Rechercher
Rechercher

Yémen

Les houthis refusent la main tendue de la coalition

Alors que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont décrété une trêve, les rebelles ont annoncé hier soir qu’ils ne la respecteraient pas.

Des houthis à Sanaa le 8 avril 2020. Khaled Abdullah/Reuters

Les appels répétés des Nations unies pour un cessez-le-feu « immédiat mondial » dans les zones de combat pour lutter contre le coronavirus (Covid-19) ne semblent pas porter leurs fruits au Yémen. Annoncée mercredi par la coalition menée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, une trêve unilatérale de deux semaines devait entrer en vigueur hier matin. Mais ce cessez-le-feu a été rejeté hier par les houthis. « Nous considérons que ce cessez-le-feu est une manœuvre politique et médiatique » pour améliorer l’image de la coalition « dans ce moment critique où le monde est confronté à une pandémie », a déclaré le porte parole des rebelles.

Alors qu’un premier cas a été annoncé ce matin dans la province de Hadramout (sud), contrôlée par le gouvernement, l’ONU et les ONG craignent les conséquences dramatiques que pourraient avoir une propagation de la maladie sur le pays, aggravant un peu plus la crise humanitaire. Le Yémen est en proie à un conflit sanglant depuis cinq ans entre les forces gouvernementales, soutenues par la coalition, et les rebelles houthis appuyés par l’Iran. « Le virus a donné à l’Arabie saoudite un moyen de commencer à adopter une ligne plus conciliante », note Elisabeth Kendall, chercheuse en études arabes et islamiques au Pembroke College de l’Université d’Oxford, interrogée par L’Orient-Le Jour. « Mais c’est aussi une véritable préoccupation car l’Arabie saoudite souffre du Covid-19, même au sein de la famille royale. Quel serait alors l’intérêt de le maîtriser en interne si le royaume partage une frontière longue de 1 800 kilomètres avec un pays qui est potentiellement sur le point d’être dévasté par le virus ? » s’interroge-t-elle. Dans un communiqué cité par l’agence saoudienne SPA, le porte-parole de la coalition et colonel saoudien Turki al-Maliki a également souligné que la durée du cessez-le-feu pourrait être prolongée pour créer des « conditions appropriées » pour une réunion entre le gouvernement yéménite, les houthis et une équipe militaire de la coalition, sous l’égide de l’envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen, Martin Griffiths. « L’Arabie saoudite cherche intensément un moyen de sortir du Yémen. Riyad a voulu tourner la page de la guerre du Yémen depuis très longtemps déjà : le conflit est extrêmement coûteux, il ternit la réputation interne de l’Arabie saoudite et n’a atteint aucun des objectifs politiques et militaires qu’il avait au début », explique Cinzia Bianco, spécialiste du Golfe au Conseil européen pour les relations internationales (ECFR). « Ce cessez-le-feu pourrait donc être, dans le calcul saoudien, un prélude à la fin de la guerre. Cependant, il reste à voir s’il existe des conditions pour se retirer », poursuit-elle.


(Lire aussi : Le coronavirus, une catastrophe supplémentaire pour le Yémen)




Une opportunité pour les houthis
Si l’annonce de la coalition a été applaudie par les Nations unies, la réponse des houthis pourrait au contraire renforcer les combats sur le terrain. Les Saoudiens « sont malhonnêtes et violent chaque trêve qu’ils annoncent », a lancé un responsable houthi, selon l’AFP. « Les houthis ont l’opportunité d’avancer et d’étendre leur influence, et ne la rateront pas car ils sont en position de force. Ces prochains jours seront cruciaux pour le prouver ou non », estime Maged al-Madhaji, cofondateur et directeur exécutif du Centre de Sanaa pour les études stratégiques. Les rebelles ont gagné du terrain au début du mois de mars suite à de violents combats avec les forces de la coalition en s’emparant du district de Nihm et de la ville d’al-Hazm, chef-lieu de la province de Jawf, située dans le nord du Yémen. Acquis non négligeable pour les houthis, la zone borde l’Arabie saoudite et leur a permis de poursuivre leur avancée à l’Est pour encercler la province de Marib. Aux mains des forces loyalistes et de la coalition, la région est riche en gaz et en pétrole, et elle est restée économiquement prospère pendant la guerre, notamment grâce à l’argent saoudien. La ville éponyme accueille également des bases militaires terrestres et aériennes utilisées par la coalition. « Les houthis pensent que la communauté internationale est occupée à lutter contre la crise du coronavirus et que, par conséquent, cela leur donne une opportunité pour imposer une pression militaire avec un minimum de surveillance et d’intervention internationales », note Maged al-Madhaji. « Les houthis ont été imprévisibles jusqu’à présent. Des pressions extérieures sont exercées sur eux pour qu’ils acceptent le cessez-le-feu et le respectent », souligne pour sa part Cinzia Bianco. « Dans le même temps, ils ont démontré par le passé qu’ils pouvaient y résister », ajoute-t-elle. Peu avant l’annonce de la coalition mercredi, les rebelles ont publié leur vision du processus de paix en cinq points, demandant entre autres un cessez-le-feu sur tous les fronts au Yémen, la levée du blocus imposé par l’Arabie saoudite ou encore l’ouverture de tous les aéroports, dont celui de Sanaa.


(Lire aussi : Quel impact de l'épidémie de coronavirus sur les conflits au Moyen-Orient?)


Les belligérants avaient déjà salué les appels du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, le 23 mars, en faveur d’un cessez-le-feu généralisé sans pour autant l’appliquer. Quelques jours plus tard, les rebelles revendiquaient le lancement de missiles balistiques intercepté par l’Arabie saoudite en direction des villes de Riyad et Jizan. Le royaume s’était ensuite empressé de répondre en menant des frappes sur la capitale yéménite, Sanaa, aux mains des houthis depuis 2014.

« J’espère que les houthis seront à la hauteur de la situation. La crise Covid-19 éclipse tout : la communauté internationale doit intensifier ses efforts et travailler pour protéger le peuple yéménite », a écrit hier sur Twitter Anwar Gargash, le ministre d’État aux Affaires étrangères des Émirats. « C’est une occasion pour les houthis de montrer qu’ils ne sont pas un outil entre les mains de l’Iran », a lancé pour sa part sur son compte le vice-ministre saoudien de la Défense, le prince Khaled ben Salmane. Il a également précisé que l’Arabie saoudite allait contribuer à hauteur de 500 millions de dollars au plan de réponse humanitaire des Nations unies pour le Yémen et que 25 millions de dollars supplémentaires seraient attribués à la lutte contre la propagation du coronavirus (Covid-19).

« Le cessez-le-feu est unilatéral, ce qui ne signifie pas que les houthis emboîteront le pas (à la coalition). Même si les houthis acceptaient le cessez-le-feu, cela ne résout évidemment pas tous les problèmes au Yémen, précise Elisabeth Kendall. Il y a un autre conflit potentiel qui se profile le long de la ligne de front entre le Nord et le Sud qui peut éclater à tout moment. Les tensions étaient très élevées la semaine dernière. »


Lire aussi
Se laver les mains ? Un luxe pour des millions de Yéménites

Le crash d’un avion saoudien met en lumière les capacités des houthis




Les appels répétés des Nations unies pour un cessez-le-feu « immédiat mondial » dans les zones de combat pour lutter contre le coronavirus (Covid-19) ne semblent pas porter leurs fruits au Yémen. Annoncée mercredi par la coalition menée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, une trêve unilatérale de deux semaines devait entrer en vigueur hier matin. Mais...

commentaires (0)

Commentaires (0)