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Nos lecteurs ont la parole

Hyperinflation, pauvreté et démocratie

De nos jours, le Liban et les Libanais mènent une guerre contre deux ennemis invisibles : le Covid-19 et l’hyperinflation. Mais leurs ravages, eux, sont bel et bien visibles. Laissons de côté la crise sanitaire. Les répercussions de la crise économique, et plus précisément la hausse astronomique des prix, se lisent dans le regard scandalisé de chaque mère de famille à la caisse d’un supermarché, dans le regard froncé de chaque manifestant dans la rue, dans les larmes de chaque enfant qui se couche le ventre vide.

Petit à petit, une catastrophe économique est en train de décimer la classe moyenne du pays, polarisant la société libanaise en deux groupes distincts : d’une part, les citoyens vivant au-dessous du seuil de pauvreté, et les riches. Faisons-y face : même la richesse est très inquiète… Le plus dangereux réside dans l’éventualité que ce phénomène social pourrait être le début de la fin de la démocratie.

Dans l’histoire, démocratie et économie sont liées. Après la phase d’industrialisation et d’urbanisation, la population devient, en général, plus éduquée, plus nantie et en meilleure santé. C’est la création d’une large classe moyenne qui vit plutôt bien et a donc le temps de se préoccuper de ses droits : de les penser, de les réclamer et de les faire aboutir. C’est la théorie de la consolidation de la démocratie par Seymour Martin Lipset, un fameux sociologue américain.

Aujourd’hui, dans un Liban qui s’époumone pour un peu de pain, le nombre de ceux qui s’intéressent encore à l’état de leurs droits semblent être moindre avec chaque jour qui passe. Même la thaoura, dont le but originel était l’abolition de la corruption, a changé de champ de bataille et réclame aujourd’hui un besoin primordial: se nourrir. La disparition de la classe moyenne et la famine rampante pourraient-elles être une cause de délaissement de la démocratie, sur le long terme, et donc de nos droits? En effet, même l’Europe se questionne : les citoyens des pays européens seraient-ils prêts à sacrifier une partie de leur liberté, chèrement acquise, en échange de plus de sécurité ?

Au Liban, surtout depuis le mois d’octobre, nous nageons dans le chaos et l’incertitude et nous ne voyons toujours pas le bout du tunnel. Nos besoins primitifs comme manger, boire, survivre… et notre instinct prennent-ils le dessus sur notre facette plus humaine et plus intelligente ? Rebrousserons-nous alors chemin, vers un temps précédant la démocratie et les droits de l’homme ?

Le temps nous le dira.

Théa J. EL-KHOURY

19 ans

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

De nos jours, le Liban et les Libanais mènent une guerre contre deux ennemis invisibles : le Covid-19 et l’hyperinflation. Mais leurs ravages, eux, sont bel et bien visibles. Laissons de côté la crise sanitaire. Les répercussions de la crise économique, et plus précisément la hausse astronomique des prix, se lisent dans le regard scandalisé de chaque mère de famille à la caisse d’un supermarché, dans le regard froncé de chaque manifestant dans la rue, dans les larmes de chaque enfant qui se couche le ventre vide. Petit à petit, une catastrophe économique est en train de décimer la classe moyenne du pays, polarisant la société libanaise en deux groupes distincts : d’une part, les citoyens vivant au-dessous du seuil de pauvreté, et les riches. Faisons-y face : même la richesse est très inquiète…...
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