Lorsqu’on parle de liberté, on vise surtout ce qu’on a de plus sacré. Les idéaux et principes mentionnés dans les livres sacrés sont : l’égalité pour tous ; liberté, inviolable même en temps de guerre et d’urgence « nationale ». Umar Ibn al-Khattab a dit un jour : « Depuis quand vous prenez les gens pour des esclaves alors qu’ils sont nés libres. » Évidement, notre liberté est l’un des droits les plus précieux que nous avons, intimement liée à notre bien-être et à notre dignité.
Lorsque deux libertés (ou plus) se croisent, telles que la liberté d’expression et la liberté de mouvement, l’équilibre et l’harmonie dans leur respect et leur protection doivent être assurés. Alors qu’aujourd’hui, le Liban traverse une période sensible et fragile, qu’il se trouve dans des conditions sociales et économiques difficiles, les citoyens pratiquent une forme de liberté d’expression ultime : le droit de manifester et d’exprimer leur refus d’être gouvernés par un système corrompu dans son ensemble.
La question qui se pose est de savoir comment la pratique des libertés peut-elle rester effective et valorisante ?
Notre Liban saigne depuis des années et des décennies, évidemment. Et oui, nous avons perdu toute confiance dans nos représentants. De plus, nous ne sommes plus prêts à leur donner une seconde chance. Cependant, nous sommes au XXIe siècle et nous devons être conscients de l’importance de nos institutions. Les sociétés ont plus que jamais besoin, pendant de telles périodes critiques, de sécurité et d’ordre, ce qui doit être pris en considération pour pouvoir préserver la paix.
Malgré le fait que les manifestants sont nombreux, les partis politiques au pouvoir ont été élus depuis deux ans et sont toujours légitimes, ce qui leur permet, malheureusement, de poursuivre dans leur mission. Par conséquent, ils ont des droits ainsi que des devoirs, et leurs devoirs consistent en la protection de ces droits. Les biens publics en font partie et tout acte qui y porte atteinte est considéré comme un crime puni par la loi. Lorsque la liberté d’expression dépasse ces limites, elle devient un acte violent et criminel.
La liberté de mouvement est l’une de ces limites ; elle est violée lorsque l’harmonie et l’équilibre sont perdus.
D’une part, selon l’article 21 du pacte international relatif aux droits civils et politiques, il existe une différence entre les manifestations pacifiques et les manifestations violentes qui sont interdites. La violence crée de l’insécurité, met gravement en danger l’ordre public et les droits d’autrui. Notre société multiconfessionnelle ne pourra pas résister à cette situation en raison de sa sensibilité. La variété des croyances qu’elle représente est intimement liée à l’existence et au bien-être des citoyens libanais.
D’autre part, selon les lois nationales libanaises telles que les articles 7 et 13 de la Constitution et l’article 346 du code pénal, la liberté d’expression et le principe d’égalité se complètent et leur application est extrêmement liée. Malgré la protection de ces droits accordés par les lois, toute émeute commise par un groupe de trois personnes (ou plus) dans des lieux publics et dans l’intention de commettre un crime, et si l’une au moins de ces personnes est armée, est punie d’un mois à un an de prison. Sont également pénalisés des groupes formant au moins sept personnes (ou vingt selon les situations) protestant contre une décision ou une procédure prise par le gouvernement dans l’intention de faire pression sur les politiciens tout en troublant la tranquillité publique.
Cela dit, les manifestations apparaissent dans leur conception classique et traditionnelle comme un moyen d’envoyer un message par un parti politique à travers ses partisans à un autre parti. C’est ainsi que le premier peut montrer et prouver son pouvoir. Rentrent en jeu ici le rôle des institutions médiatiques ainsi que les forces de sécurité au niveau de la détermination du nombre de manifestants et dans la description objective de la situation. Cependant, alors que les chaînes libanaises sont dirigées par les partis politiques au pouvoir, aucune transparence ne peut être garantie en l’absence d’une institution judiciaire indépendante. Ce qui nous mène à la violation d’une autre liberté, celle de l’information.
Pour conclure, il est évident qu’aucune égalité et aucune justice ne peuvent être garanties sans assurer l’équilibre et l’harmonie entre tous les droits sans aucune exception. Le maintien de l’ordre dans notre société est entre les mains des forces de sécurité et sous leur responsabilité, certes, mais le maintien de la paix n’est qu’entre nos mains. Nous ne pourrons vivre en paix qu’en respectant les droits de nos concitoyens comme nous respectons les nôtres, en étant conscients de leur dignité tout comme nous sommes conscients de la nôtre.
Hiba KANSO
Étudiante en master de
droit public approfondi
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