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Diaspora

Le coronavirus, erreur humaine, conspiration ou fruit du hasard : des Libanais donnent leur avis

Un grand sondage sur la pandémie a été lancé par RJLiban en vue de donner la parole à nombre d’émigrés et de résidents.

Myriam Achoury venue fêter son anniversaire en compagnie de son mari Mauricio au Liban le 15 octobre 2019.

Alors que la pandémie du Covid-19 continue de ravager le monde, l’association RJLiban a lancé un sondage sur les causes et les conséquences de la maladie, du 18 au 30 avril, auprès de Libanais, descendants de Libanais et amis du Liban dans le monde. Suite à ce sondage, l’association a reçu des réponses d’une centaine de personnes vivant dans 20 pays différents : Liban, Brésil, France, Mexique, Argentine, Espagne, Colombie, Allemagne, Burkina Faso, États-Unis, Suisse, Ukraine, Canada, Côte d’Ivoire, Éthiopie, Italie, Nouvelle-Zélande, Philippines, Portugal et Syrie.

Le sondage a proposé aux participants de sélectionner, par ordre de priorité, huit causes prédéfinies, avec la possibilité d’une option libre. Les résultats se sont présentés comme suit :

– Une erreur biologique humaine en laboratoire : 20 %

– Une conspiration politique ou économique : 16 %

– Le fruit du hasard ou du destin : 14 %

– Un frein à la course aux armements nucléaires ou bactériologiques : 13 %

– La nature qui reprend ses droits : 13 %

– Une réduction des écarts entre les pays riches et les pays pauvres : 10 %

– Une affaire qu’il convient d’attribuer à la volonté de Dieu : 7 %

– Un événement qui ne doit être lié à aucune conspiration raciste ou confessionnelle : 7 %.

En outre, les 8 % de participants qui ont opté pour l’option libre ont estimé simplement qu’il s’agit de « la mutation naturelle d’un virus provenant d’un animal sauvage ».

Les sondés ont été invités à étayer leur réponse d’arguments, et leurs idées étaient aussi diverses que perspicaces. « C’est le manque d’information de la part de la Chine sur l’origine du coronavirus qui a suscité des suspicions », estime Yasmine Farah, une Libanaise du Burkina Faso, qui était parmi les adeptes de « l’erreur humaine ». Peu optimiste, Hadi Basma, étudiant en économie, pense que « les sociétés risquent d’être touchées dans leur ensemble, et sans la création d’un vaccin adéquat, le retour à un rythme de vie similaire à celui d’avant paraît improbable ».

Selon le radiologue Fadi Maaz, « les conséquences de la pandémie sont catastrophiques à tous les points de vue, surtout sur le plan psychologique, notamment au niveau des enfants ». À l’opposé, Galiya Chuyeva, une jeune psychologue de Kiev, se dit sûre que « le virus a donné aux humains une excellente occasion d’apprécier ce qu’ils ont, la nature et leur liberté personnelle ». Dans la même veine philosophique, Myriam Achoury Fernandez, habitant Bogota, estime que « la pandémie provient de l’imprévisibilité de l’être humain et de son arrogance vis-à-vis de la nature, dont il abuse et dispose pour satisfaire ses caprices, ses besoins et sa curiosité ».

Mayara Salha, jeune avocate à Teresina au Brésil, est convaincue que « si la propagation du virus est le résultat de mauvaises conditions d’hygiène dans les lieux où il y contact entre les animaux sauvages et les humains, la forte diffusion découle du niveau actuel de mondialisation ». Évoquant lui aussi l’origine animale du désastre, Jean Rochet habitant à Paris trouve que « cette pandémie rappelle à l’homme sa fragilité et sa vulnérabilité et va entraîner une prise de conscience qui aura de graves et nombreuses conséquences ».


Mayara Salha et son époux Pedro lors d’un mariage au Liban le 5 juillet 2019. Photos DR

De l’environnement au complot

Depuis Tyr, François Nour voit les « bons côtés » de la pandémie, soulignant « qu’elle donne raison à beaucoup de mouvements écologiques ». Une impression confirmée par Rita Hokayem résidant à Toronto, qui attribue la pandémie au « pouvoir tombé entre de mauvaises mains » et assure que les humains devraient partager les bonnes pratiques au lieu de se limiter à partager les mêmes ressources. Roland Zogheib évoque « la déforestation et la fonte des sols gelés dans les deux pôles Nord et Sud, due au réchauffement climatique, d’où une zone d’échange grandissante entre les humains et le monde animal », ce qui favorise la propagation de pareils virus.

Dans la veine complotiste, Juan Arrieta, habitant en Espagne, trouve que « si la pandémie est apparue par hasard, elle n’en est pas moins mise à profit par les grandes puissances pour limiter de plus en plus les droits du peuple et des cités ». Pour Ana-Cristina Farah à Belém au Brésil, « il est surprenant que les grandes nations ne soient toujours pas en mesure de battre ce virus malgré les avancées technologiques ». Bertha Abraham, à Toluca au Mexique, se dit convaincue que « cette pandémie n’est pas accidentelle, mais bien un phénomène provoqué par les puissants de la terre afin de créer un nouvel ordre ou gouvernement mondial ». De son côté, Guillermo Schmidt Tanos d’Argentine fait le parallèle entre cette situation et « une troisième guerre mondiale sans armes ».

Plus prosaïque, le Dr Rafic Baddoura, résidant au Liban, critique l’incapacité dont a fait preuve le monde à prendre à temps les mesures de dépistage et d’isolement nécessaires, pour des considérations de politique internationale.

Sur une note plus positive, Paula Farias Nallim, habitant Tucumán en Argentine, fait remarquer que « le confinement prolongé a permis à de nombreux talents de s’exprimer et d’enchanter les autres, à travers des plateformes et divers outils virtuels ». Cyril Jazra, qui se trouve aux États-Unis, pense aussi que « les gens deviendront plus ouverts à l’utilisation des technologies en ligne dans les domaines de l’éducation et du travail ».

Reflétant une vision beaucoup plus sombre, le psychothérapeute Fadi Nasrallah de Nouvelle-Zélande affirme que « les êtres humains aiment avoir l’illusion qu’ils sont les maîtres de la terre, mais ils n’ont que la capacité de détruire et de tuer ». « Cette épreuve mondiale aura montré les erreurs et les mensonges de certains gouvernements. Il faudra tirer les leçons de cette pandémie, afin que le développement économique des pays ne soit plus basé sur des règles financières apatrides, uniquement fondées sur le profit, sans tenir compte du bien public », a écrit pour sa part le colonel Alain Corvez.

Les participants ayant pour la plupart longuement étayé leurs points de vue, ce sondage donnera lieu à une future publication. Toute correspondance sur le sujet reste possible à l’adresse mail de l’association : [email protected]


Alors que la pandémie du Covid-19 continue de ravager le monde, l’association RJLiban a lancé un sondage sur les causes et les conséquences de la maladie, du 18 au 30 avril, auprès de Libanais, descendants de Libanais et amis du Liban dans le monde. Suite à ce sondage, l’association a reçu des réponses d’une centaine de personnes vivant dans 20 pays différents : Liban,...