Un homme traversant une rue vide de New York hier. Johannes Eisele/AFP
Partie de Chine en décembre, la maladie Covid-19 a déjà tué plus de 8 000 personnes à travers le monde, et depuis hier a fait plus de morts en Europe qu’en Asie, alors que les Bourses plongent, en dépit des milliards d’aide économique annoncés. Avec plus de 200 000 cas recensés, une partie croissante du monde est à l’arrêt, apprenant à vivre à la maison pour se protéger du virus, qualifié « d’ennemi de l’humanité » par le patron de l’Organisation mondiale de la santé.
La chancelière allemande Angela Merkel de son côté présenté le coronavirus comme « le plus grand défi » qu’ait connu son pays depuis la Seconde Guerre mondiale, lors d’une adresse télévisée à la nation, une première depuis son arrivée au pouvoir, hors vœux de fin d’année.
Comme de nombreux pays, notamment européens, la Belgique s’est à son tour confinée, avec des exceptions pour aller chez le médecin ou dans quelques commerces essentiels, et pour l’activité physique en plein air. Le Portugal, qui s’apprête à décréter l’état d’urgence, a confiné une première ville et pourrait rapidement étendre la mesure au reste du pays, tandis que plusieurs villes le sont désormais au Kazakhstan.
Le centre de Paris, avec ses grands boulevards habituellement grouillants de vie, a des allures de ville morte, à l’exception de quelques passants ici ou là, parfois sortant leur chien. Le trafic automobile est quasi nul.
Plus de 850 millions de jeunes dans le monde, soit près de la moitié de la population d’écoliers et d’étudiants, doivent rester chez eux et n’ont plus accès à leurs établissements d’enseignement, selon l’Unesco.
Hier à 12h00 GMT, 8 092 décès ont été recensés, la majorité en Europe (3 422) et en Asie (3 384), foyer initial de la contagion. Avec 684 nouveaux morts ces dernières 24 heures pour 78 766 cas, l’Europe est le continent où la pandémie progresse le plus rapidement. Elle poursuit notamment sa hausse spectaculaire en Espagne, qui compte désormais plus de 13 700 cas et près de 600 morts. La barre des 100 décès a été franchie au Royaume-Uni, où les écoles seront fermées à partir de vendredi. La planète guette « le pic » de la pandémie en Italie, qui enregistre le plus grand nombre de décès quotidiens – 475 mercredi, un record – et a imposé le confinement il y a une semaine, mais les experts restent très prudents dans leurs prévisions.
Le coronavirus a aussi fait un premier mort en Afrique subsaharienne, au Burkina Faso, et l’OMS a appelé l’Afrique à se « préparer au pire (...) dès aujourd’hui ». En dépit des milliards promis pour soulager l’économie mondiale, les principales places boursières européennes ont balayé à l’ouverture leur rebond de la veille, avant de s’enfoncer davantage.
Un danger « sous-estimé »
Aux États-Unis, la bouffée d’oxygène octroyée la veille par les annonces de la Fed et du gouvernement a été de courte durée, les principaux indices de Wall Street creusant leurs pertes.
De nombreuses banques centrales ont abaissé leurs taux directeurs, plusieurs grands pays ont annoncé de larges soutiens budgétaires – dernier en date, le Canada avec un nouveau plan d’aide à son économie –, mais tant que le virus reste présent, les marchés semblent douter de l’efficacité de ces mesures. La pandémie menace jusqu’à 25 millions d’emplois à travers le monde, en l’absence de réponse coordonnée à l’échelle internationale, a averti l’Organisation internationale du travail (OIT).
Le président américain Donald Trump – dont une majorité de concitoyens pensent qu’il a minimisé les risques liés au virus – s’est comparé hier lors d’une conférence de presse à un « président en temps de guerre », évoquant un combat contre le « virus chinois », terme controversé qu’il utilise à l’envi. Le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin a, pour sa part, brandi devant les sénateurs républicains la menace d’un taux de chômage de 20 % si un gigantesque plan de relance économique de 1 300 milliards de dollars n’était pas adopté pour amortir l’impact du nouveau coronavirus.
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a, quant à elle, admis que les responsables politiques avaient tous « sous-estimé » le danger représenté par l’épidémie, tandis que de nouveaux événements culturels étaient annulés, dont le concours de l’Eurovision de la chanson, prévu en mai aux Pays-Bas. Mais aucune décision n’a encore été prise concernant les Jeux olympiques de Tokyo, le rendez-vous sportif le plus attendu au monde, aux énormes enjeux financiers, prévu du 24 juillet au 9 août.
En Grande-Bretagne et en Norvège, les gouvernements tentent d’obtenir des pouvoirs extraordinaires pour faire face au virus, pendant que d’autres tentent de faire face à l’afflux de malades dans les hôpitaux.
L’Allemagne va doubler le nombre de lits d’assistance respiratoire et transformer des hôtels et des halles en hôpitaux afin de diminuer la pression sur les services de soins intensifs, tandis que Donald Trump va envoyer à New York un navire-hôpital doté de 1 000 chambres et de salles d’opération. Plus original, le plus grand stade d’Irlande, Croke Park, va servir de laboratoire « drive-in » où les Irlandais pourront se faire tester sans sortir de leur voiture.
Source : AFP

