« C’est de la conception où chaque situation d’enseignement est différente, conçue spécifiquement pour que ces élèves-là apprennent cette connaissance-là, pendant ce temps-là dans ce lieu-là, en utilisant des méthodes de conception et des connaissances scientifiques. C’est un métier de la relation, où il faut réussir ensemble, l’enseignant à enseigner, l’élève à apprendre. »
André Tricot
Depuis quelques semaines et face à l’évolution de la situation sanitaire du pays, des mesures exceptionnelles ont été mises en place afin de contenir la propagation du Covid-19 : les écoles et les universités sont fermées et les déplacements sont limités.
Pour faciliter la continuité de l’éducation, sauver l’année académique et maintenir un contact régulier entre les élèves et leurs enseignants, le ministre de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur Tarek Majzoub, en concertation avec les responsables pédagogiques, a décidé d’assurer un enseignement à distance.
En général, les élèves libanais sont déçus par cette décision : la fermeture de l’école n’ouvre pas une nouvelle période de vacances. Certains d’entre eux prennent cet apprentissage au sérieux et participent aux séances ; d’autres regardent la télévision, discutent avec leurs parents ou même jouent sur leurs portables pendant l’explication de l’enseignant.
C’est le cas partout dans le monde !
Au Liban, certaines écoles privées et même quelques écoles publiques ont déjà fait le saut vers un enseignement numérique et elles ont déjà l’habitude des cours à distance.
Mais la question qui se pose est la suivante : « Quid des directeurs, des enseignants et des élèves de la majorité des écoles publiques au Liban ? »
Plusieurs formations continues portant sur les technologies de l’information et de la communication dans l’enseignement ont été assurées aux enseignants et aux directeurs de ces écoles par le ministère et le CRDP : certains d’entre eux soulignent que ces formations leur sont essentielles et répondent globalement à leurs besoins tandis que plusieurs autres dénoncent l’inefficacité de ces formations et l’absence d’intérêt à les suivre. Ajoutons que de nombreux enseignants et directeurs considèrent que suivre des formations leur est inutile puisqu’ils partent prochainement à la retraite.
En outre, nous trouvons seulement dans ce petit pays qu’est le Liban 30 écoles publiques inclusives et les autres sont des écoles dites ordinaires, c’est-à-dire dans lesquelles nous ne trouvons aucun psychologue, orthopédagogue ou orthophoniste. En d’autres termes, d’habitude, les élèves en difficulté d’apprentissage qui fréquentent ces écoles « ordinaires » ne bénéficiaient que de l’aide dispensée par leurs enseignants et peut-être par leurs parents. Mais quelle est leur situation actuelle avec un soutien scolaire à distance ? Et si leurs parents sont illettrés ? Et si leurs parents travaillent dans un domaine lié à la gestion de la crise du coronavirus ?
Ces derniers ont à cœur de voir réussir leur enfant qui a besoin d’être entouré par un environnement propice à l’apprentissage.
Et nous ne pouvons pas négliger le côté psychique des enfants du cycle primaire qui fréquentent les écoles publiques, sachant que rares sont ceux qui prennent un cours d’informatique. Dans le cadre de l’apprentissage à la maison, cet enfant est en train de se battre tout seul pour surmonter ce défi.
La technologie est toujours au service de la pédagogie mais l’enseignement à distance ne peut jamais remplacer les cours présentiels. Il nécessite que l’enseignant soit convaincu que c’est utile, qu’il soit ouvert au changement et qu’il ait le courage de modifier sa méthode d’enseignement selon les circonstances et les difficultés rencontrées.
Les élèves des écoles publiques qui ne disposent pas tous d’une connexion internet ont besoin d’être accompagnés dans l’utilisation de ces ressources. Mais, honnêtement, la majorité de nos enseignants ne sont pas en mesure de parfaitement maîtriser l’outil technologique.
Malheureusement, la majorité des écoles publiques au Liban n’ont pas la possibilité de développer cet enseignement à distance et elles ne sont pas organisées pour faire face à une éventuelle épidémie.
Dans un autre registre, l’ampleur de la crise du Covid-19 est sans précédent ! Et l’enseignement à distance ne peut pas se porter très bien dans une société où il y a un manque de gestion des institutions de l’État, un étouffement du système politique et un déclin, dans une société où le piston joue un rôle dans la nomination des directeurs, dans des écoles où un système d’évaluation et de sanctions efficace est totalement absent.
Enfin, c’est toujours l’élève qui est la plus grande victime de cette situation !
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