Un camp de migrants sur l'île grecque de Vial, le 11 décembre 2019. Photo d'archives AFP / LOUISA GOULIAMAKI
L'ONG Human Rights Watch (HRW) a appelé mercredi le gouvernement grec à "prendre immédiatement des mesures" de "décongestion" des camps de migrants surpeuplés sur les îles en mer Egée "afin d'éviter une crise de santé publique".
"Alors que le gouvernement grec œuvre pour arrêter la propagation du virus, les images des conditions sordides dans les camps d'accueil et d'enregistrement à Lesbos, Chios, Samos, Kos et Leros montrent que les critères minimum de protection contre le Covid-19 ne sont pas respectés", a déploré Belkis Wille, chercheuse sur les crises et conflits à HRW, citée dans un communiqué. Elle souligne que "dans ces conditions se laver les mains ou appliquer la distanciation sociale sont impossibles".
Environ 35.000 migrants et demandeurs d'asile vivent dans ces camps sordides, six fois plus que leur capacité, selon l'ONG américaine qui a interviewé la semaine dernière par téléphone onze demandeurs d'asile dont des Afghans, Palestiniens, Somaliens et Syriens et neuf employés travaillant dans ces structures. HRW appelle les autorités grecques à "identifier rapidement" les personnes vulnérables dans les camps surtout "les gens âgés, ceux qui souffrent de maladies chroniques ou d'autres groupes en danger comme les enfants non accompagnés, les handicapés et les femmes enceintes" et à "prendre des mesures pour les protéger du Covid-19 pour éviter une crise de santé publique".
Des centaines de demandeurs d'asile africains ont organisé mercredi un sit-in de protestation, occupant l'entrée du camp de Moria sur l'île de Lesbos, le plus grand camp en Europe surnommé "la jungle". "Nous sommes exposés au coronavirus", "Justice pour tout le monde", scandaient les manifestants réclamant leur départ de l'île pour éviter la propagation du virus dans ce camp qui "équivaudrait à la mort", selon eux. Jusqu'à présent aucun cas de coronavirus n'a été détecté dans ces camps selon les autorités alors qu'en Grèce continentale deux camps ont été placés en quarantaine en avril après des tests positifs au Covid-19 sur des demandeurs d'asile y vivant.
Mardi, les autorités ont mis en quarantaine pour deux semaines le village de Kranidi, à 166 kilomètres au sud-ouest d'Athènes, après que 148 des 470 migrants hébergés dans un hôtel proche ont été testés positifs au nouveau coronavirus. Les tests dans cet hôtel ont été effectués après un résultat positif au Covid-19 d'une migrante somalienne de 28 ans, enceinte et qui avait été testée dans le cadre des examens de grossesse. Deux employés de cet hôtel ont également été testés positifs.
Moins touché que les autres pays européens par le Covid-19, la Grèce, qui n'effectue que peu de tests de dépistage, compte officiellement 121 morts du nouveau coronavirus et 2.401 cas. Le confinement général est imposé depuis le 22 mars, cinq jours après le confinement des camps migrants à travers le pays.
Le ministre des Migrations et de l'Asile, Notis Mitarachi, a indiqué mardi que 5,3% des migrants vivant dans les camps sur les îles avaient été transférés en Grèce continentale depuis janvier et que ces transferts se poursuivront. D'ici à la fin de cette semaine, 2.380 demandeurs d'asile vulnérables quitteront les îles pour être hébergés dans des hôtels au continent, selon le ministre.
Mais HRW déplore que le nombre des transferts "n'est pas suffisant" pour décongestionner les camps et que le plan gouvernemental ne répond pas au manque d'eau courante suffisante ou de produits sanitaires. "La surpopulation des camps est un problème chronique", rappelle Belkis Wille soulignant que "le Covid-19 a montré le manque de solidarité européenne en la matière, ce qui a fait empirer la situation, mettant en danger des milliers de vies".


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine