieux, les pensionnaires ne recevaient plus les soins les plus basiques, qu'il s'agisse d'hygiène ou tout simplement d'alimentation. Depuis, d’autres histoires et témoignages troublants ont émergé dans les médias locaux, venant s'ajouter aux craintes des familles qui ne peuvent pas rendre visite à leurs proches confinés dans ces résidences.

Fadia el-Khoury affirme comprendre les inquiétudes des proches. « Les familles veulent savoir si leurs parents sont bien nourris, s’ils gardent le moral, si on manque de personnel », dit-elle. « Deux lignes de communication dédiées aux familles ont été mises en place dès le début de la crise, pour répondre à leurs questions et les connecter avec les résidents », ajoute-t-elle, tout en soulignant qu’il existe une « confiance partagée ». « Mais il est sûr qu’il existe aussi une certaine frustration parce que c’est toujours difficile de perdre un proche », concède-t-elle.


Des mesures de précaution strictes
La directrice de l'établissement des Cèdres assure avoir suivi « à la lettre » le plan de pandémie, « mais peu importe le niveau de préparation, il s’agit d’un contexte catastrophique inédit ». « Nous savions qu’il allait y avoir de mauvaises surprises en cours de route, mais l’important était de ne pas paniquer et de ne pas rester les bras croisés. Il faut être agile et rapide. »

Elle affirme par ailleurs prendre des mesures de précaution encore plus strictes que celles recommandées par le gouvernement. « Les directives stipulent qu’un employé atteint du coronavirus revienne après 7 jours de confinement, mais je ne prends aucun risque et je leur demande de ne revenir qu'une fois complètement guéris », assure-t-elle, précisant qu’une des employées est absente depuis 28 jours car elle est toujours testée positive.

Qu’en est-il de la pénurie d’équipements qui inquiète les centres de soin à travers le pays ? Fadia el-Khoury affirme avoir tout ce dont son équipe a besoin. « Les autorités nous ont fourni tous les équipements qui manquaient », dit-elle, assurant ne pas avoir eu besoin à lancer un appel à la solidarité au sein de la communauté. « Mais on sait qu’on est capable de mobiliser s’il le faut ».


Au Canada, c’est la ville de Montréal qui a été la plus durement touchée par la pandémie de Covid-19 avec plus de 1.300 décès sur les quelque 3.500 morts enregistrés dans l’ensemble du pays. Et ce chiffre ne cesse d’augmenter avec 80 à 100 décès qui s’ajoutent quotidiennement depuis plusieurs jours.

Selon les autorités, 86% des personnes emportées par le coronavirus...